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Sibelle, les classes que l’on ferme et ces plaies toujours ouvertes

Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats. 

Lundi._ Une nouvelle semaine de guerre débute au Moyen-Orient. Bombes, missiles, roquettes, drones : en direct, nous assistons à l’embrasement de toute une région d’une monde. Les civils, hommes, femmes, enfants, ne sont pas épargnés. Et comme on pouvait le craindre, un peu à la façon de ce qui s‘est passé en Ukraine, ce qui devait durer quelques jours va sans doute durer de nombreuses semaines, voire des mois. La géographie étant ce qu’elle est, on parle désormais du Détroit d’Ormuz comme s’il s’agissait d’un rond-point aménagé à quelques km de notre village, et par lequel sont obligés de transiter tous les moyens de transport qui acheminent dans le supermarché d’à côté viandes, fruits, légumes, produits de toutes sortes. Sans oublier le carburant de Titine (ce n’est pas un nouveau chat mais le surnom de ma vénérable Peugeot). Avec Sibelle, devant la télé, nous n’en finissons pas d’être désolés. En son temps, dans notre village aussi, on vota la charte de la Mondialisation. Mais cette Mondialisation, en 1949, n’avait rien à voir avec ce qu’elle devint à la fin du XXème siècle. Il s’agissait de revendiquer une forme d’attachement à la paix. Les deux premiers paragraphes étaient : « 1 – Nous affirmons que notre sécurité et notre bien-être sont liés à la sécurité et au bien-être de toutes les villes et de toutes les communes du Monde, aujourd’hui menacées de destruction par la guerre totale. 2 – Nous voulons travailler en paix avec toutes les villes et communes du Monde, coopérer avec elles afin de fonder la Loi mondiale qui assurera notre protection commune, sous l’autorité d’un pouvoir fédéral mondial démocratiquement établi et contrôlé… » Cette utopie se révéla un feu de paille. On pense à ces vers de Louis Aragon : « Elle était brune et pourtant blanche / Ses cheveux tombaient sur ses hanches / Et la semaine et le dimanche / Elle ouvrait à tous ses bras nus / Elle avait des yeux de faïence / Et travaillait avec vaillance / Pour un artilleur de Mayence / Qui n’en est jamais revenu / Est-ce ainsi que les hommes vivent / Et leurs baisers au loin les suivent… » Oui, hélas, les années, les décennies, les siècles passent. Et les humains n’en finissent pas de sembler toujours s’éloigner de notre humanité commune.

Mardi._ Sur Medialot, le portrait d’une couturière itinérante. Elle effectue des retouches, des raccommodages, des ajustements, des créations, aussi. Au fil des villages, au fil des rencontres, celle qui manie les aiguilles et les fils et sait redonner une nouvelle vie à de vieux tissus permet aussi de recoudre une partie du lien social. Il en faudrait beaucoup d’autres, par les temps qui courent, suggère ma protégée féline. A raison. 

Mercredi._ Toujours sur Medialot, un article qui recense les mots revenant le plus souvent dans les intitulés des listes se présentant aux élections municipales. Sibelle est déçue. Elle n’est certes pas surprise que soient cités des mots tels que « demain », « ensemble »… Mais elle regrette quand même que sur 392, pas une n’ait eu le cran de reprendre en guise de slogan la fameuse formule du regretté Maurice Faure : « Nous sommes pauvres, mais nous sommes beaux… » Et pourtant, quand on sait la difficulté croissante à boucler les budgets des collectivités, ces mots finissent par sembler toujours davantage ceux d’un visionnaire. 

Jeudi._ C’est, hélas, une forme de marronnier journalistique. Mais tout le monde s’en passerait volontiers, et pas seulement dans le Lot. Les projections de la carte scolaire 2026-2027 amènent déjà enseignants, parents d’élèves et les élus locaux à s’inquiéter. Dans notre département qui n’est pas le plus dynamique sur le plan démographique, on se doute que l’heure est plutôt à la baisse de moyens humains : dans le seul premier degré, de source syndicale, seraient envisagées pour la rentrée 14 fermetures de classes. Du pain sur la planche pour les futurs maires et conseillers qui sortiront des urnes. « Ouvrir une école, c’est fermer une prison » disait Victor Hugo, dont une autre citation est toujours actuelle : « Les maîtres d’école sont des jardiniers en intelligences humaines. » Ma chère Sibelle en rajoute une couche : « Il n’y a plus de prison dans le Lot mais les jardins aussi semblent y être menacés ».

Vendredi._ Selon l’usage, pas davantage de commentaire sur le scrutin de ce dimanche. Pour beaucoup d’entre-vous, le choix sera limité. « Mais allez voter quand même » conseille ma tigresse. « Quitte à glisser un bulletin blanc. Car voter, c’est un luxe que tant de vos frères humains de par le monde vous envient qu’il serait quand même fâcheux de ne pas prendre quelques minutes pour le faire. Non ? »

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