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Sibelle pense à Martine, déportée à l’âge de 2 ans


Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.

En ce samedi ensoleillé (mais il paraît que cela ne va pas durer), en ce 8 mai, jour anniversaire de la victoire alliée face à la barbarie nazie, je veux retracer à ma protégée l’impensable destinée du Docteur Lazare Polack et des siens. Né en août 1884 à Bordeaux, il sert d’abord la France et en 1933, il est médecin-colonel de la Marine quand il est admis à faire valoir ses droits à la retraite (militaire). Mais le Dr Polack continue de servir et soigner les Français, c’est-à- dire ses semblables. Il rejoint Montfaucon, dans le Lot, comme directeur et médecin du sanatorium des PTT qui accueille beaucoup d’enfants. Il embrasse ce nouveau volet de sa carrière avec passion et dès l’automne 1934, il rédige un historique de l’établissement qu’il adresse à la très sérieuse Société des études du Lot qui lui exprime ses plus vifs remerciements. Et puis les années passent, et puis survient la longue nuit de la Seconde guerre. En octobre 1940, le scélérat statut des Juifs lui interdit d’exercer la médecine. Le Dr Lazare Polack est révoqué. Il est officier de la Légion d’Honneur, et la France de Vichy perd le sien. Il retrouve pourtant son poste en juin 42, quand une dérogation est accordée aux citoyens français… depuis cinq générations. Mais ce n’est hélas qu’un répit. Et pourtant, à travers ce destin, se dessinent bientôt deux visages de la France, celui de la honte et celui des Lumières. Courant 1943, le médecin doit accompagner une jeune patiente à l’hôpital de Cahors. Une rafle a lieu ce même jour. Françoise Lapeyre, une sage-femme de l’établissement, cache le Dr Polack dans le grenier de la maternité. Il est épargné. Pour un temps. Françoise Lapeyre et nombre de praticiens et personnels de l’hôpital n’en sont pas à leur premier acte de courage. Ils sauveront et soigneront des dizaines de Résistants et des dizaines de Juifs, hommes, femmes et enfants. Françoise Lapeyre sera reconnue « Juste parmi les Nations ». L’hôpital de Cahors également, le seul de France avec celui de Saint-Céré…  Et puis le 15 décembre de cette même année 1943, le Dr Polack est arrêté. Avec son épouse Juliette, sa belle-fille Denise, elle-même maman d’une petite Martine, tout juste âgée de 2 ans. Via leur secrétaire, Marinette Arjac, qui se rend à Cahors, le docteur et son épouse parviennent à faire prévenir leur fille cadette Gilberte. Elle trouvera refuge à Anglars-Juillac auprès de la famille Schyn. Des Justes, eux aussi. Après un passage par Toulouse, Lazare et Juliette Polack, Denis et Martine sont dirigés vers Drancy d’où ils sont déportés vers Auschwitz : ils meurent, gazés, en janvier et février 1944. J’ai sous les yeux les photographies de ces martyrs. Sibelle et moi sommes interdits de stupeur. Je m’attarde sur le portrait de la petite Martine. Elle avait deux ans. DEUX ANS ! S’il est encore des jeunes ou moins jeunes Lotois, des jeunes et moins jeunes citoyens de France et du monde qui ne comprennent pas ce que l’on commémore aujourd’hui 8 mai, alors qu’ils regardent le visage de cette enfant de deux ans. Les larmes leur viendront. La victoire sur la barbarie nazie, c’est la victoire de l’humanité sur sa négation même. C’est la petite flamme qui éclaire, dans le nuit des camps, les yeux pétillants de Martine Polack. Ils ont assassiné cet ange, ils n’ont pas tué sa beauté qui constitue, encore et toujours, un rappel à notre devoir de mémoire. 2021.

En ce 8 mai, parce que la démocratie a gagné face à l’empire de la haine, nous apprenons que pour les élections départementales de la fin juin, la préfecture du Lot a publié la liste des binômes candidats. Il y en a 52 pour 17 cantons. En 2015, on en avait recensé 74. Comme la répartition n’est pas uniforme, si sur Cahors II et dans les Marches du Sud-Quercy, cinq binômes seront en lice, dans les cantons de Lacapelle-Marival et Martel, un seul bulletin sera déposé sur la table. Les électeurs n’auront pas le choix. Et dans beaucoup d’autres, il n’y en aura que deux. Les raisons sont nombreuses, comme l’absence ou presque de la droite locale qui semble avoir préféré concentrer son énergie sur les régionales ou le contexte sanitaire, ou la force tranquille de la majorité sortante qui ratisse très large avant même le premier tour. Mais Sibelle est comme moi : il lui semble que ne décompter que 52 binômes cette année sur la ligne de départ n’est pas franchement un signe de bonne santé démocratique.

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