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L’intelligence artificielle s’est invitée dans le débat au festival Africajarc

Lors d’une conférence, Huguette Tiegna a plaidé pour une innovation encadrée, respectueuse des créateurs et attentive à la place de l’humain dans la révolution numérique en cours.

A Cajarc dans le Lot, Il y a quelque chose de singulier à débattre d’algorithmes, de modèles de langage et d’agents IA sur les rives du Lot, dans ce village de 1136 habitants que le festival Africajarc transforme chaque été en carrefour des cultures internationales. C’est le dimanche 26 juillet que s’est tenue cette rencontre consacrée à un sujet qui déborde désormais largement les cercles technologiques. « Quand l’intelligence artificielle (IA) rencontre la créativité : innovation, emploi et avenir des industries culturelles ? ».

Pour animer les débats, les organisateurs, Emmanuel Pawliez, co-président d’Africajarc, et Daniel Atchiali, producteur et directeur du cinéma du festival, ont fait appel à Huguette Tiegna, figure connue du département. Docteure en génie électrique, ancienne députée du Lot (2017-2024), fondatrice d’EHTIA, entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle dite « responsable », elle a publié en 2026 un ouvrage au titre en forme d’aveu, L’IA, un sentiment d’inachevé !. Devant un public mêlant artistes, entrepreneurs, élus et festivaliers, elle a défendu une ligne de crête : ni fascination, ni rejet.

Le constat dressé en ouverture ne souffre guère de contestation : l’intelligence artificielle a déjà pénétré l’ensemble des filières culturelles, un secteur qui représente, selon l’UNESCO, quelque 3 % du produit intérieur brut mondial et près de 30 millions d’emplois. Elle peut assister les scénaristes, restaurer les archives, faciliter le doublage des films, composer des musiques, générer des vidéo et des images en quelques secondes. Faut-il y voir la fin annoncée des métiers de la création ? La conférencière, qui est aussi ambassadrice bénévole du Plan gouvernemental « Osez l’IA », s’en défend. « L’IA accélère et assiste la création, mais elle ne remplace ni l’intention, ni l’émotion, ni la vision artistique », a-t-elle affirmé, situant la valeur de l’artiste dans sa « capacité à donner du sens et à transmettre une émotion, un art ou une mémoire ».

Reste la question du droit et de la rémunération. Une étude commandée par la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs (Cisac) estimait, fin 2024, que l’IA générative pourrait amputer d’ici à 2028 près d’un quart des revenus des créateurs de musique et environ un cinquième de ceux de l’audiovisuel. Qui est l’auteur d’une œuvre conçue avec l’assistance d’une machine ? Le droit d’auteur protège une création humaine, pas automatiquement une création produite exclusivement par une machine. Les créateurs dont les œuvres ont servi à entraîner les grands modèles doivent-ils être indemnisés ? Face à ce chantier juridique, Huguette Tiegna défend quatre principes : la protection de ces œuvres, le consentement, la transparence et le partage équitable de la valeur.

Dans un festival dédié aux cultures du continent africain, la question de la souveraineté numérique africaine ne pouvait être éludée. L’intervenante a rappelé une réalité peu discutée : l’Afrique compte environ 2 000 langues, soit près d’un tiers des langues parlées dans le monde, mais celles-ci demeurent massivement sous-représentées dans les grands modèles de langage. Un angle mort lourd de conséquences, alors même que ces technologies pourraient servir la traduction et la préservation du patrimoine oral. L’enjeu, a-t-elle insisté, n’est plus seulement d’utiliser ces outils, mais d’associer pleinement les acteurs africains à leur conception.

Le dernier volet des échanges, consacré à l’empreinte environnementale de l’intelligence artificielle, a pris un relief particulier sous l’épisode caniculaire qui frappait le Lot, dans une atmosphère chargée de l’odeur des fumées des feux de la Gironde. Face aux enjeux liés à l’entraînement des grands modèles de langage, la consommation électrique des centres de données, les besoins en eau pour leur refroidissement : le coût écologique du numérique n’a rien de virtuel. « Le défi n’est plus seulement ce que la technologie d’IA peut faire, mais aussi à quel coût énergétique, quelle souveraineté, quelle éthique et pour quel bénéfice collectif », a résumé la conférencière, appelant à une utilisation sobre de l’IA et au développement de modèles frugaux, au service de l’humain, des créateurs et de l’intérêt général.

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