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Sibelle garde (quand même) le moral


Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.

On pourrait faire semblant, ou plutôt faire comme si de rien n’était. Commenter avec ironie – ou pas – les débats du dernier conseil municipal de Cahors largement consacrés à la question du stationnement (comme dans toutes les villes, d’ailleurs) et aux mésaventures de cet élu d’opposition se disant privé de cinéma faute d’avoir trouvé une place, revenir sur ce vœu voté à l’unanimité visant à interdire la détention d’animaux sauvages dans les cirques, s’ébaubir ou s’effrayer, à Cahors, encore, de l’installation d’insectes géants réalisés par le sculpteur Casimir Ferrer jusqu’à la fin du mois, place Bergon et place Champollion, saluer l’annonce de Lot Aide à Domicile qui va recruter 30 salarié(e)s supplémentaires ou revenir sur le plan social de la MAEC.

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On pourrait encore évoquer quelques souvenirs remontés à la surface à la lecture de ce petit article, sur Medialot, évoquant le bouilleur de cru Jacques Laniès. J’étais gamin, et dans le village de ma grand-mère, près de Sedan. Je revois encore ce spectacle étonnant quand un confrère ardennais de Monsieur Laniès installait sur la grand-place du bourg sa machine (son alambic) qui me semblait tout droit sortir de je ne sais quel film de science-fiction, je revois les anciens apporter leurs fruits, leurs tonneaux, et je me souviens surtout de ce parfum étrange qui embaumait et enveloppait à des centaines de mètres alentour…

On pourrait faire semblant, ou plutôt faire comme si de rien n’était. Mais comment ? Annonce de reconfinement, nouvel attentat barbare à Nice… Même ma chère Sibelle ne trouve plus les mots, même cette petite chatte insolente n’a plus le cœur à ironiser… Bon, je la titille un peu, je la chatouille (verbalement), je lance quelques pistes. Et elle finit par mordre à un dernier hameçon. Ouf. La voilà qui sort de sa morne et triste torpeur : « Bravo ! C’est cela la France, c’est cela qui constitue notre ultime mais si solide rempart ! Plus qu’un symbole, c’est un défi au monde ! » Je l’interroge, évidemment, je suis pressé de comprendre. Quelle info enfin moins mortifère la transporte ainsi ? Pourquoi cet enthousiasme pas même surjoué ? « Tu n’es pas au courant ? Le communiqué est tombé … Le prix Goncourt est remis à une date indéterminée puisque le 10 novembre les librairies ne seront pas ouvertes. Pour les académiciens il n’est pas question de le remettre pour qu’il bénéficie à d’autres plateformes de vente… Eh bien c’est formidable. Et je le dis sans arrière- pensée, je le dis au premier degré. Un pays qui reporte sine die la remise d’un prix littéraire en guise et en signe de solidarité avec les libraires et en forme de bras d’honneur en direction du virus comme des fanatiques et des marchands du temple que sont les géants du web, un pays où cet événement se veut tout sauf anecdotique parce que la culture y est une grande et noble cause, cela fait plaisir d’y vivre… »

Je suis pleinement d’accord avec Sibelle. Il n’y a qu’en France, de fait, où en temps normal, on ouvre le journal de 13 heures par un direct depuis la noble devanture d’un grand restaurant pour que faisant fi de la foule des micros et caméras, dans une cohue joyeuse, un honorable académicien annonce à la ville et au monde, « urbi et orbi » dirait-on à Rome, le titre d’un roman et le nom de son auteur. Il n’y a qu’en France où dans la foulée, un reporter parvienne à retrouver le lauréat, à la fois transi et béat, qui déclare à quel point il est ému alors que dans le même temps, la direction de sa maison d’édition commande l’impression de dizaines, voire centaines de milliers d’exemplaires supplémentaires. Il n’y a qu’en France où le lendemain, dans la presse écrite, on lise des éditoriaux criant au génie ou à l’imposture, où l’on indique, aussi, que le vote a été serré mais que les jurés ont été récompensés : il y avait du foie gras et des truffes (du Quercy ?) au menu, et quelques bordeaux millésimés. Mais le Goncourt reporté, c’est une chose.

Reste à savoir si, en ce mois de novembre évidemment pas comme les autres, une autre institution s’apprête à vaciller ou à résister. « Qu’en sera-t-il en revanche du beaujolais nouveau? » s’alarme Sibelle qui, de fait, a droit chaque année, le troisième jeudi de novembre, à une petite larme du breuvage. Bonne question. Mais je la rassure : de toute façon, il y aura aussi, et quoi qu’il advienne, de la charcuterie, quelques tranches de saucisson, du jambon, un pot de rillettes, un beau pain de campagne croustillant. La France, quoi. Envers et contre tout.

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