Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.
Lundi._ On apprend qu’en ce week-end de Toussaint, une statue « grandeur nature » de Jacques Chirac a été inaugurée sur la place principale du village de Sainte-Féréole, en Corrèze, à quelques kilomètres au nord-est de Brive. L’ancien chef de l’État y avait des attaches familiales. L’œuvre du sculpteur Pierre Mouzet, artiste corrézien lui-même, a été réalisée en bronze, et pour l’événement, outre sa fille Claude Chirac, un autre président attaché au département, François Hollande, était présent. Lui que l’on dit doté d’un solide sens de l’humour a certainement apprécié ce détail qui n’en est pas un : devant la statue, ont été gravées sur le sol quelques citations fameuses dont Jacques Chirac avait le secret. On retrouve ainsi le très primesautier « J’aime beaucoup les pommes » ou le dubitatif « C’est loin, mais c’est beau ». Cependant, ma protégée féline avoue un faible pour l’inattendu mais au bout du compte très représentatif « Ce ne sont pas des bovins, ce sont des chefs-d’œuvre… » ! Et Sibelle ajoute : « C’est peu dire que désormais, quand nous traverserons le Limousin, nous devrons avoir en tête que chaque prairie est une salle de musée, chaque taureau, chaque vache, chaque veau que nous pourrons apercevoir une œuvre d’art. Ce n’est pas le Louvre, mais on n’en est pas loin… » Pourtant, avec tout le respect que nous avons pour la mémoire du président Chirac, nous revendiquons dans le Lot un autre héritage. La citation qui est devenue notre devise est signée Maurice Faure. Et Sibelle et moi ne désespérons pas que nos élites locales l’impriment et la gravent un peu partout, sur les frontons, sur les drapeaux, sur les publications. Ce sont ces mots : « Nous sommes pauvres, mais nous sommes beaux. »
Mardi._ Voilà qu’une nouvel opérateur du secteur ferroviaire, la bien nommée société Le Train, indique avoir déposé une offre pour assurer à compter de de fin 2029 les liaisons sur les lignes POLT (Paris-Toulouse via Cahors) et Paris-Clermont. On sait à quel point les usagers sont fatigués, et le mot est faible, des manquements dont fait preuve depuis plusieurs années l’actuelle entreprise historique en charge du service, c’est-à-dire SNCF-Voyageurs. Mais, même bénéficiant d’une ligne remise en état et de nouvelles rames (adieu les Corail de notre jeunesse!), la société Le Train pourrait-elle enfin garantir des trains arrivant à l’heure quand ils ne sont pas stoppés en rase campagne des heures durant voire annulés au dernier moment ? Quoi qu’il en soit, ce sera ou l’une ou l’autre. Il n’y aura pas plusieurs opérateurs sur la ligne POLT. Au-delà des débats sur l’ouverture de certains services publics à la concurrence, ma tigresse domestique se montre dubitative. Elle vient il est vrai de tomber sur une citation de l’iconoclaste mais assez misogyne Frédéric Beigbeder qui nous ramène un peu au sujet précédent : « Certaines filles ont un tel regard de vache que vous avez soudain l’impression d’être un train de campagne. »
Mercredi._ Une actualité d’abord placée sous le signe de la politique américaine. Sans surprise il est confirmé au petit matin que Donald Trump a perdu les élections intermédiaires et a tout aussitôt changé de casquette : on lit « Veto » désormais sur son couvre-chef, ce qui m’a amené à expliquer à Sibelle qu’il s’agit moins d’un hommage aux spécialistes de la santé animale, qu’elle redoute tant de visiter, que d’un rappel de ses prérogatives constitutionnelles quand il pourra opposer son droit de veto aux décisions du Congrès… Puis, dans un tout autre domaine, l’annonce du décès de Carlo Molinari, emblématique président du FC Metz, nous peine et nous renvoie à nos souvenirs d’enfance. Quand les tribunes du stade Saint-Symphorien accueillaient encore des supporters arborant fièrement des casques de mineurs… En soirée, enfin, c’est le déluge à Lens qui est écrasé à domicile en Ligue des Champions par le club italien de Côme. Score final : 1-9. Sur la scène européenne, le foot français, hors l’ovni PSG, est clairement en deuxième division. Et ma protégée de susurrer que cela risque d’être le cas assez vite du pays tout entier. Non ?
Jeudi._ Jour de manif à Cahors. Comme le soleil est de la partie, je propose à Sibelle de m’accompagner et d’observer le cortège. Lequel est bien fourni, coloré, festif. On y croise d’ailleurs la préfète à l’angle du boulevard Gambetta et de la rue des Augustins. Ma protégée féline se demande alors à quoi pense la représentante de l’État. D’abord s’assure-t-elle discrètement qu’aucun incident ne vienne ternir la journée. Mais aussi, peut-être, se souvient-elle à ce moment de ses fonctions passées ? Toujours est-il que lorsque nous regagnons notre voiture, stationnée rue Murat, une surprise nous attend. Ce n’est pas une feuille morte qui a été abandonnée sur le pare-brise mais un joli papillon. Alors que la circulation était bloquée dans une grande partie du centre-ville, il n’y avait sans doute rien de plus urgent à faire que de distribuer des PV…
Vendredi._ Jour J pour l’ouverture à monsieur et madame Tout-le-Monde de l’autoroute A69 reliant Toulouse à Castres. Un quart de siècle s’est écoulé depuis le lancement du projet. Un quart de siècle de débats, de polémiques plutôt, de manifestations, d’enquêtes, de rapports, d’audiences et de recours, de manifestations. Bref. Reste la question du péage. Pour les voitures thermiques, le tarif est de 20 euros l’aller-retour. Le timing est catastrophique. Le carburant a atteint des niveaux records (même en tenant compte de la petite baisse due à la libération de stocks stratégiques). Ma protégée se demande bien qui va emprunter cette section parmi les plus chères de France. En revanche, pour savoir qui va payer si… le péage ne suffit pas, on devine.
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