Ce pionnier de la France Libre s’illustra comme pilote dans la bataille d’Angleterre et dirigera plus tard le Salon du Bourget.
Une spécificité lotoise ? A l’instar d’Adonis Moulène (*), originaire pour sa part du Figeacois, Henry Lafont né à Cahors en 1920, qui fut un des premiers enfants du Quercy à rallier la France libre à l’été 1940, se révéla un pilote de chasse audacieux et un patriote admirable. Sa vie est un roman. Mais s’il collectionna les honneurs et les reconnaissances (à sa mort en 2011, des nécrologies ont été publiées dans le New-York Times et dans El País…), Henry Lafont fut d’abord un gamin à la fois studieux et rêveur.
Fils d’un employé de commerce devenu commis à la Direction des Travaux de Constructions navales au port militaire de Cherbourg puis à Toulon en 1937 _ on n’avait donc pas peur de voyager dans la famille… _, il se souvenait au soir de sa vie qu’alors écolier, peu après midi, il se dépêchait de sortir pour scruter dans le ciel l’avion de l’aéropostale effectuant le vol quotidien entre Paris et Toulouse. Un peu plus tard, il a 12 ans quand il assiste à sa plus grande joie à une fête aérienne à Montauban. Il y admire une centaine d’avions… Ainsi naissent les vocations.
Dans le Var, adolescent, il consacre ses loisirs à bouquiner des revues spécialisées puis il est autorisé à s’inscrire à l’Aviation populaire : créé en 1936, ce modèle d’apprentissage « accorde aux aéro-clubs des crédits pour chaque brevet de pilote du 1er et 2e degrés qu’ils font passer. Ce système avantageux permet à des jeunes désargentés, comme moi, d’apprendre à piloter… », racontera-t-il. Doué, Henry Lafont a comme moniteur un ancien combattant de la Première guerre. Le Lotois a tout juste 18 ans quand il obtient son brevet ! Plus d’hésitation dès lors… Le lycéen qui envisageait les Arts et Métiers passe finalement le concours de l’école de l’air d’Istres qu’il intègre à l’automne 1938. Mais les nuages de la Seconde guerre s’annoncent.
Il est à Londres dès juillet 40
Quand la déclaration de guerre survient un an plus tard, Henry Lafont qui a été sélectionné pour se former comme pilote de chasse est encore pensionnaire de l’école. L’établissement est transféré à Châteauroux (Indre) puis à Avord (Cher). Et en décembre 1939, direction Oran, en Algérie. C’est là, alors qu’il continue à se former sur différents types d’appareils, qu’il apprend la terrible nouvelle : Pétain a demandé l’Armistice. Pour le Lotois, c’est impossible. Avec plusieurs camarades, sa décision est vite prise : rallier l’Angleterre dans les meilleurs délais. Un petit groupe se constitue et rejoint Gibraltar par les airs après un vol délicat … « Les hélices ayant été volontairement déréglées pour empêcher toute tentative d’évasion, le décollage ne peut avoir lieu que grâce à la détermination du pilote René Mouchotte qui, aux commandes de l’appareil, « arrache » in extremis l’avion en bout de piste… » lit-on sur la notice biographique du site de l’Ordre de la Libération. De là, en bateau cette fois, Henry et les autres gagnent le pays qui entend résister à l’Allemagne nazie. Ils arrivent à Liverpool le 13 juillet et dès le lendemain, ils assistent à Londres au premier défilé des troupes de la France Libre en présence d’un certain Général de Gaulle…
Faut-il s’étonner ? Henry Lafont signe aussitôt un engagement au sein de Royal Air Force et sera l’un des rares Français à participer à la formidable bataille d’Angleterre. Ainsi que le résume là encore sa notice de Compagnon de la Libération, « après un stage rapide à l’Operationnal Training Unit de Sutton-Bridge en Grande Bretagne, il est affecté au Squadron 245 et commence sa guerre par des opérations de surveillance en mer d’Irlande. Le mois suivant il est affecté, le 10 septembre 1940, au Squadron 615 à Prestwick, Northolt, Kenley et Valley. Sur Hurricane, au il effectue plus de 100 missions défensives pour près de 200 heures de vol de guerre. Il affirme sa valeur au cours de plusieurs engagements victorieux, notamment les 26 février et 15 mars 1941, en abattant au total deux avions ennemis et en endommageant un troisième. »
On notera au passage que le Quercynois est devenu bilingue, familier de la langue de Shakespeare mais aussi des appareils et des unités de mesures qui n’ont rien de commun avec ce qu’il avait appris en France.
