Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.
Lundi._ N’en déplaise aux climato-sceptiques, aux spécialistes de tout et de rien qui s’étonnent, dans des studios de radio et sur des plateaux de télé climatisés, que le vil peuple s’en étonne, la réalité des thermomètres nous contraint de le dire clairement : en cette fin mai 2026 sont enregistrés des records de température qui confirment un dicton plus ancien : « Y’a plus de saisons ma pov’dame ! » De la pointe du Finistère aux causses quercynois en passant par le Val de Loire, la Champagne ou l’Auvergne, l’été est en avance, et le climat continue de s’emballer. Sans même parler des conséquences sur les cultures, ce qui est le plus remarquable, c’est que tout s’est joué en quelques jours. On a gagné 10, voire 15 à 20 degrés si rapidement que l’on n’a même pas eu le temps de remiser les radiateurs d’appoint dans les salles de bain ou de nettoyer les poêles à bois qui nous réchauffaient en fin de journée il y a peu encore. Dans l’absolu, des 30 ou 35 degrés à l’ombre sont communs dans le Lot. Mais en été. Pas en mai. Sibelle elle-même en est toute retournée. Je l’observe se traîner dans le jardinet avant de s’affaler au pied de l’hydrangea, voire sur le sol dallé du bolet. Elle boit de l’eau comme jamais. Et croyez-le ou pas, preuve du caractère exceptionnel de cet épisode, il m’a d’ailleurs fallu quelques jours pour m’en rendre compte, elle ne râle plus, ne persifle plus, ne se moque plus ni de nous ni de la triste comédie humaine en général. Et ça, si ce n’est pas une preuve que la planète s’affole !
Mardi._ Un mot, et même plusieurs, encore, sur cette chaude, très chaude semaine et ses conséquences, hélas guère surprenantes, sur le bon fonctionnement de nos transports ferroviaires. Qui a pu être surpris ? Combien de trains tout bonnement annulés et quand ils ont pu rouler, de voyageurs entassés avec des climatisations aléatoires et des services connexes écrasés par la chaleur et la vétusté ? On nous dit, on nous répète que de nouvelles rames vont entrer en service en 2027, que des travaux ont permis de rénover de larges tronçons de la ligne POLT mais en attendant, le scandale continue, encore et toujours. Et même nos confrères nationaux ont décidé de se pencher sur ce « tiers-monde ferroviaire » : cette semaine, TF1 avait délégué un de ses reporters pour aller prendre le pouls d’un secteur économique connu mais pas toujours assez reconnu, bien qu’il résiste vaille que vaille : la porcelaine de Limoges. Or, le confrère est rentré avec deux reportages. Le pénible voyage entre Paris et Limoges (et retour) en train l’a amené à improviser un second sujet « sur la pire ligne SNCF de France » (sic). Tiens, Sibelle sort brièvement sa léthargie : « Et que font nos élus ? ». Je lui réponds qu’ils font remonter à Paris nos problèmes. On les écoute, là-haut. Mais les entend-on ? Ou vice-versa ?
Mercredi._ Pendant ce temps, sans jeu de mots, Serge Rigal et Christophe Proença ont décidé ce mercredi matin de prendre de la hauteur. Le président du Département a raconté ainsi sur son compte Facebook : « Nous avons embarqué à bord d’une montgolfière pour survoler la majestueuse cité de Rocamadour. Voir la lumière du matin caresser la pierre et s’élever au-dessus du canyon de l’Alzou est un spectacle à couper le souffle, qui rappelle toute la beauté et la richesse de notre patrimoine. » Et de conclure : « Une expérience magique qui confirme, s’il en était besoin, que lorsque l’on s’émerveille et que l’on admire notre territoire, on ne peut que dire « Oh My Lot ». Soit. Mais ma protégée féline est frustrée. Non pas de ne pas voir été conviée (elle est sujette au vertige). Mais elle trouve cette communication un peu timide. Et de suggérer qu’il eût été peut-être plus audacieux, une fois en l’air, de déployer une grande banderole reprenant ces mots si justes de Maurice Faure : « Nous sommes pauvres mais nous sommes beaux ».
Jeudi._ A propos de communication, justement, il faut admettre que le député Pradié communique beaucoup. Sur ses divers comptes, les photos et les vidéos sont soignées, usant de l’alternance couleur / noir & blanc, et on y observe le parlementaire feignant d’ignorer, quand il se recueille devant un monument ou rencontre des élus, des associatifs, des professionnels ou de simples citoyens, qu’un de ses collaborateurs filme et photographie la scène. Cette semaine, on le voit dédicacer l’ouvrage « Dignité » qu’il a préfacé. Y figurent des contributions signées de personnalités diverses ayant participé aux débats organisés ces derniers mois au Collège des Bernardins à Paris sur « une valeur qui lui tient à cœur, la dignité », comme le résume La Tribune. Sur X, Aurélien Pradié explique : « Penser la dignité à tous les niveaux, c’est revenir à l’essentiel de ce qu’est la Politique. Loin de l’obsession pour la tactique et pour la mise en scène. La dignité, une valeur à repenser. » A méditer alors que se profilent les épreuves de philosophie du bac ?
Vendredi._ Ils ne désarment pas. Ils ? Ce sont ces élus, enseignants, parents d’élèves, simples citoyens, regroupés ou non en associations ou syndicats, qui continuent de clamer leur colère quant au projet de carte scolaire pour la rentrée de septembre, avec son cortège de suppressions de postes et de classes. Du coup, ils réclament un moratoire d’urgence, craignant une nette dégradation des conditions d’enseignement et donc d’apprentissage si le projet de l’administration est appliqué. Il y a même une pétition en ligne. On y lit : « Le ratio nombre d’élèves par enseignant, dans le public, est de 18 en moyenne en France, contre 14 en moyenne dans l’OCDE. (Ici le nombre total d’enseignants prend en compte les remplaçants titulaires). Seuls 3 pays font pire que la France au sein de l’OCDE : Mexique, Colombie et Royaume-Uni. » Je rappelle à Sibelle : l’OCDE est l’Organisation de coopération et de développement économiques. Héritière du plan Marshall, elle regroupe 38 pays ayant en commun un système de gouvernement démocratique et une économie de marché. De 1984 à 1996, son secrétaire général fut un haut-fonctionnaire français : Jean-Claude Paye. Cela ne s’invente pas. Doctement, ma tigresse me répond : « Il s’agit d’un aptonyme ».
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