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Sibelle ne déboulonnera pas la statue de Gambetta


Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.

L’époque est trouble. Voilà que dans la foulée des événements qui secouent l’Amérique de Donald Trump, en France aussi, d’aucuns songent à leur tour à renverser des statues ou à rebaptiser des rues. Avec Sibelle, nous avons entendu à la télévision des militants estimer qu’il faudrait par exemple donner de nouveaux noms aux lycées ou aux rues et avenues célébrant Colbert. Le ministre de Louis XIV qui donna un nouveau cadre à la politique économique du roi rédigea aussi, en effet, les bases du Code Noir, qui réglementa l’esclavage sur les territoires français. « Pas question évidemment de légitimer, de justifier ce qui fut et demeure un crime sans nom » plaide ma protégée féline. Un avis que je partage, il va sans dire. « Reste à savoir si les actions symboliques sont plus efficaces que l’instruction. C’est à l’école que les nouvelles générations doivent apprendre l’histoire, et ce qu’elle charria comme impensables inhumanités » ajoute encore Sibelle.

Laquelle, au train où vont les choses, pense que les promoteurs de la colonisation seront sous peu dans le collimateur. Quid dès lors de notre célèbre Léon Gambetta, né à Cahors en 1838, alors même que les célébrations prévues en 2020 pour le 150ème anniversaire de la proclamation de la République et le 100ème anniversaire du transfert de son cœur au Panthéon sont évidemment perturbées par la crise sanitaire ? Nombre d’historiens nous disent qu’il était sur la même ligne que Jules Ferry, voire qu’il l’inspira. Les grands hommes de la IIIème République ont donné un cadre législatif synonyme de progrès sans précédent à la France métropolitaine de la fin du XIXème siècle. Mais ils étaient des partisans de l’expansion coloniale. Avec tous les travers que l’on sait.

Et quand Gambetta en appelle aux grands principes _ « Pour reprendre véritablement le rang qui lui appartient dans le monde, la France se doit de ne pas accepter le repliement sur elle-même. C’est par l’expansion, par le rayonnement dans la vie du dehors, par la place qu’on prend dans la vie générale de l’humanité que les nations persistent et qu’elles durent ; si cette vie s’arrêtait, c’en serait fait de la France »_ Jules Ferry est encore plus direct : « Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. » Tout est donc affaire de pédagogie, de culture. Et d’équilibre.

« Il faut savoir célébrer Gambetta et Ferry pour ce qu’ils ont fait de juste et dire aussi qu’ils ont écrit des pages sombres de notre histoire » conclut ma chère féline. Pas question donc de déboulonner la statue de Léon ou de débaptiser le boulevard où nous aimons tant, aux beaux jours, déambuler puis nous asseoir en terrasse. Quitte, en sirotant une limonade, à feuilleter, lire ou relire le formidable « Terre d’ébène », recueil de reportages réalisés en Afrique dans les années 1920 et formidable réquisitoire contre l’exploitation des peuples indigènes signé Albert Londres, notre maître à tous, nous, journalistes.

Alors, au bout du compte, serait-il si compliqué, tout en combattant toujours aujourd’hui, puisque c’est nécessaire, tous les racismes et toutes les discriminations, d’ajouter aux panneaux et aux notices que Léon Gambetta a pu contribuer au pire, tout en ayant, à un moment donné, fait ce qu’il fallait pour que la France restât le pays des Lumières ? Déboulonner sa statue n’aurait pas cette valeur pédagogique, nous semble-t-il, à Sibelle et à moi.

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Sur ce, nous allons passer à table. Déguster un melon bénéficiant du label IGP du Quercy dont la chair arbore la même couleur orangée que les roses Laetitia Casta dont je vous parlais la semaine dernière. Sibelle a appris en surfant sur Medialot que dans notre département, 453 hectares sont consacrés à la production de melons, dont la moitié sont commercialisés sous le label. « On a tout pour être heureux ici : des truffes, du foie gras, des agneaux des causses, des fromages, des fruits… » énumère Sibelle, qui se lèche les babines. Elle n’a pas cité le vin. Je m’en réserve la consommation. Ma tigresse est déjà assez énervée !

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