L’adolescent de 14 ans a décrit des coups et humiliations fréquentes. Le prévenu avait été placé en garde à vue après un signalement de l’Aide sociale à l’enfance et vient d’être condamné.
« Il me frappe parce que je n’ai pas rangé, il me frappe parce qu’il y a de l’eau dans le garage, il y a toujours une raison pour m’insulter. » Les mots, ceux d’un adolescent de 14 ans, résonnent dans la salle du tribunal de Cahors. Jeudi 11 juin, un quadragénaire était poursuivi pour des violences commises sur son beau-fils à Pradines entre janvier et mars 2024. Il a été reconnu coupable et condamné.
L’affaire débute par un signalement adressé au parquet en mars 2024 par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) du Lot. L’adolescent s’était confié à l’équipe éducative de son établissement scolaire, affirmant subir depuis plusieurs années des violences physiques et verbales de la part de son beau-père. Des faits qui, selon lui, se produisaient lorsque sa mère était absente. Le jeune garçon évoque notamment un épisode survenu après avoir oublié d’aller chercher sa petite sœur à l’école. Il décrit des coups de pied dans le dos et au tibia, des gifles ainsi qu’un étranglement. Présente lors de la scène, sa petite sœur aurait assisté à une partie des violences. Face aux enquêteurs, le mineur maintient ses accusations. Cinq jours après les faits, un certificat médical constate un stress post-traumatique associé à une agoraphobie et fixe une incapacité totale de travail (ITT) de dix jours.
La mère de l’adolescent apporte également des éléments troublants. Elle explique que le prévenu avait reconnu avoir « dérapé » le jour des faits. Elle admet par ailleurs connaître son attitude parfois dévalorisante envers son fils. Quant à la petite sœur, entendue au cours de l’enquête, elle confirme avoir vu son père s’emporter, donner un coup dans les jambes du mineur et remarque une marque rouge au niveau du cou. Elle relate aussi les pleurs puis les vomissements de son frère après l’altercation.
À la barre, le prévenu nie catégoriquement les violences. Selon sa version, l’adolescent n’était pas allé chercher sa sœur à l’école et n’a prévenu personne. Agacé, il était monté dans sa chambre pour demander des explications et le ton avait simplement monté. « Il a levé le poing pour me mettre un coup et je l’ai repoussé. Il est tombé assis sur son lit », affirme-t-il. Il reconnaît avoir donné « un coup de pied dans le vide » mais assure n’avoir jamais touché le jeune garçon. Pour lui, les accusations s’inscrivent dans un contexte familial tendu, marqué par un divorce et des difficultés éducatives. « Je le considérais comme mon fils. J’étais strict sur les règles mais je n’ai jamais été violent », soutient-il, contestant également le témoignage de la petite sœur.
Pour le ministère public, la version avancée par le prévenu ne résiste pas à l’examen du dossier. La procureure y voit au contraire un « déchaînement de violences contre ce jeune de 14 ans » et relève l’absence de remise en question de l’intéressé. Même constat pour Me Alexopoulos, avocate de la partie civile, qui dénonce un prévenu « en plein déni ». L’avocate insiste sur les conséquences des faits pour l’adolescent, contraint d’être hébergé pendant quatre mois chez sa grand-mère afin d’éviter tout contact avec son beau-père. Elle réclame 2 000 euros en réparation de son préjudice moral.
À l’inverse, Me Geffroy dénonce une lecture à charge du dossier. Selon elle, les déclarations du mineur ont varié au fil du temps et la seule témoin directe demeure une enfant de moins de dix ans. « Parce qu’il faut protéger les enfants, on prend systématiquement leur parole pour la réalité », plaide-t-elle, estimant qu’il ne faut pas considérer les prévenus comme des menteurs par principe.
Après en avoir délibéré, le tribunal condamne finalement le prévenu à une amende de 3 000 euros. Il devra également effectuer un stage de responsabilité parentale dans un délai de six mois, sous peine de deux mois d’emprisonnement en cas d’inexécution. Les juges prononcent en outre une interdiction d’exercer une activité impliquant un contact avec des mineurs pendant trois ans. Sur le plan civil, le mineur obtient 2 000 euros au titre de son préjudice moral.





