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Sibelle entre plages et musées


Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.

Nouvelle étape cette semaine dans le processus ô combien délicat et sensible du déconfinement. Le préfet, après avis des maires des communes concernées, a donné son aval à la réouverture de plusieurs musées lotois. Le public étant invité, évidemment, à respecter « les mesures barrières et de distanciation sociale », comme le veut la désormais rituelle formule.

Quand je dis « plusieurs », c’est une précaution de style. « J’en ai dénombré une quinzaine » a remarqué ma fidèle protégée féline. Qui a eu l’honnêteté d’ajouter : « Le musée Champollion (Figeac), le musée Jean Lurçat (Saint-Céré), le musée de l’Automate (Souillac), notamment, je connaissais. Mais certains autres, j’ignorais jusqu’à leur existence… » Elle m’a cité quelques-uns de ces sites, précisant qu’à l’occasion, elle serait plutôt curieuse de les découvrir. Je lui ai promis évidemment de l’accompagner. On débutera par le charmant village des Arques et le musée Zadkine. Même si, ce n’est qu’un avis tout personnel, la plus belle œuvre de l’artiste qui s’installa dans le Lot en 1934 se trouve sans doute en face de l’établissement : la magnifique piéta abritée dans la crypte de l’église Saint-Laurent…

Et puis, dans la foulée si j’ose dire, le préfet a également autorisé de nouveau l’accès à plusieurs plages, lacs et plans d’eau. Curieusement (ou pas?) n’y figurent pas les points de baignade des cours d’eau (du Lot, de la Dordogne et du Célé). Or, c’est sur une de ces petites plages que j’ai passé jadis quelques merveilleux moments quand pour moi le « 46 » n’était encore qu’une destination de vacances. Quand je n’imaginais pas encore un instant y vivre, plus tard, à demeure. J’ai donc raconté à Sibelle…

« Puissent toujours demeurer aussi vives et réconfortantes en mon souvenir ces heures joyeuses d’août, en famille, quand nous nous allongions sur la très petite plage bordant le Célé, en contrebas du prieuré d’Espagnac-Sainte-Eulalie. L’adjectif « petite » n’a rien d’offensant. Disons qu’au total, j’estime la plage vaste de 250 m2. Et je suis généreux. Mais c’était notre La Baule, notre Pampelonne, rien qu’à nous ou presque. Au début des années 2000, un paradis dont nous connûmes bientôt chaque parcelle, chaque recoin. Le rituel débutait par la traversée du pont depuis la départementale, la recherche d’une place de parking à 100 ou 200 mètres. Puis les adultes portaient les sacs avec les serviettes, les goûters, les livres, les brassières ou les bouées, les vêtements de rechange, les enfants devant, en éclaireurs. Car nous descendions ensuite vers la plage couverte de galets, de quelques zones herbeuses, et puis notre territoire enfin constitué, borné, les choses sérieuses commençaient enfin. Sérieuses, c’est-à-dire déraisonnables mais dans la limite _ toujours _ qu’impose la sécurité à assurer quand des enfants de moins de 10 ans sont autour de soi. Ici, le Célé prend ses aises. Et ça tombe bien. Il est large. Côté plage, peu de profondeur, peu de courant, le fond tapissé de petits cailloux, voire de sable. Côté opposé, davantage de profondeur et de courant. Un adulte se positionnait donc toujours à la limite de ces deux visages de la rivière. Le reste était éclaboussures, ricochets, tentatives de planches, esquisses de dos crawlé, jeux avec ou sans ballon ponctués de vrais-faux plongeons. S’essayer, à l’écart, sur un bout de serviette, à entamer ou poursuivre une lecture, fût-elle celle de l’Equipe ou de Libération, et je n’évoquerai pas un roman de Modiano ou même un vieux polar envalisé juste avant le départ des Ardennes, c’était courir à l’échec. Alors, les lunettes de soleil façon vieux jeune premier sur le nez, j’observais le spectacle innocent. Je profitais. Combien de temps restions-nous ? Deux heures, parfois trois. Car tout moment de bonheur a une fin. Il se mue ensuite en souvenir heureux, puis, plus tard encore, en douce nostalgie. Nous remontions vers la voiture en passant par le prieuré (le bien nommé monastère Notre-Dame de Val Paradis et son église Saint-Augustin), où se tenait parfois un marché de terroir (où l’on achetait alors des pêches de vigne, des melons, des tomates) et l’on regagnait, comblés, notre gîte à quelques kilomètres… » Sibelle semble sourire. Promis, là encore. Je l’emmènerai, le moment venu, découvrir ce paradis.

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