Jugé pour des agressions sexuelles commises dans les années 1990 sur ses deux belles-filles, un homme de 69 ans a été condamné à deux ans de prison avec sursis. Les victimes, aujourd’hui quadragénaires, ont porté plainte ensemble après avoir découvert tardivement qu’elles avaient subi les mêmes violences.
La famille est dispersée dans la salle d’audience. Les deux sœurs côte à côte, leur mère quelques rangs plus loin, le beau-père à la barre. Une configuration qui dit déjà beaucoup de l’affaire jugée jeudi 16 janvier devant le tribunal correctionnel de Cahors.
L’homme, aujourd’hui âgé de 69 ans, est poursuivi pour des agressions sexuelles commises à Saint-Projet entre mars 1993 et juin 1994 sur ses deux belles-filles, alors âgées d’une dizaine d’années. Les deux sœurs ont aujourd’hui 42 et 43 ans. Elles ont déposé plainte ensemble en 2021, après avoir compris tardivement qu’elles avaient traversé les mêmes épreuves. Quant au prévenu, un ancien agriculteur, il est placé sous contrôle judiciaire depuis avril 2022.
La plus jeune des deux sœurs, employée dans une banque, raconte une relation d’abord perçue comme rassurante. « Il est venu comme un père. Il s’occupait beaucoup de moi, il était affectueux. Trop affectueux. » Les souvenirs remontent par fragments. Une émission à la télévision, un geste déplacé, puis d’autres. « Je me souviens des sensations, et surtout de la culpabilité. » Elle décrit ensuite des demandes répétées de masturbation, des intrusions dans l’intimité, un climat où « aucune porte ne fermait ». « J’ai eu honte pendant des années, notamment d’avoir ressenti une part de plaisir. À l’époque, je ne savais pas que c’était anormal. Je n’en ai parlé à personne », confie-t-elle à la barre
Sa sœur, éducatrice, confirme des faits similaires. « C’est difficile de venir en parler aujourd’hui », dit-elle. Elle évoque un premier baiser imposé à 10 ans, dans le jardin. Puis une lettre dans laquelle l’homme lui écrit « Tu embrasses bien », accompagnée d’un ordre de se taire. « Pendant longtemps, j’ai cru que j’étais la seule. », explique la femme aux gendarmes. Comme sa sœur, elle décrit un homme qui s’impose dans l’espace familial : « C’était comme un second père. Notre père biologique était parti. Quand il est arrivé, c’était presque un soulagement. ». Pourtant elle aussi se souvient de scènes de nudité et de masturbation.
Les deux femmes racontent aussi le silence, la confusion, puis la reconstruction tardive. Le déclic survient des années plus tard, après une prise de contact du prévenu sur les réseaux sociaux. « Si on est là aujourd’hui, c’est parce que ça a été trop dur à dire pendant des années », explique la plus jeune. Après des années de thérapie et de combat judiciaire, elles assurent aller mieux aujourd’hui.
À la barre, le prévenu reconnaît les faits. Il évoque une période difficile, des dettes, une dépression. Le président le recadre : « Toutes les personnes surendettées ne commettent pas d’agressions sexuelles sur des enfants. » L’homme tente d’expliquer sans réellement justifier. « C’était plus fort que moi », murmure-t-il, avant d’évoquer une culpabilité qu’il dit porter « depuis 30 ans ». Les expertises psychiatriques décrivent un homme honteux, affectivement immature, sans pathologie mentale caractérisée mais avec une « pauvreté cognitive » et des pulsions anciennes révélées dans un contexte difficile. Le risque de récidive est jugé faible.
Pour les parties civiles, l’enjeu dépasse la seule reconnaissance judiciaire. Leur avocat insiste sur la lenteur de la révélation : « Ce dossier doit faire taire ceux qui pensent que le temps décrédibilise la parole. » Il souligne aussi la douleur supplémentaire liée à la présence de leur mère aux côtés du prévenu.
La défense, elle, insiste sur le parcours judiciaire long de plus de trente ans et sur la culpabilité du prévenu. « Il n’y a pas d’explication simple à donner, surtout après tant d’années », plaide l’avocate.
Le tribunal suit finalement les réquisitions du parquet. Le prévenu est condamné à deux ans d’emprisonnement entièrement assortis du sursis pendant cinq ans avec interdiction d’entrer en contact avec les victimes pendant 3 ans. Il doit également verser 5000 euros à l’une et 2500 euros à l’autre, au titre de leur préjudice moral.