Tant et si bien qu’Henry Lafont, « de juillet à décembre 1941 est moniteur à l’OTU de Crossby-on-Eden où il forme plus de 60 pilotes français. Puis, volontaire pour le Moyen-Orient, il rejoint en janvier 1942 le groupe de chasse Alsace alors en pleine formation, et participe à la campagne de Libye [sous l’uniforme français]. Le 30 mai 1942, au cours d’une patrouille de nuit, il attaque un bombardier ennemi qu’il détruit probablement. Le 27 juin 1942, attaqué par un ennemi supérieur en nombre, il est blessé et descendu, après avoir endommagé un Messerschmitt 109 F. Il a effectué au cours de cette campagne près de 50 missions offensives et défensives. Il revient en Grande Bretagne avec le groupe Alsace en janvier 1943 pour participer à l’offensive aérienne du front de l’ouest. A l’issue de cette campagne, il totalise plus de 1 000 heures de vol dont 230 en vol de guerre, 195 missions dont 160 défensives et 35 offensives. »
Patron du salon du Bourget
Le Lotois, promu lieutenant, retrouve le sol français à la mi-juin 1944, après avoir débarqué à Arromanches. Il constate bientôt que « des 12 pilotes français de la bataille d’Angleterre, seuls trois sont encore vivants en août 1944, à la Libération de Paris ». A cette date, il rejoint le cabinet du ministre des Transports aériens, Max Huysmans. Il pense devenir pilote de ligne sur Air France, mais est recalé lors de la visite médicale !
Alors Henry reste donc dans l’armée et enchaîne les postes importants, exerçant un temps au sein de l’Otan. Lors de la guerre d’Algérie, il reprend quelque temps du serve actif avant une seconde carrière, cette fois dans le civil. Après une formation à la Chambre de commerce de Paris, cet expert devient en 1967 directeur général du Salon International de l’Aéronautique et de l’Espace (SIAE). Une fonction qu’il va occuper durant 18 ans…
Mais peut-on au terme d’un tel parcours envisager la retraite ? Il faut croire que non. La dernière partie de sa vie, le Lotois la consacre à la rédaction de nombreux ouvrages dédiés à l’histoire dont un livre de référence, le Mémorial des pilotes morts et disparus des FAFL. Compagnon de la Libération, commandeur de la Légion d’honneur et Grand Officier de l’Ordre du Mérite, mais aussi titulaire de la Croix de guerre avec trois palmes, de la Médaille coloniale et de celle de l’Aéronautique, Henry Lafont demeure jusqu’à son décès un homme discret mais toujours disponible pour évoquer son parcours et ceux de ses camarades…
Reste cette fâcheuse homonymie : né Henri Lafont, pour l‘histoire, le grand Lotois est désormais connu sous le prénom d’Henry. Il aurait été fâcheux de le confondre avec l’autre Henri Lafont (né Chamberlin), ancien voyou devenu le chef de la Gestapo française, tortionnaire patenté dans ses bureaux de la rue Lauriston, fusillé en décembre 1944 tout comme son complice, l’ancien policier Pierre Bonny.
Ph.M.
(*) : Relire notre article sur l’aviateur et résistant Adonis Moulène.
Sources : site Gallica BNF, site de l’Ordre de la Libération, article du blog de Véronique Chemla.




