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Leur mémoire est devenu son combat


Simon Louvet évoque le destin de ses bisaïeuls. Quand leurs proches sont emportés par la Shoah, Isidore et Simone s’engagent dans la résistance juive et rejoignent le maquis de Vabre. Ils y côtoient nombre de Lotois.

Janvier 2018. Journaliste en Normandie, Simon Louvet, qui a alors 24 ans, accompagne des lycéens en Pologne. Il découvre à leurs côtés l’horreur du camp d’Auschwitz. Ce n’est pas un reportage ordinaire. A fortiori quand on sait depuis l’enfance que plusieurs de ses ascendants ont été victimes de la Shoah.

« Et ma grand-mère fut elle-même enfant cachée dans un couvent de l’Aveyron, avec sa sœur » raconte Simon. « Mais dans la famille, et en ce qui me concerne surtout, on savait sans savoir vraiment. On en parlait peu. » Il se souvient quand même que tout gamin, il avait lu un livret de sport à son arrière-grand- père maternel, Isidore Adato. Celui-ci était déjà âgé, résident d’un EHPAD. Adolescent puis étudiant, passionné d’histoire, Simon a surtout été nourri des récits de la Libération en Normandie. Au retour d’Auschwitz, l’idée d’initier un travail sur l’histoire des siens commence à germer. Lors de ce périple, il a pu échanger avec un historien du Mémorial de la Shoah, Olivier Lalieu. « Il a été le premier à m’expliquer l’importance d’associer les noms des victimes assassinées à Auschwitz ou de la Shoah en général à des photos. A des visages. L’un des objectifs des Nazis était d’effacer physiquement les Juifs, mais aussi leur histoire, leur identité. »

> Relier chaque nom à un visage

Rentré en France, ce fut la première tâche de Simon. « Je me suis aperçu que sur le site du Mémorial, en face des noms des parents d’Isidore, de tous ses proches (parents, frère…) qui avaient péri, il n’y avait aucune photo… Alors mes recherches ont débuté. »

Le second déclic survient à l’automne 2021. Bientôt candidat à l’élection présidentielle, Eric Zemmour suggère que le maréchal Pétain sacrifia les juifs étrangers pour sauver les juifs français. C’en est trop. « Mes aïeuls étaient français, nés dans ce pays, ils avaient tous un métier, une vie sociale. » Cette fois, Simon veut écrire. Il veut dire qui ils furent. Il veut témoigner. En leur nom. Pour transmettre. Reste à rassembler la matière première. Et ce n’est pas le plus simple. Il y a quelques éléments qui furent dits, et il y a des petites boites, des coffrets contenant des photos, des documents administratifs, des livrets. Le tout est rangé et conservé un peu partout au gré des descendants. Il retrouve un exemplaire du Mémorial publié par Serge Klarsfeld paru en 1978. Isidore, son arrière-grand-père, y a entouré onze noms. Outre ses parents, au total, la Shoah a brisé neuf destins. Isidore, lui, qui a épousé Simone avant la guerre, intègre la résistance juive.

« J’ai voulu raconter leur histoire. Celle de citoyens actifs, qui soudain, sont devenus indésirables, des sous-hommes, des parias. Et qu’on allait livrer » se souvient Simon. Dont le travail prend une dimension différente quand son éditeur lui propose de collaborer avec un artiste et illustrateur, Remedium (Christophe Tardieux), qui a déjà plusieurs albums à son actif. Il en résultera un roman graphique, autrement dit une BD de dimension hors normes. « Au fil du temps, j’ai compris qu’un dessin pouvait équivaloir à plusieurs phrases, notamment quand il s‘agit de décrire un lieu, un visage… »

> Compagnon de combat de plusieurs Lotois

Tout en mettant son métier de journaliste entre parenthèses pour mener à bien le projet de livre mais aussi entamer un master d’histoire consacré à la place des femmes dans la résistance juive (ce sujet s’est imposé quand il a constaté posséder bien plus de documents – y compris officiels, alors qu’elle a combattu aussi – sur Isidore que sur son épouse Simone, décédée dès 1954), c’est ainsi que Simon poursuit son entreprise en « descendant » en Occitanie. Membres des éclaireurs israélites de France, ses bisaïeuls ont choisi la clandestinité, et se sont engagés au sein du maquis de Vabre, dans le Tarn. Ils avaient auparavant confié leurs filles à un réseau. Les enfants seront accueillies par les religieuses du couvent de Massip, à Capdenac.

