De Crayssac à Luzech en passant par Saint-Denis-Catus, elles ont posé des jalons ou l’ont parfois emporté.
Cela restera une des caractéristiques de ce cru 2026 des élections municipales : en dépit d’un mode de scrutin plus contraignant dans les communes de moins de 1000 habitants, les listes dites « citoyennes » ou « alternatives », désireuses généralement d’insuffler plus de dialogue, plus de démocratie de proximité pour « co-construire » (sic) des projets locaux ont réalisé une percée. Certaines l’ont même emporté. Dans tous les cas, elles ont bousculé les codes, posé des jalons, et donné lieu à une campagne animée. C’est déjà beaucoup.
Impossible évidemment d’être exhaustif mais un tour d’horizon même partiel permet de constater que leur présence n’est pas passée inaperçue. Et avant même le scrutin, elles ont souvent obligé les élus en place sollicitant un nouveau mandat à répondre à l’avance à certaines suggestions, comme la promesse de mieux dialoguer avec les citoyens tout au long de la mandature… Il y a eu une forme d’infusion de certaines thématiques. Et au final, cela a donné des résultats parfois serrés. C’est le cas à Saint-Denis-Catus : la liste de Jérôme Segond l’a emporté avec 75 voix sur celle de Sylvie Le Naoures, maire sortante, qui a rassemblé 69 suffrages. Les vainqueurs s’étaient engagés à organiser deux réunions par an avec les habitants et à associer les citoyens à la construction des projets communaux dans le cadre de réunions « ouvertes », aux côtés des élus. Autre point marquant : « Affirmer les intérêts de la commune au sein du Grand Cahors… » Comme si une partie croissante de la population avait compris qu’au niveau intercommunal, les « petites » communes n’avaient pas toujours les coudées franches.
A Crayssac, la liste « alternative » dans sa profession de foi était plus ambitieuse encore : « Oser l’expérience d’une gouvernance partagée, accessible et attrayante impliquant tous-tes les habitants dans leur diversité pour des décisions transparentes et collectives qui relèvent les défis d’aujourd’hui et de demain pour bâtir une commune solidaire, accueillante et respectueuse du vivant… » Caroline Lengagne, première adjointe sortante, qui conduisait une liste renouvelée, s’engageait en revanche à « s’inscrire dans une continuité de mandat en cours avec des projets débutés à poursuivre et d’autres qu’il nous reste à réaliser, à penser ensemble avec le concours de cette nouvelle équipe… » Elle a eu gain de cause, et a rassemblé 68,5 % des suffrages.
On retrouve grosso modo les mêmes thématiques et des formulations voisines à Luzech ou à Lalbenque. A l’arrivée, les challenger ont été distancés, mais comme le souligne l’équipe « Agir pour Luzech » sur son compte Facebook : « (Nous recueillons) 44 % des suffrages, soit plus de 400 voix. Cette campagne a été longue et exigeante. Nous l’avons menée comme nous souhaitions le faire : dans l’écoute, le dialogue et la proposition, avec l’envie sincère de construire l’avenir de Luzech avec ses habitants. Le résultat n’est pas celui que nous espérions, mais ces plus de 400 voix comptent. Elles témoignent d’une attente et d’une volonté de voir émerger une autre façon de faire vivre notre commune. L’équipe Agir pour Luzech reste mobilisée. Nous continuerons à proposer, à échanger avec les habitants et à préparer l’avenir. »
A Lalbenque, l’équipe conduite par Kévin Delon avait comme slogan « Démocratie – Vitalité – Écologie – Solidarités ». Elle a mené une campagne dynamique. Mais la liste menée par le premier adjoint sortant est sortie gagnante de ce match sans temps mort, avec 62 % des voix. D’où le discours plein de sagesse de Sébastien Nodari, nouveau premier magistrat, dimanche soir : « Ce score est bien plus qu’un résultat électoral : c’est un message clair, un élan collectif, une volonté de faire avancer Lalbenque avec une énergie commune. Je mesure pleinement la responsabilité qui nous attend et je veux vous dire une chose essentielle : le premier devoir d’un maire est de rassembler tous les habitants. Dès ce soir, je serai le maire de toutes les Lalbenquoises et de tous les Lalbenquois. »
Tant il est vrai que le défi des vainqueurs est dans tous les cas de vite refermer la page de la campagne et de ses affrontements, fussent-ils démocratiques, pour se mettre au travail en tenant compte de l’émergence d’opposants d’un type nouveau. Un souci partagé par les élus « alternatifs » quand ils ont gagné. A Cremps, ainsi, la liste menée par Pierre Maunand, « Ma commune en commun », qui a l’a emporté avec 58 % des voix, a posté ce message consensuel : « C’est une belle victoire pour le vivre ensemble et l’avenir. »
Soyons optimistes : parfois réduite trop rapidement à l’émergence de collectifs de néo-ruraux voulant décliner des concepts jusqu’alors plus « urbains » dans des territoires où certaines traditions _ y compris dans la conduite des affaires publiques _ ont la vie dure, mais demeurent tout aussi légitimes, cette recomposition du paysage réserve peut-être de bonnes surprises. A moins que la réalité ne rattrape certains. L’avenir le dira. On dit les Français attachés à leurs élus locaux. Mais il n’est pas interdit que cette relation évolue. Et soit à la fois apaisée et bénéfique.
Ph.M.
> A Albas, le maire sortant Jean-Pierre Alaux avait lui aussi affaire à des opposants désireux de davantage la jouer « collectif » et proposant « des orientations concrètes en matière de gouvernance locale, de services à la population, de vie associative, d’agriculture et d’aménagement du territoire. » La tête de liste d’ « Albas en action » a été réélu assez largement (62%) et est revenu sur le scrutin : « Le taux de participation a été très important. Cela témoigne d’une démocratie assumée. On se félicite que notre vision de la commune ait remporté l’adhésion d’une majorité d’Albassiens et d’Albassiennes. » T.S.
Photo : à Luzech, le maire sortant est réélu, mais ses nouveaux opposants ont promis de continuer à faire entendre leur différence…





