Les organisations agricoles étaient les plus nombreuses.
C’est un petit article, mais il n’a rien d’anodin. Dans le Journal du Lot daté du 16 novembre 1913, est annoncée la naissance du « Syndicat des vignerons libres du Lot ». « Dimanche 9 courant, a eu lieu dans une des salles du Grand Café de la Promenade (Aubran), une réunion importante de propriétaires-viticulteurs due à l’initiative de M. Fréjaville, ancien employé d’une administration financière qui sollicita sa mise à la retraite prématurée, afin de retourner au plus tôt à ses jardins et à ses vignes. Dans cette réunion qui fut des plus intéressantes, M. Fréjaville a exposé son plan, a rendu compte des rapports qu’il avait liés avec certains syndicats de l’Hérault, de date déjà ancienne et dont les services rendus à la viticulture ne se comptent plus ; il a démontré par des arguments incontestés, que des fraudes importantes, enrayées par la loi du 29 juin 1907 qui les réprime, ont certainement contribué au relèvement du prix de nos vins ; mais que leur vente deviendrait encore plus courante si les tarifs douaniers, notamment ceux de la frontière espagnole, étaient plus élevés. Car il est constant que les vins vendus pendant la saison dernière à raison de 0,35 centimes le litre alors que l’hectolitre dans le Midi, était coté en bourse de 32 à 35 fr. l’hectolitre, ne pouvait provenir que d’une origine étrangère ou frauduleuse. »
« Le doublement des droits de circulation sur les vins, projeté, a été de la part du conférencier l’objet d’une protestation véhémente que l’Assemblée entière a applaudie. Le bureau a été composé ainsi qu’il suit : MM. Fréjaville, Président ; Desprats, Vice-Président ; Berty, Secrétaire ; Vincens, Trésorier ; Rigal, Secrétaire-adjoint ; Maratuech, Trésorier-adjoint ; Bosc, Lacombe, Cavalier, Miquel, Raynaldy, Castelnau, membres. Le syndicat des propriétaires viticulteurs du Lot est donc constitué légalement et il est ouvert dès à présent à tous les travailleurs soucieux d’améliorer leur situation financière et productive. Leur bureau et leurs camarades déjà syndiqués leur réservent un accueil cordial et chaleureux. La cotisations a été fixée à un franc, payable en souscrivant. Pour le Secrétaire, Pierre Vincens. Adresser les adhésions à M. Fréjaville, à Cahors Coty. »
Les fraises doivent arriver à l’heure
Alors que le vignoble lotois se reconstitue peu à peu après les heures noires de la terrible crise du phylloxera, les professionnels entendent se fédérer pour peser sur les politiques publiques et se défendre. Ils sont loin d’être les seuls, cela étant, quand on consulte les archives du ministère du Travail où sont conservés, notamment, les dossiers de contrôle des syndicats dissous avant 1976 pour la région Occitanie. On en recense pas moins de 3 485 ! Ils reflètent pour la plupart l’histoire économique et sociale du territoire de la fin du XIXe siècle au premiers tiers du suivant : « 29 syndicats ont été crées entre 1826 et 1883 (avant la loi sur le légalisation des syndicats en 1884) ; 176 syndicats entre 1884 et 1899 ; 680 syndicats entre 1900 et 1909 ; 776 syndicats entre 1910 et 1919 ; 741 syndicats entre 1920 et 1929… », selon la notice de l’Inventaire en ligne sur le site des Archives nationales. C’est dans les départements de l’Hérault (866), due l’Aude (530) et de la Haute-Garonne (398) que les syndicats sont les plus nombreux, mais il n’y en eut que 32 (déclarés avant 1976) en Lozère et 64 pour le Lot. Les deux tiers, enfin, sont des syndicats ouvriers, contre un tiers d’unions patronales.
Dans le Lot, à lire le recensement, ce sont les syndicats agricoles qui sont les plus nombreux, regroupant des exploitants propriétaires, et implantés parfois dans des « petites » communes comme Lagardelle, Payrignac ou encore Teyssieu. Apparaissent ensuite les syndicats de planteurs de tabac (Béduer, Berganty, Cras…). Il s’agit là assurément d’une spécificité quercynoise. Une autre singularité qui fait référence à une production un temps florissante puisque les fruits étaient convoyés jusqu’à Paris via les chemins de fer pour être vendus aux halles : les producteurs de fraises ! Caillac en était la capitale, mais Arcambal et Calvignac avaient aussi un syndicat actif dans ce domaine. La preuve dans Le Journal du Lot du 28 décembre 1910 où l’on comprend qu’il n’est pas question de trêve des confiseurs au moment de faire valoir ses droits et revendications ! « Calvignac. Syndicat des producteurs de fraises. – Les membres du syndicat des producteurs de fraises doivent se réunir, en assemblée générale, dimanche premier janvier à huit heures du matin. Cette réunion extraordinaire a pour but de demander à la compagnie des chemins de fer d’Orléans de vouloir bien prendre les mesures nécessaires pour que la fraise du Lot soit livrée aux halles en même temps que celle des autres régions. Le syndicat de Calvignac fera appel aux conseils municipaux de toutes les communes de la vallée produisant des fraises afin qu’ils unissent, dans ce sens, leurs efforts aux siens. Il vaut la peine de se déranger… »
Une grève à Gourdon en 36
Reste à analyser l’état des lieux à Cahors où sont basés des syndicats ouvriers ou patronaux. Listons ainsi les organisations regroupant les ouvriers boulangers (1925), les travailleurs du fer (1891), les tailleurs de pierres (1904) ou encore les mécaniciens et chauffeurs du PO – compagnie ferroviaire Paris Orléans – (la section de Cahors étant créée en 1907). On n’oublie pas le Syndicat des employés de commerce des deux sexes (1903). Côté patronal, à Cahors sont basés le syndicat de la charcuterie (1919), celui de l’épicerie (1918) ou encore le modeste mais actif Syndicat de protection des intérêts de la petite meunerie (liste non exhaustive).
Ce tour d’horizon serait incomplet si l’on omettait le Syndicat professionnel des ouvriers tanneurs et corroyeurs de Souillac créé en 1887 (et qui sera affilié à la CGT), le Syndicat des commissionnaires en porc du Centre à Saint-Denis-les-Martel ou enfin à Figeac le Syndicat des institutrices privées du Lot.
Au fil du temps, des métiers ont disparu, et, surtout chez les salariés, des syndicats autonomes sont devenus des sections ou antennes d’organisations fédérales voire confédérales. Et concluons par l’année 1936 (il y a pile 90 ans), avec par exemple cette brève repérée dans le Journal du Lot du 2 octobre 1936 : « Grève du bâtiment à Gourdon.- Dimanche, au cours d’une réunion tenue dans la salle des fêtes, les ouvriers du bâtiment, au nombre de 60 environ, ont décidé de cesser le travail, aucun accord n’ayant pu être fait avec les patrons sur la question des salaires. Effectivement, lundi, les ouvriers ne se sont pas rendus au travail. Ils ont défilé devant les divers ateliers et chantiers de la ville. Puis, une délégation a été reçue par M. le Sous-Préfet de Gourdon ! »
Ph.M.
Sources : Archives nationales, Site Gallica BNF.
Photo : Les planteurs de tabac avaient évidemment des syndicats très actifs.





