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Il n’a pas oublié ces braves gens de Prayssac qui lui ont sauvé la vie

Un couple de paysans et un secrétaire de mairie ont permis à la famille Panczer d’échapper à la Shoah.

« Parisien tête de chien, Parigot tête de veau ! » C’est le genre de moquerie qu’a pu essuyer André Panczer dans la cour de l’école de Prayssac qu’il fréquente à partir de la rentrée, à l’automne 1942. « Mais jamais la moindre allusion à mes origines juives. J’étais simplement un gamin de la capitale, c’est éventuellement pour ça que parfois, j’avais de camarades qui me titillaient » raconte en 2021 pour le Mémorial de la Shoah celui qui, âgé de 8 ans, découvrit alors la vie à la campagne dans la vallée du Lot.

Avec ses parents, la petite famille s’est réfugiée en zone libre (elle fut occupée en novembre 1942) fin juin. Pourquoi Prayssac ? La mère d’une voisine, dans leur immeuble parisien de la rue du Faubourg Saint-Denis, y réside. Cette même voisine a caché le père d’André, Désiré Panczer, alors que des policiers en civil venaient pour l’interpeller. Mais un de leurs collègues était passé la veille prévenir les Panczer. Alors, désormais recherché, Désiré a fui vers le sud. La même filière de cette même voisine permet à son épouse Thérèse et à leur fils de gagner le Lot avant la rafle du Vél’ d’Hiv. Entre-temps le père a trouvé un travail comme manœuvre dans une scierie, et un logement. Chez des fermiers du hameau de Cap del Bos, à plusieurs km au nord du bourg. « Ils étaient modestes mais généreux. J’y ai découvert la vie à la campagne, la saison du battage du blé puis celle des vendanges. Je me souviens d’une fois où, marchant et guidant devant le cheval et le bœuf qui tiraient la charrue, j’ai été attaqué par des guêpes… Et quand il y avait école, je faisais le trajet à pied avec une gamelle. A midi, avec d’autres gamins, on allait la faire réchauffer dans un café, et on mangeait dans l’arrière-salle… » Vivre à la ferme, c’était pouvoir manger à sa faim. Il y avait toujours un bout de viande, des légumes, des fruits. Une aubaine en pleine guerre.

Les belles âmes de Prayssac

Le père travaille dans une scierie, la mère, Thérèse, effectue des travaux de couture à la demande, dans des familles du village. Une sorte de parenthèse heureuse alors que les temps sont si sombres. Mais il faut demeurer sur ses gardes. Heureusement, il y a de belles âmes à Prayssac, il y a ces paysans, les Bouges, Maurice et Fernande, la cinquantaine, sans enfant. Et il y a un matin ce secrétaire de mairie qui convoque Désiré Panczer. Il lui suggère de changer de nom. Et quitte à avoir de faux papiers, autant qu’ils soient… vrais. Le secrétaire fournit un contrat de mariage paraphé par un notaire, un document tout ce qu’il y a de plus authentique : « Allez à la préfecture, expliquez que vous avez perdu tous vos autres documents lors d’un vol ou d’un incendie. » Désiré fait le trajet jusqu’à Cahors. Et il obtient de nouvelles cartes d’identité pour lui et pour sa femme. Pour l’anecdote, André Panczer apprendra bien plus tard que les vrais titulaires du contrat de mariage ne risquaient pas de les confondre : l’homme est entré dans la résistance et a fui en Espagne, l’épouse se cache en Auvergne.

A l’école, André saura plus tard, aussi, que son instituteur d’alors est résistant FFI. Il s’agit de Maurice Lacombe, qui mourra accidentellement en août 1944 à Saint-Céré alors qu’il a pris le maquis. Les Bouges, le secrétaire de mairie, l’instituteur. Des Lotois patriotes et humanistes. Qui n’hésitent pas à prendre des risques. Mais à Prayssac comme ailleurs, il y a aussi des salauds. Dénoncé, Désiré Panczer est arrêté par des gendarmes sur son lieu de travail fin 1942. Il est conduit au Groupement de Travailleurs Etrangers de Catus, où sont déjà assignés nombre de juifs étrangers : le père d’André était né en Hongrie, sa mère en Pologne, et ils n’avaient pas été naturalisés bien que résidant à Paris depuis le milieu des années 1920.

La fuite à Nice

Mais le parcours de la famille sera jalonné de petits miracles durant toute la guerre. En février 1943, Désiré parvient à s‘échapper. Il gagne Nice, alors encore occupée par les Italiens et considérée comme un refuge… A Prayssac, sa femme et son fils ne savent rien de tout cela. Jusqu’à ce qu’ils reçoivent un message de manière singulière : un inconnu vient les voir à la ferme ; il est muni de l’alliance de Désiré (gage que confiance peut être accordée). Et il invite ainsi les siens à le rejoindre à Nice. Chose faite en mars 1943. Le bon paysan Maurice Bouges les conduit prendre le train dans une carriole que tracte le cheval. Mais il prend soin de ne pas déposer André et sa mère en gare de Prayssac, où ils pourraient être reconnus… Ils montent dans le train un peu plus loin.

Plus tard, Nice occupée par les Allemands, André est passé en Suisse grâce à une œuvre de sauvetage des enfants, et ses parents se cachent. La famille survit à la Shoah et est réunie Paris en 1945. André restera toujours attaché à la famille suisse qui l’avait hébergé. Et toujours reconnaissant envers les Prayssacois. Il reviendra à plusieurs reprises, donnera même une conférence au collège, et apprendra consterné que Maurice et Fernande Bouges sont décédés. Il n’oubliera pas non plus son instituteur et le secrétaire de mairie qui fit en sorte de les munir de nouveaux papiers… Ni lui, ni les Bouges n’ont été reconnus « Justes parmi les Nations ». Mais après tout, il n’est peut-être pas trop tard.

Ph.M.

Sources : Mémorial de la Shoah (le témoignage vidéo complet d’André Panczer y est disponible en accès libre), Maitron en ligne, Archives du Lot (recensements et état-civil où figurent les Bouges : l’épouse est née dans le hameau de Cap del Bos puis avec son époux Maurice a repris la ferme familiale).

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