Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.
Lundi._ En conclusion de sa séance plénière, le Conseil départemental exprime son désarroi, pour ne pas dire sa colère à l’égard du projet de carte scolaire 2026-2027. Laquelle comprend désormais, Pradines échappant finalement au couperet, selon la dernière version de la Direction des services de l’Éducation nationale, 11 fermetures de classes pour le seul premier degré (à Luzech, Espère, Saint-Paul-Flaugnac, Castelfranc, Caillac, Lalbenque, Puy-l’Évêque, Biars, Gramat, Duravel et Livernon). Histoire d’afficher son soutien aux parents, élus et enseignants de manière originale, la motion votée par le Conseil fait montre d’une forme inédite d’humour noir. Adoptée à l’unanimité, elle se décline ainsi tel « un petit lexique de l’ambition éducative à l’usage du rectorat d’académie et de la DASEN »… Sibelle a repéré quelques définitions qui en disent long. « Bassin de vie : Unité géographique que l’on observe de très loin, idéalement depuis un bureau à Toulouse ou à Paris, pour s’assurer qu’elle est bien en train de se vider » ; « Concertation : Processus de dialogue théorique consistant à informer les élus locaux de décisions déjà prises » ; « Égalité des chances : Slogan républicain qui s’arrête généralement à la frontière des départements ruraux ou des quartiers populaires ». Reste encore et toujours ce constat. Proposer un contre-projet ou un gel ou une autre forme de contrat avec l’État pour endiguer la décrue des postes octroyés est certes une alternative qui a du sens. Mais cela passe aussi par une concertation dans le Lot et dans chaque commune entre élus, parents, enseignants et tous les citoyens : des millions sont légitimement alloués chaque année aux écoles, entre investissements et dépenses de fonctionnement. Dès lors, imaginer un maillage plus rationnel n’est peut-être pas à balayer d’un revers de main.
Mardi._ La spectaculaire mobilisation opérée en ce début de semaine continue d‘alimenter les conversations. 125 policiers et 200 gendarmes ont été déployés (essentiellement sur Cahors) pour démanteler un réseau de trafic de cocaïne et de résine de cannabis. A l’issue, 18 personnes interpellées, des kilos de stupéfiants saisis, mais aussi des véhicules, des sommes en numéraire, du matériel informatique… Sibelle se félicite et remarque que nul n’a fait appel à ce néologisme qui s’impose désormais dans les communiqués officiels (voire dans la loi) ou les médias nationaux. Personne n’a parlé de « narcotrafic ». Un terme apparu en 2023 seulement, et qui s’est généralisé à la vitesse grand « V ». Non sans quelques arrière-pensées. Parler de trafic de drogue(s) ou de stupéfiants ne suffirait plus. Certes, les crimes induits, l’âge toujours plus précoce des dealers, les méthodes mafieuses, tout cela ne mérite aucune tolérance. Mais la sémantique n’est jamais neutre. Renvoyer toute analyse et toute réflexion à l’imaginaire induit par le terme « narcotrafic » (c’est-à-dire à l’Amérique centrale) ne peut cacher que depuis des lustres, il est des maux que les seuls mots ne peuvent éradiquer. S’il convient de bien nommer le mal, il faut surtout des moyens. Pour le prévenir, pour le combattre.
Mercredi._ Sibelle découvre dans Medialot qu’à Béduer, le château qui se dresse au centre du bourg a été acquis par une société qui propose des vacances dépaysantes dans le Quercy à 2400 euros la semaine. Originalité du concept : ne sont admises que les femmes. Ma protégée, que le patriarcat imposé par de vieux matous aigris dans les ruelles de notre vieux village ulcère volontiers, juge l’idée géniale. Elle ne va pas cependant jusqu’à suggérer que je l’inscrive pour l’été à venir. Elle préfère aller faire la sieste. Je pense à ces mots de Paul Morand : « Les chats sont incompris parce qu’ils dédaignent de s’expliquer ; ils ne sont énigmatiques que pour ceux qui ignorent le pouvoir expressif du silence. » Quant à moi, je constate que ces vacances « no men » emballent une clientèle aisée originaire des Etats-Unis ou d’Europe du Nord. Soit. Mais que cela n’est peut-être pas très rassurant. Dresser des murs ou se protéger derrière des murs ne peut être qu’une réponse très partielle à certains préjugés, à certaines violences, à certaines dérives sexistes. Non ?
Jeudi._ On apprend que le célèbre Guide Michelin va bientôt décerner des « étoiles »… aux meilleurs vins de France. Le premier guide concernera deux régions phares du vignoble hexagonal : le Bordelais et la Bourgogne. On a écrit trop vite. En fait, ce ne seront pas des « étoiles » (qui restent ainsi l’apanage des restaurants) mais des « grappes ». Les inspecteurs s’appuieront sur cinq critères : la qualité de l’agronomie (sols, conduite de la vigne), la maîtrise technique en cave, l’identité du vin, la dégustation, et enfin la constance, mesurée sur plusieurs millésimes. Ainsi, ce sont les domaines (et non certaines de leurs cuvées) qui seront primés (ou pas). Réflexion de mon œnologue personnelle (qui rime avec Sibelle) : « Quand viendra le temps de juger les meilleurs domaines de Cahors, se trouvera-t-il quelques grandes figures de l’appellation pour imiter des célébrités de la restauration qui refusent, désormais, d’être notés par le Michelin ? Quitte à entendre dans nos campagnes quelques cadors de Cahors mettre dehors les inspecteurs et s’écrier : Lâchez-nous les grappes ! »
Vendredi._ A l’heure où j’écris ces lignes et à l’heure où vous les lisez, quelque 300 brebis achèvent leur transhumance de Rocamadour à Luzech. Ces braves bêtes vont passer la belle saison sur les rives du Lot, débroussaillant des zones sensibles. Moi-même, quand je me promène en été sur les hauteurs du vieux village qui domine la rivière et les vignes, j’entends parfois les brebis à défaut de les voir. Il y a quelque chose de rassurant dans ce renouveau du pastoralisme. Alors que le monde est si inquiétant, nos brebis et leurs lunettes de soleil nous apportent une forme de quiétude. Et cela n’a pas de prix.
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