Disparu il y a tout juste 30 ans, il prononça deux discours majeurs à Cahors en 1982 et 1987.
Né le 26 octobre 1916 à Jarnac, François Mitterrand est décédé à Paris le 8 janvier 1996 en son domicile parisien du 7ème arrondissement. Il y a aujourd’hui tout juste trente ans. Le département du Lot, comme une grande partie de ce que l’on n’appelait pas encore les régions Occitanie et Nouvelle Aquitaine, constituait l’un de ses bastions électoraux.
Ce fut le cas dès le scrutin présidentiel de 1965 quand, face au général De Gaulle, il y obtint la majorité des voix au second tour avec 51,13 % des suffrages exprimés (soit près de 2000 de plus que le chef de l’État sortant).
En 1974, face à Valéry Giscard d’Estaing cette fois, bien qu’encore battu sur le plan national, le candidat de la gauche rassemblait 53,91 % des voix. Il n’est pas surprenant dans ce contexte que lors de ses succès en 1981 et 1988, François Mitterrand réalisa ici des scores bien au-dessus de la moyenne avec respectivement 59,58 % et 57,58 %.
Une fois élu, le président Mitterrand effectua plusieurs visites officielles dans le Lot et prononça deux discours marquants à Cahors où il retrouva à chaque fois un compagnon de route fidèle, le radical Maurice Faure : à la mairie le 27 septembre 1982 (une étape au cours d’un voyage de trois jours dans la région) et le 20 juin 1987 après avoir inauguré le viaduc de la contournante.
En 1982, ses propos se veulent ceux d’un « ami » : « Je suis heureux d’être ici parce que c’est Cahors. C’est une ville qui compte dans notre histoire, dans l’histoire de la République (…). Parce que c’est le département du Lot et que j’y compte depuis très longtemps des amis très chers et parce que c’est vous, cher Maurice Faure. Vous avez eu raison de rappeler plus de trente ans de compagnonnage qui s’est mué peu à peu en amitié, en amitié solide, affection et fidélité aux combats menés. Sans doute, cela créé des liens ; et puis ce je ne sais quoi qui fait le charme de la vie. On aime se promener tous les deux entre Périgueux et Cahors, comme dans tous les coins de ce département chaque fois que l’occasion nous en est donnée. » Le président de la République évoque aussi la beauté du Quercy : « Tout à l’heure, je voyageais entre Figeac et Cahors en hélicoptère, admirable moyen pour épouser les contours d’un pays et j’observais la beauté qui à chaque instant attirait le regard d’un côté et de l’autre, à droite et à gauche. De quelque côté que je tournais mon regard c’était toujours beau. C’était assez satisfaisant de connaître son pays de cette façon, plongeant le regard dans sa réalité. Depuis ce matin c’est un peu ce que j’éprouve. »
En juin 1987, le discours est plus politique. A l’époque déjà, on le questionne volontiers sur sa volonté ou pas de solliciter un an plus tard sa réélection. Mais en l’espèce, il va axer surtout ses propos sur la décentralisation et la cohésion sociale dont il entend être le garant en pleine cohabitation… « Je crois que c’était en 1983. J’ai tout simplement saisi le gouvernement de l’époque, que conduisait M. Pierre Mauroy, du problème posé à la ville de Cahors en même temps qu’à la région, donc au département, en même temps qu’à cette grande voie de circulation qu’est la nationale 20. J’ai été très heureux de voir que dans les plans qui ont été retenus, les plans-programmes, cette déviation, cette rocade autour de Cahors qui méritera une autre tranche pour être tout à fait menée à son terme, était finalement retenue, réalisée dans les conditions que je viens maintenant de constater : ce pont très beau par ces lignes, dont on a bien dit qu’il ne gâchait rien, que le service qu’il rendait s’harmonisait avec un paysage naturellement exigeant, composé par la nature, avec une ville dans son creux, le passage d’une rivière, – et quelle rivière – l’environnement qui doit être ménagé. Tout cela exigeait de la part des techniciens et des élus, de tous ceux qui ont pris part aux décisions et à l’exécution, un grand respect pour ce qui est, tout en préparant ce qui sera. J’ai donc tout lieu de me réjouir, ce matin, d’être parmi vous, près de ce viaduc de Roquebillière, je crois que c’est son nom, en espérant que dans les temps qui viennent, il sera possible comme cela a été fait depuis 1983 sans discontinuité, quels qu’aient été les responsables, de poursuivre un ouvrage d’intérêt général. C’est une bonne leçon qui marque que dans certains domaines la France doit continuer de vivre et de s’équiper. Les projets lorsqu’ils sont judicieux, doivent être menés à bien. Il ne sert à rien, au gré des humeurs politiques, de tailler à coup de serpe dans une série de projets qui se révèlent un peu partout, ici à Cahors, mais dans combien d’autres départements, nécessaires à l’équilibre du pays. »
« (…) Je suis là, depuis quelques années, à la fois acteur et témoin d’une histoire qui se fait. Rien se sera possible, ni pour un autre, ni pour moi-même, si la majorité, la forte majorité des Français ne sait se réunir indépendamment des différences démocratiques justes, légitimes, qui correspondent aux choix personnels, autour de quelques objectifs simples bien dessinés et bien définis pour réussir, c’est l’entreprise à laquelle je vous convie. Je remercie le Président Maurice Faure, dont l’amitié me flatte, et vous, mesdames et messieurs, dont je connais bon nombre, qui veulent bien, eux aussi parfois m’accompagner depuis longtemps, de leur concours, et puis, tous les autres, quels que soient leur opinion politique, leur choix intellectuel ou spirituel, leur profession ou leur métier, le lieu où ils vivent. Vous sentez bien que dans le Lot, comme dans cette région où nous sommes, vous sentez bien que partout en France, nous sommes un même peuple. Et, dès lors que l’on se retrouve, en dehors des querelles habituelles, autour d’une même table, dans une même fête sportive, dans un même mouvement esthétique, on se sent si bien, entre nous, et le langage est si facile, à la condition de savoir que là où les plaies sont vives, là où les blessures saignent, sur quelques terrains bien connus, là où la France d’aujourd’hui perd du terrain, non pas partout, je vous le dis, mais là où elle perd du terrain, elle ne gagnera que rassemblée autour d’idées fortes et justes, dont la première est qu’il faut se regrouper autour de ceux qui en ont le plus besoin. Ne perdons pas une seule force, n’excluons personne. Nous n’avons véritablement pas le loisir de laisser à la traine des individus, ou des groupes sociaux. Nous avons à rassembler nos forces. Si nous savons le faire, et je vous y invite, alors, moi je ne crois pas du tout au déclin de la France. Je vous dis que c’est une forme de victoire démocratique, sur les autres et sur nous-mêmes, que nous saurons remporter. J’estime que mon rôle est de vous le dire et de vous y inviter, dépassant les disputes, les contradictions, les oppositions, parfois davantage, les amertumes : allons-y ! mesdames et messieurs, cherchons ensemble le bien de la France ! Ce bien s’appelle, liberté, justice, imagination et courage. »
Photo et remerciements Claude Meric