Comptable de formation, Isidore tient comme maquisard la fonction d’intendant, en plus évidemment de ses missions de combattant. En terre protestante, où déjà depuis 1940 nombre de familles juives avaient trouvé refuge, le maquis de Vabre comptera jusqu’à 463 soldats répartis en trois compagnies. Dans l’une d’elles, sont intégrés 87 juifs. Jamais toutefois cette mention ne fut apposée sur quelque document.

C’est là, aussi, que le chemin d’Isidore croise celui de résistants lotois. Tel Maurice Mirouse (1907-1985), enseignant au lycée Gambetta de Cahors, membre de l’armée secrète depuis la première heure, compagnon de Jean- Jacques Chapou et qui, en danger, repéré par l’occupant nazi et ses complices, préféra combattre à partir de 1943 à l’ombre de la Montagne Noire… Médaillé de la Résistance, de retour à Cahors après la guerre, conseiller municipal socialiste, il sera l’un des pionniers de l’aventure des Citoyens du Monde… Autre Lotois ayant combattu avec ceux de Vabre, Pierre Contios, né à Cahors en 1916, décédé à Toulouse en 1984, et qui était employé des postes dans le Tarn au début de la guerre.

> Le devoir de transmettre

Mais d’autres épisodes plus sombres relient aussi ce maquis à la résistance lotoise. On pense à la tragédie de Saint-Céré du 8 juin 1944 : « Deux importants cadres toulousains de la Résistance et un membre du maquis Pol- Roux de Vabre furent capturés par un détachement de la 2e division blindée SS Das Reich et furent aussitôt exécutés ; leurs corps furent inhumés le lendemain au cimetière de la ville. Le même jour, trois résistants de Cahors venus également dans la région afin de récupérer une partie des armes de ce parachutage furent aussi fusillés, à un autre moment de la journée, par des SS » indique le Maitron des Fusillés. En effet, ceux de Vabre comme ceux du Lot utilisaient parfois le même terrain de parachutage, connu sous le nom de code « Chénier », à Saint-Saury, dans le Cantal, en lisière de Sousceyrac.

Après la libération du Tarn, et après un voyage express à Paris où il tenta, en vain, d’avoir quelques nouvelles des siens (même s’il ne se faisait plus d’illusions), avec l’essentiel des maquisards de Vabre, Isidore a poursuivi le combat en intégrant le 12e régiment de dragons au sein de la Première armée française (troupe régulière). Il finira la guerre dans les Vosges…

« Puis, la paix revenue, il a fallu revivre. Une nouvelle page d’une vie marquée à jamais par ces années tragiques qui le privèrent de ses parents et d’une grande partie de sa famille. Mais ce poids immense, il le porta jusqu’à sa
mort » conclut Simon Louvet, désormais également membre actif (comme webmaster) de l’Amicale de Vabre. « Et bien sûr, ce livre qui participe du devoir de mémoire, celle des miens étant une part de la mémoire universelle, je souhaite aussi qu’il soit un moyen de passer le relais aux nouvelles générations. Car en 2023, il est toujours des discriminations et des hommes et des femmes que l’on chasse ou persécute à raison de leurs origines, de leur religion, de leur statut social… »

Philippe Mellet

« Isidore et Simone, Juifs en résistance » par Simon Louvet et Remedium, 192 pages, éditions Ouest-France, 22 euros.

Simon Louvet présentera son ouvrage le 12 octobre à 15 heures à la librairie Au Petit Bonheur la Chance de Capdenac. Il sera dans le Lot au printemps prochain.

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