Pilote de chasse, il fut aussi maquisard et déporté. Premier aviateur à se poser en Andorre, il meurt à 39 ans en 1956.
Le 29 septembre 1956, dans Les Ailes, « journal hebdomadaire de la locomotion aérienne » (sic), paraît cette nécrologie à la fois succincte mais évocatrice, et qui dit bien l’effroi que cette mort prématurée provoqua, notamment dans l’univers des professionnels de l’aviation… « Adonis Moulène, dont nous avions rappelé l’accident, apparemment peu grave, survenu le 5 août, en République d’Andorre, a succombé aux suites de cet accident. En réalité, il avait été durement touché à la colonne vertébrale. Cependant, rien ne laissait prévoir les conséquences navrantes de cet accident dont les deux passagers étaient sortis à peu près indemnes. Bien que paralysé partiellement, Adonis Moulène paraissait lui-même aller beaucoup mieux à tel point que les médecins qui le soignaient à Toulouse avaient autorisé son transfert à Paris. C’est au cours de ce transfert, effectué le lundi 17 septembre, dans le train, qu’environ une demi-heure avant d’atteindre la capitale, le malheureux Moulène fut pris d’une syncope dont il ne revint pas. C’est une grande perte pour toute l’Aviation, pour l’Aviation Légère en particulier dont A. Moulène était un fervent apôtre, pour sa femme qui était sa fidèle disciple, pour la Société des Avions Max-Holste à laquelle il appartenait. Il avait été longtemps l’un des meilleurs pilotes de l’Armée de l’Air et, dans le privé, avait contribué à mettre en valeur, à ses débuts, le « Bébé-Jodel » qu’il avait longuement et brillamment expérimenté. C’était, avec le regretté Badez, l’un des plus ardents représentants de la petite Aviation qui vient de disparaître prématurément. Nous disons à Mme Moulène toute la part que nous prenons à sa peine, combien nous mesurons la perte que vient de faire l’Aviation à laquelle A. Moulène était si profondément attaché. »
Il faut cependant se plonger dans d’autres archives pour mesurer qui fut ce héros et ce pionnier. Notamment dans son dossier conservé aux Archives nationales suite à sa nomination dans l’Ordre de la Légion d’honneur en 1947. Une distinction amplement méritée.
Un fils de paysans qui rêvait d’être pilote
Fils de paysans, Adonis Moulène voit le jour en août 1917 à Montet-et-Bouxal. Est-ce la proximité de Figeac où s’est déjà développée une industrie aéronautique ? Est-ce la contemplation des ciels étoilés ? L’adolescent rêve de devenir aviateur. Boursier, il s’engage à tout juste 18 ans comme élève-pilote dans l’Armée de l’air et obtient son brevet dès 1936 à Bourges. Sa formation se poursuit comme sergent à Châteauroux puis à Dijon. En 1939, il devient également moniteur parachutiste. Et puis survient la guerre. La vraie. Sergent-chef pilote, ce futur « as » remporte deux combats en mai 1940 avant que son appareil ne soit touché par un bombardier. Il réussit à se poser à Blesme, dans la Marne, bien que blessé au coude par des éclats… On est alors le 15 mai 1940.
Il continue néanmoins, avec son unité, à se battre. Mais la retraite n’épargne pas l’Armée de l’air. Pourtant, il en faudrait davantage pour décourager ces jeunes pilotes que l’Armistice surprend à Toulouse. Avec deux camarades, dès le 26 juin, le Lotois décide de rallier l’Angleterre. Le trio emprunte des chasseurs Dewoitine D520 et aussitôt parvenu en terre britannique, se rallie à l’armée que constitue le général De Gaulle. Dans un premier temps, Adonis Moulène et ses amis s’entraînent avec la Royal Air Force puis fin août, ils reçoivent l’ordre de partir en Afrique où le chef de la France Libre veut poursuivre le combat.
La prison, puis le maquis et les camps
Mais pour le Lotois et ses camarades, l’aventure tourne court. Arrêté à Dakar par des troupes qui obéissent à Vichy, Adonis Moulène est inculpé de trahison. Il encourt la peine de mort.
Un petit miracle se produit à la faveur d’un échange d’otages. Mais le jeune pilote, s’il est réintégré dans l’armée de l’État français, est censé cette fois servir dans une base en Tunisie. C’est peu dire que ce patriote enrage. Pas question de combattre les Alliés et ses camarades de la France libre qui doivent débarquer bientôt. Il n’attend pas. Et il est rayé des cadres « pour raisons politiques » en septembre 1942. Alors c’est décidé, il va reprendre le combat. Autrement. Rapatrié en métropole, le fils de paysans du Ségala va se ressourcer sur ses terres. Avant de gagner le maquis.
Le voilà agent de liaison et de renseignements au sein des FTP. Mais le destin de nouveau le prend de court. Il est l’une des victimes des rafles de mai 1944. Adonis Moulène est déporté dans un camp en Tchécoslovaquie. Moins d’un an plus tard, alors que les jours du IIIe Reich sont comptés, il s’évade et rejoint des partisans. Le résistant de la première heure est de retour en France, enfin, début juin 1945. Il retrouve très vite l’Armée de l’air, comme officier cette fois.
Un accident fatal en Andorre
A l’orée des années 1950, ayant épousé Geneviève Montal en 1945, qui sera ingénieure aéronautique et lui donnera deux fils et une fille, Adonis Moulède entame une nouvelle carrière. Dans l’aviation civile, désormais. Il collabore notamment avec des constructeurs indépendants. Au Salon du Bourget, il présente ainsi des monoplaces innovants, le Bébé Jodel en 1953 et le Broussard en 1954. Ce dernier modèle a été conçu par l’ingénieur Max Holste et son agilité sera fort appréciée notamment durant la guerre d’Algérie.
Un conflit que n’aura pas à connaître le héros lotois. Alors qu’il effectue une mission de démonstration pour instaurer des liaisons avec Andorre depuis la vallée, un accident se produit au moment de redécoller, en août 1956. Adonis Moulène n’a pas 40 ans. Mais il a déjà eu mille vies. Titulaire, outre la Légion d’honneur, titulaire de la Médaille militaire de la Croix de guerre, le capitaine de réserve est inhumé le 18 septembre à Ivry. Adonis Moulène : une belle figure de la France… Les marins de l’île de Sein avaient rejoint De Gaulle en bateau, lui, il l’avait fait en avion. Impossible n’est pas lotois.
Ph.M.
Sources : site Gallica BNF, Archives nationales, site Francaislibres





