Jusqu’au 26 juillet, la ville vit au tempo du théâtre.
Sous les voûtes de la salle Balène, les retardataires cherchent une place et les habitués saluent leurs voisins de rang. Il est 19 h ce mercredi et le festival de théâtre de Figeac a déjà trouvé son rythme. Depuis le 18 juillet, les salles se remplissent, les places et les rues accueillent les spectacles, et les discussions sur les pièces se prolongent bien après les applaudissements. Jusqu’au 26 juillet, la ville vit au tempo du théâtre.
Sur scène, le décor est réduit à l’essentiel : une table, des rideaux noirs. Rien de plus. Pour Phèdre, François Grémaud fait le pari de la simplicité. Seul en scène, le comédien livre une relecture aussi érudite qu’hilarante de la tragédie de Racine. Pendant plus d’une heure, il raconte, explique, joue et décortique le classique avec un humour communicatif. Une proposition singulière qui résume bien l’esprit de cette édition : revisiter les grandes œuvres, surprendre le public et multiplier les écritures théâtrales.
Dans la salle, Josiane Frabois ne cache pas son enthousiasme. Originaire de la région, cette Parisienne de 77 ans passe tous ses étés à quelques kilomètres de Figeac. Pourtant, c’est la première fois qu’elle découvre le festival. Et elle ne fait pas les choses à moitié : trois pièces et un concert sont déjà à son programme. Pour Phèdre, elle a même dû patienter sur liste d’attente avant d’obtenir une place. « J’ai adoré, c’est une performance d’acteur incroyable », confie-t-elle à la sortie du spectacle. Elle salue aussi l’esprit de la manifestation : « C’est un festival très bien organisé, convivial et sympathique. Il y a un peu de tout. »
Cette diversité est justement revendiquée par Éric Thimjo, directeur du spectacle vivant de l’Astrolabe, qui pilote la programmation. « L’idée est de rassembler toutes les écritures théâtrales : la tragédie, le théâtre contemporain, les formes de rue, les propositions plus expérimentales… » explique-t-il. Un fil conducteur demeure toutefois : « Nous avons une exigence autour du texte. Et nous sommes attentifs à ce que le pièces, même anciennes, fassent écho à des problématiques actuelles. »
Le directeur revendique également un équilibre entre spectacles attendus et découvertes. « Nous nous efforçons d’avoir des têtes d’affiche, des locomotives dont on connaît la capacité à mobiliser le public, mais aussi des créations plus confidentielles et des petits formats à Balène, à 19 heures, qui expérimentent d’autres formes théâtrales. On voit que le public nous suit et accepte volontiers d’être surpris, dès lors que la qualité est au rendez-vous », ajoute-t-il. Jeudi soir, le public a ainsi pu découvrir Terminator 2 Unplugged, un objet théâtral non identifié à mi-chemin entre théâtre et cinéma.
Arrivée avec l’équipe du spectacle, Alice Milhet, chargée de sa diffusion, découvre elle aussi le festival. « C’est un premier spectacle qui a peu tourné en dehors de la région Auvergne-Rhône-Alpes », explique-t-elle. Elle souligne l’accueil réservé à la compagnie : « On a été reçus avec beaucoup de sympathie. »
Au-delà des représentations, le festival s’efforce de faire vivre le théâtre dans toute la ville. Trois spectacles gratuits investissent l’espace public. Chaque matin, sous la Halle, lectures et rencontres réunissent entre 50 et 100 personnes. « C’est un peu le service après-vente du festival », sourit Éric Thimjo. Animés par l’équipe d’Antenne d’Oc, ces échanges permettent aux artistes de revenir sur leur travail dans un dialogue direct avec le publi.
Les chiffres confirment cet engouement. Après avoir accueilli plus de 7 000 spectateurs en 2025, le festival devrait atteindre, voire dépasser, cette fréquentation cette année. « Les jauges sont très bien remplies, plusieurs spectacles affichent complet. Les rendez-vous quotidiens, les lectures, le cinéma et les spectacles gratuits connaissent eux aussi une très forte fréquentation. Cela montre une véritable appétence du public », se réjouit le directeur.
À la sortie de Phèdre, les spectateurs prennent tranquillement le chemin de la cour du Puy. Par petits groupes, ils échangent leurs impressions, débattent de la mise en scène, recommandent déjà les spectacles des jours suivants. D’autres poursuivront leur soirée dans les rues animées de Figeac. Depuis une semaine, le théâtre ne se joue plus seulement sur scène : il s’invite dans les conversations, les places et les terrasses, transformant la ville entière en décor de festival.





