De quoi se consoler d’un 14 juillet assez terne à Cahors.
On ne plaisante pas avec la qualité de la marchandise à Luzech. D’ailleurs, un minimum d’exigence et de méthode sera synonyme de deal « gagnant-gagnant » entre producteur vendeur et acheteur. C’est pourquoi le 3 juillet 1935 le correspondant local du Journal du Lot fait paraître une sorte de vade-mecum à destination des producteurs de pêches s’ils souhaitent trouver un bon débouché pour leur fruits… « Nous avons annoncé dernièrement que des marchés aux pêches et autres fruits auraient lieu à Luzech les lundi, mercredi, vendredi et dimanche de chaque semaine. A ce sujet, nous croyons devoir adresser aux vendeurs inexpérimentés quelques recommandations concernant la cueillette, le triage et la présentation des fruits. 1._ Les pêches doivent être récoltées sur l’arbre deux jours avant leur complète maturité. A ce moment-là les fruits ont acquis leur complet développement et toute leur coloration, mais ils sont encore fermes. C’est le parfum qui indique le moment de la cueillette. Il faut saisir les pêches avec la paume de la main de façon que les doigts ne laissent aucune empreinte. Celles qui sont cueillies trop mûres ne peuvent voyager et n’ont qu’une valeur marchande très faible. »
« 2._ Les fruits récoltés doivent être classés suivant leur taille et leur état en quatre catégories : a) les gros fruits ; b) les fruits moyens ; c) les petits fruits ; d) les fruits trop mûrs ou tachés. 3._ Les pêches doivent être apportées au marché dans des récipients plats ne contenant chacun qu’une catégorie. On prendra des précautions pour qu’elles ne soient pas meurtries dans le transport. Les pêches portées en vrac, sans aucun triage, se vendront à des prix moins élevés. »
« Les pêchiculteurs expérimentés qui porteront leurs fruits bien emballés les vendront au plus haut prix et l’emballage leur sera remboursé. Dans le cas, peu probable, où ils ne trouveraient pas à vendre leur marchandise, ils pourront l’expédier aussitôt à un mandataire aux Halles. Ils trouveront des adresses chez M. Poujade, président du Syndicat. La saison des pêches coïncidant avec l’époque des grands travaux, les producteurs trouveront dans nos marchés un débouché commode et sûr qui leur permettra de bien tirer parti de leur récolte, sans perdre leur temps à faire des expéditions absorbantes et hasardeuses. »
Un 14 juillet « très modeste »
Avoir plaisir à vendre ses fruits et légumes ou, pour les simples particuliers, à faire ses courses au marché où, à cette saison, les étals sont si colorés et parfumés, peut par ailleurs se révéler une forme de consolation bienvenue quand les festivités du 14 juillet sont apparues presque sans saveur. C’est en tout cas le sentiment que l’on perçoit à la lecture du compte rendu publié il y a tout juste un siècle, le vendredi 16 juillet 1926, dans ce même Journal du Lot. Jugez plutôt. Deux jours après la fête nationale et ses différents rituels, le soufflé est plus que retombé ! Et cela semble devenir une triste habitude… Encore heureux néanmoins que les sportifs sauvèrent la mise ! Notez que le 14 tombait donc un mercredi et que les animations débutèrent dès le week-end précédent…
« La fête nationale a été célébrée à Cahors, selon l’usage, depuis quelques années, de façon très modeste. Aussi bien, les visiteurs ne se sont pas dérangés, les trains n’ont pas apporté un voyageur qui venait à Cahors pour se distraire. On a même remarqué que le nombre d’autos, de passage à Cahors, a été moins grand que les jours ordinaires. Samedi soir, à 7 heures, les cloches des églises annoncèrent la fête, et à 9 heures 1/2, les tambours et clairons et musiciens de l’Avenir Cadurcien, précédés, encadrés par des porteurs de lampions, parcoururent les principales rues de la ville en jouant la retraite. Devant la Préfecture, le monument Gambetta, arrêt: un pas redoublé fut joué. Devant l’Hôtel de Ville illuminé, les enfants des Ecoles chantèrent la « Marseillaise » et le « Chant du départ ». A 11 heures chant et musique cessèrent. »
« Jeudi matin, mariage de la rosière or, comme chacun a assisté au moins à un mariage, on connaît le cérémonial. A 10 heures, place Rousseau des enfants furent intéressés par des jeux organisés par le Conseil municipal : jeux de la cruche, de la poêle, et course en sac. Heureusement à 10 heures 1/2, une attraction des plus intéressantes avait été organisée par le Vel-Auto-Lotois, la jeune et vaillante société sportive. Des courses de bicyclettes avaient lieu. Neuf coureurs y prirent part; ces courses furent très réussies. Le départ et l’arrivée ayant lieu devant l’Hôtel de Ville et le siège social (Café de Bordeaux), une foule nombreuse était réunie pour assister à ces courses. »
Un grand bal populaire conclu à une heure du matin
« A midi et demi, elles prirent fin et les coureurs furent vivement applaudis. A 2 heures, au Théâtre eut lieu une représentation populaire. Le public assez nombreux qui s’y était rendu entendit avec plaisir les belles voix des jeunes Vialard, Guitard, de MM. Baboulène, Machicot, Baldy. Il fut amusé par M. René Barreau, dans son répertoire, par Mlle Tardieu qui fut une Auvergnate à la perfection, par M. Fabié. Une comédie « le Convive » et deux ballets où parurent de gracieuses fillettes intéressèrent vivement les spectateurs qui ne ménagèrent pas leurs applaudissements aux acteurs et actrices, sans oublier l’orchestre symphonique dirigé par M. Barreau. »
« A 5 heures, sur le Lot, les courses de régates donnèrent lieu à une vive lutte entre les équipiers ; et la course aux canards amusa le public et surtout les nageurs qui eurent la chance de les attraper. Le soir même, ils s’en régalèrent dans un repas amical. Dès 9 heures, les monuments publics, les Allées Fénelon étaient brillamment illuminés : l’Avenir Cadurcien donna un concert à 10 heures et à 10 h. 1/2 l’Orphéon se fit entendre sur la terrasse du Café de la Promenade. Musiciens et chanteurs furent applaudis. Enfin, à 11 heures, un grand bal populaire eut lieu sur la place de la République. De nombreux couples dansèrent aux sons d’un excellent orchestre qui était monté sur une estrade installée au milieu de la place. Le bal fut très animé jusqu’à 1 heure du matin, clôture de la fête du 14 juillet. »
Source : site Gallica-BNF
Illustration : « Nature morte aux pêches et aux prunes », vers 1634, de Louise Moillon, Ecole de France, Musée du Louvre.





