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Le nouveau roman de Serge Joncour, « Une histoire d’amours »… et de moustiques !

Derrière le récit d’une double passion à 200 ans d’intervalle, le Lotois d’adoption signe un plaidoyer anti-complotiste.

Exit le Lot. En tout cas provisoirement, on l’espère. Après deux opus d’une saga familiale située dans le Quercy où il avait évoqué les états d’âme d’un fils de paysans décidé à reprendre la ferme familiale en dépit d’une nature, d’une société et d’une économie toujours plus hostiles avec notamment, en points d’orgue, la sécheresse de 1976, la tempête de 1999 puis la pandémie et le confinement de 2020 qui firent rentrer au pays de la terre nourricière certains membres de la lignée _ « Nature humaine » en 2020, prix Femina, puis « Chaleur humaine » en 2023 _, Serge Joncour est de retour dans sa Nièvre natale.

Le Lotois d’adoption (par sa belle-famille) y décrit les paysages forestiers et marécageux des confins du Morvan. Dans « Une histoire d’amours » (le « s » est important !), qui paraît ce mercredi 19 août, le romancier ne se contente pas cependant de dire la beauté sauvage de ces terres à la fois belles et hostiles, que l’on voulut dompter sans succès à la Révolution pour les rendre arables puis lors de remembrements au XXe siècle avant, désormais de les protéger, car considérées comme zones sensibles au titre de leur diversité.

« La passion est un risque à prendre »

Dans le roman, sont « enchâssées » (l’écrivain reprend volontiers le mot à son compte dans une vidéo mise en ligne sur le site de l’éditeur) deux passions amoureuses survenues en un même lieu, près du château du seigneur de cette région d’apparence ingrate, à deux siècles d’intervalle. La première en 1824 réunit la fille dudit seigneur que rongent des fièvres intermittentes et un jeune officier de santé originaire de la contrée qui a appris le métier de médecin (sans le titre cependant) sur les champs de bataille napoléoniens. Les gens du coin croient qu’il est revenu au pays récupérer des biens et des terres. Non. Il voudrait les soigner…

La seconde, en 2024, est le fruit d’un coup de foudre entre un illustrateur lassé par la vie parisienne et dont le couple bat de l’aile et une jeune femme que rudoie son compagnon aux activités troubles et au tempérament brut de décoffrage. Et comme il est en quête d’un nouveau sujet de travail, le premier nommé va réaliser une bande dessinée ayant comme sujet principal la destinée des amants de 1824. Deux histoires d’amour en miroir dans un décor qui au fond n’a guère changé. Cette campagne, il n’est pas si aisé de la domestiquer, quand bien même, comme l’amour, a-t-elle aussi valeur de refuge. Mais « la passion est un risque à prendre », admet le romancier.

Le rude défi des médecins du marais

Reste que prenante, contée avec un style faussement facile, cette double histoire amoureuse qui est aussi une ode à la Nièvre cache d’autres personnages et même un plaidoyer. Le roman de Serge Joncour se veut ainsi un hommage à ces médecins de campagne, à ces officiers de santé (à l’instar de Charles Bovary que l’écrivain confie presque sans sourire vouloir réhabiliter…) qui en ce XIXe siècle où une société bascule non sans fracas de l’Ancien régime (y compris sur le plan intellectuel) à la modernité rationaliste (perçue d’abord comme urbaine, industrielle, mercantile et destructrice) ont la redoutable mission de faire reculer les guérisseurs et les rebouteux, des soignants qui soignent d’abord leur portefeuille, avec l’aval des potentats locaux et même des religieux. Il leur faut lutter pied à pied contre des croyances d’un autre âge. Et dans ce cas précis, faire admettre que ce sont les moustiques des marais qui provoquent bien des maladies qui affectent paysans ou nobles, à la santé déjà précaire, comme la fille du seigneur, de fièvres que l’on connaît sous le nom de paludisme. Mieux que les saignées, les dérivés de la quinine se révèlent des remparts efficaces. Mais comme l’officier de santé du roman le constate avec dépit, convaincre la population est un rude défi. Ses patients potentiels, victimes d’un complotisme qui ne dit pas encore son nom, se méfient de ces nouvelles thérapeutiques.

Or, quand on suit les comptes de Serge Joncour sur les réseaux sociaux, on comprend vite que l’écrivain ne supporte plus ces thèses abracadabrantesques des complotistes d’aujourd’hui, à Washington ou en France, dont les rangs ont décuplé depuis la pandémie des années 2020, et dans le même genre, que les climato-sceptiques lui filent de l’urticaire (il a récemment publié une tribune dans Le Monde où il salue les étés d’antan…). Avec la croisade de cet officier de santé dans la Nièvre de 1824, le romancier règle ses comptes et rend hommage à la médecine. Son roman, « Une histoire d’amours », est donc aussi un coup de chapeau joliment troussé à ces humbles mais persévérants soldats de la science. En attendant qui sait que Joncour rime bientôt avec Goncourt, en attendant la sortie au cinéma de l’adaptation de « Nature humaine » avec Victor Belmondo à l’affiche, autant de raisons de dire tout le bien qu’on pense de ce retour aux sources nivernaises du néo-Lotois. Sur le fond comme sur la forme, la passion amoureuse y est joliment décrite comme un refuge salutaire, et la science comme une vertu plus que jamais nécessaire.

Ph.M.

– « Une histoire d’amours », de Serge Joncour, éditions Albin Michel, 384 pages, 21,90 euros.

– Photos et citations de Serge Joncour : chaîne YouTube éditions Albin Michel.

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