Germain Records a été tué par les Nazis le 8 juin 1944.
C’est un événement. Ce prochain lundi 8 juin 2026, soit 82 ans jour pour jour après qu’il fut abattu à Saint-Céré, Germain Records recevra la Médaille de la Résistance à titre posthume. Les faits qui ont conduit à cette tragédie sont connus, s’inscrivant dans la série de drames sanglants qui endeuillèrent la résistance lotoise et la population civile en mai et juin 1944, quand la répression allemande connut son paroxysme avec le renfort d’éléments issus de la sinistre division SS Das Reich.
Pour autant, ce qui fait de cette cérémonie à venir un événement hors norme, manifestant le caractère plus que jamais actuel et vivant de la notion de « devoir de mémoire », c’est le concours des bonnes volontés qui se sont conjuguées pour aboutir à cette reconnaissance.
Un homme simple, un destin exemplaire
Germain Records est issu d’une famille modeste. Il est né à Graulhet dans le Tarn le 4 juin 1914. Dans cette même ville, il épouse Elise en janvier 1939. Les premières dates de sa biographie, décidément, ne sont pas neutres… De fait, dès septembre, Germain est mobilisé. Fin juin 1940, il rentre dans le Tarn. La vie semble reprendre son cours malgré un contexte particulier. Le couple a un premier enfant, Robert.
C’est en 1943 que le jeune père de famille entre dans la résistance active. Il débute en diffusant de la propagande et en menant à bien des missions de liaison. Puis, en mars 1944, il rejoint le maquis de Vabre. Après une période d’instruction, le voilà sergent-chef en avril. Ce maquis basé sur l’est du Tarn, « au centre d’un « relief en creux » qui suit l’étroite saignée des rivières dans le haut pays de Castres. Terre de granit et de sources, de bourgs indépendants et de hameaux cachés, ses prés et ses labours sont battus de vents contraires qui obligent au combat du corps et de l’esprit » ainsi qu’on le lit sur le site Internet dédié à l’histoire de ce maquis. Lequel présente la spécificité d’avoir été animé par des protestants engagés et d’avoir intégré des résistants juifs.
Il s’était porté volontaire cette mission délicate
Le 7 juin 1944, il se porte volontaire pour une mission délicate : se rendre dans le Lot récupérer des armes parachutées à destination dudit maquis de Vabre. Plus de heures de route séparent le terrain de parachutage du maquis. Il n’en reviendra pas. A bord de son véhicule, ont pris place également deux cadres régionaux de la résistance venus de Toulouse, Louis Pélissier et Jean Cressot. Les autres sont dans un camion. Près de Saint-Céré, le petit convoi est stoppé par des SS. Ceux du camion parviennent à prendre la fuite. Les maquisards de la voiture, eux, sont capturés. Ils vont être fusillés dans les heures qui suivirent.
Le même jour, trois autres résistants venus de Cahors connaissent le même sort. Germain Records meurt quelques jours seulement après sont 34e anniversaire, et quelques jours seulement avant la naissance de son second enfant… Ce héros au parcours exemplaire, au sens propre comme au sens figuré, tant il ressemble à nombre de maquisards qui choisirent de s’engager sans méconnaitre les risques qu’ils allaient prendre, n’a pas été oublié.
De longue date, d’ailleurs, une stèle rappelle, près l’hôpital de la ville, le sacrifice de ces hommes (avec toutefois une petite faute sur le patronyme du natif de Graulhet, le « s » final ayant été omis). Mais il fallut plus de temps, en revanche, pour que Germain Records soit admis au « panthéon » des résistants que constitue le cercle des titulaires de la Médaille de la Résistance.
Un partenariat avec l’Ordre de la Libération
En 2023, l’Amicale des Maquis de Vabre fondée 1945 prend un nouveau départ après quelque temps de sommeil. Deux hommes ont alors un rôle clé : Xavier de Rouville, fils du fondateur du maquis et de l’Amicale, Guy de Rouville, et Simon Louvet, jeune historien qui centre ses travaux sur la place des femmes dans la résistance et qui publie un récit graphique dédié à l’histoire de ses aïeuls, « Isidore et Simone, juifs en résistance » (illustré par Remedium, éditions Ouest-France, 2023), Isidore Adato, son arrière-grand-père lui-même ayant intégré le maquis de Vabre (*). Simon Louvet occupe la fonction de webmaster de l’excellent site dédié au maquis…
En 2023 encore, un partenariat est signé entre l’Amicale et l’Ordre de la Libération. De nouvelles recherches sont menées et c’est alors qu’il est constaté que Germain Records n’a pas été l’objet même à titre posthume, de toute la reconnaissance qu’il méritait. Quand bien même en 2004 il avait été remis à son fils, pour son père, la médaille commémorative de la guerre de 1939-1945.
Alors plus récemment, en mars 2025, a été décerné à Germain records le titre « combattant volontaire de la Résistance » puis, enfin, la Médaille de la Résistance française lui a été conférée à titre posthume par décret du 8 juillet 2025. A souligner que Jean-Pierre Jammes, élu du canton de Saint-Céré et vice-président du Conseil départemental du Lot, s’était associé à la démarche de l’Ordre de la Libération et de l’Amicale.
La cérémonie officielle de la remise de médaille aura lieu ce lundi 8 juin, à 14 heures, au Monument aux Morts de Vabre. Par ailleurs, le lendemain, sera inaugurée l’exposition « Justes parmi la Montagne, Justes parmi les Nations », qui retrace l’histoire des habitants de la montagne tarnaise ayant secouru et caché des personnes juives, malgré les risques encourus.
Ph.M.
(*) Medialot avait évoqué cet ouvrage et le destin de plusieurs Lotois qui avaient rejoint le maquis de Vabre dans cet article.
Sources : site de l’Amicale des Maquis de Vabre.





