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Lancer de cocktails Molotov sur le commissariat de Cahors : Le cartel du H à nouveau devant le tribunal 


Déjà jugée il y a un an pour trafic de stupéfiants, une partie du cartel du H comparaît de nouveau devant le tribunal correctionnel de Cahors. Du 22 au 23 novembre, trois affaires vont être traitées. La première concernait les tirs de cocktails Molotov sur le commissariat de Cahors en 2020.

Ce mercredi 22 novembre 2023, il règne comme un air de déjà-vu aux alentours du tribunal correctionnel de Cahors. La rue adjacente est fermée à la circulation, des voitures des forces de l’ordre sont alignées les unes derrière les autres et un groupe de policiers accueille chaque visiteur par un contrôle d’identité à l’entrée du palais de justice. Il faut dire que les faits qui y sont jugés avaient mis en émoi la ville de Cahors. Le 27 novembre 2020, le commissariat avait été la cible de jets de cocktails Molotov occasionnant l’incendie de plusieurs véhicules. De plus, la plupart des prévenus sont bien connus du tribunal. Ils font partie du « Cartel du H », un réseau de stupéfiants démantelé en décembre 2020 et dont les membres avaient été condamnés en septembre 2022. Ce mercredi, ils étaient cinq, quatre hommes et une femme, mis en cause pour des faits de dégradation et destruction de biens d’autrui. « H », le chef de la bande, en faisait partie.

Il est 21h, le 27 novembre 2020, lorsqu’un premier cocktail Molotov est lancé sur le commissariat de Cahors. Ne causant aucun dégât, il passe inaperçu. Quarante minutes plus tard, trois autres projectiles enflammés volent par-dessus le mur d’enceinte. Deux voitures, dont une appartenant à un policier, sont entièrement brûlées, une autre détériorée et le bâtiment est dégradé à plusieurs endroits par les flammes. Les débris des projectiles permettent de confirmer qu’il s’agissait bien de bouteilles en verre contenant un tissu imbibé d’essence et enflammé. En revanche, les analyses ne révèlent aucune trace ADN exploitable. Très vite, des vidéos de l’incendie circulent sur les réseaux sociaux et un renseignement anonyme dénonce H. Celui-ci, qui était alors incarcéré pour une affaire de stupéfiants depuis juin 2020, aurait coordonné l’action depuis sa cellule. A l’époque, le dossier sur le cartel du H est en cours d’instruction et le téléphone de son chef est sous surveillance. Trois éléments orientent définitivement l’enquête vers lui et ses acolytes. D’abord, certains membres du cartel avaient été choisis par H pour tirer des feux d’artifice sur le commissariat en août mais le projet n’avait pas abouti. Ensuite, H a confié à un autre détenu « avoir brûlé le comico » avant de se rétracter et de mettre en cause un de ses « concurrents » de Montauban. Enfin, le multirécidiviste avait déjà utilisé des cocktails Molotov pour tenter d’incendier le logement de son ex-compagne, des faits pour lesquels il avait été condamné en juin 2019. Pour couronner le tout, plusieurs témoignages accusent H.

L’un d’eux est particulièrement retenu par les enquêteurs et le parquet. C’est celui d’Elodie*, la jeune femme qui sert de taxi au cartel du H et qui est également accusée de complicité de dégradation de biens. Celle-ci explique que le soir des faits, elle a récupéré trois personnes du cartel, qui portaient des sacs semblant peser un certain poids et dont s’échappaient des bruits de verre. A leur demande, elle en dépose deux, Amaury* et Tamir*, à l’arrière du commissariat et se poste avec le troisième, Safouane*, sur la place Charles de Gaulle. « Je ne savais pas ce qu’il allait se passer. Avec du recul, je pense qu’on s’est garé là pour faire le guet », explique la jeune femme de 22 ans. « Que se serait-il passé si vous aviez refusé de les conduire ? », questionne son avocate Me Sophie Grolleau. « Il y aurait eu des représailles, des insultes, des menaces d’aller piller la tombe de ma mère », confie Elodie qui éclate en sanglots. La jeune femme continue son récit. Alors qu’ils étaient tous les deux dans la voiture, Safouane reçoit un coup de téléphone peu après 21h. Elle reconnaît la voix de H. Celui-ci semble donner des ordres au jeune homme et lui dit qu’il faut « recommencer ». Lorsque l’explosion se produit, Elodie filme la scène depuis la voiture, puis les deux repartent. Elle assure également avoir vu Amaury et Tamir s’éloigner du commissariat après les faits. Ces derniers sont accusés d’être les lanceurs des cocktails Molotov. Quant à Safouane, il est aussi jugé pour dégradation et destruction de bien d’autrui.

Les trois hommes, ainsi que leur chef H, démentent fermement. Tamir dit qu’il était en train de fumer dans la rue au moment de l’explosion, Sofiane qu’il a été prévenu de l’incendie par un ami et est allé voir par curiosité et Amaury, qui vit à quelques mètres du commissariat, ne se souvient de rien. Bref, à les entendre, ils étaient au mauvais endroit au mauvais moment. Dans le groupe, seul Amaury a un casier vierge et ne fait pas partie du cartel du H. Dans le cadre du premier procès pour trafic de stupéfiants, la cour d’appel avait condamné Safouane à deux ans d’emprisonnement et Tamir à trois ans. Quant à H, il avait écopé de 9 ans de réclusion. Suspecté d’être l’instigateur de l’affaire des cocktails Molotov, il s’insurge : « Moi ce qui m’intéresse c’est l’argent. Brûler un commissariat, c’est pas mon truc. J’ai toujours assumé mes conneries mais je ne veux pas être le bouc émissaire de la justice ou de qui que ce soit ! Les gens qui ont fait ça nous visait, ils voulaient l’extinction de notre trafic ». Pour le procureur Alexandre Rossi, c’est bien H « le donneur d’ordre ». « Dans le cadre de la procédure de stupéfiants, il y a eu une expertise psychiatrique qui a établi sa paranoïa, c’est toujours le cas », ajoute-t-il. Face à la colère qui gronde de H, il requiert 3 ans d’emprisonnement pour lui, 3 ans dont 18 mois avec sursis pour Tamir, 3 ans dont 2 avec sursis pour Amaury, 18 mois dont 8 avec sursis pour Safouane et 10 mois intégralement assortis d’un sursis pour Elodie.

Du côté de la défense des quatre hommes c’est l’indignation : rien dans l’enquête ne permettrait d’identifier avec certitudes les coupables. « Il n’y a pas de témoin direct, pas d’empreinte, pas de téléphone. Rien dans ce dossier ne permet de confondre mon client, à part les déclarations d’Elodie. Son intérêt à elle est de mettre le trouble dans cette affaire pour se disculper », plaide l’avocate d’Amaury, Me Elea Cerdan. Pour Me François Faugère, qui défend Safouane, « c’est un dossier approximatif ». L’avocat de Tamir Me Victor Casellas abonde et dénonce « une enquête mal faite ». Hormis l’avocate d’Elodie, tous demandent la relaxe pour leurs clients. C’est à Me Morgane Dupoux, qui défend H depuis plusieurs années, de conclure les plaidoyers. « H est un personnage à Cahors et ce personnage convient à tout le monde, y compris lui-même. A chaque fois qu’il comparaît, c’est toute une histoire et vous y participez », lance-t-elle à l’adresse du procureur en faisant notamment référence à l’important dispositif de sécurité mobilisé pour l’occasion. « Coupable une fois, pas coupable toujours. Sa nuisance est réelle et palpable, sauf que ce n’est pas toujours lui ».

Au terme de huit heures d’audience, le tribunal tranche et reconnaît les cinq personnes coupables. Elodie est condamnée à 10 mois d’emprisonnement avec sursis, Safouane à 18 mois dont 8 assortis d’un sursis probatoire, Amaury et Tamir à 2 ans dont 12 mois avec sursis et enfin H à 3 ans de prison ferme. Tous ont également interdiction de porter ou détenir une arme pendant 5 ans. A l’énoncé du délibéré, H explose : « J’ai pris trois ans gratuit, j’en ai marre de porter le chapeau ! ». Alors qu’il doit comparaître dans une seconde affaire, il refuse de rester plus longtemps dans la salle d’audience, envoie valser la bonnette du micro, tape dans les vitres et hurle pour qu’on le ramène en prison. Alors que l’affaire suivante s’ouvre sans lui, les bruits de ses coups contre les barreaux de sa cellule résonnent encore dans la salle d’audience.

* les prénoms ont été modifiés

Photo d’illustration archives

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