Après seize heures d’audience, le tribunal correctionnel de Cahors a condamné sept des huit prévenus jugés dans une affaire de trafic de stupéfiants active à Terre Rouge, Sainte-Valérie et à la Croix-de-Fer. Plusieurs membres d’une même famille figuraient parmi les mis en cause. Une seule prévenue a été relaxée.
Près de deux mois après le vaste coup de filet mené à Cahors, le tribunal correctionnel a consacré ce vendredi 5 juin près de seize heures d’audience à l’examen d’un dossier de trafic de stupéfiants que le parquet présente comme l’un des principaux réseaux actifs sur la ville. Huit prévenus comparaissaient dans le cadre d’une comparution immédiate à délai différé. Une affaire marquée par sa dimension familiale : plusieurs frères, leur sœur et leur beau-frère se sont retrouvés ensemble devant la justice. Deux hommes présentés comme les véritables têtes du réseau demeurent quant à eux en fuite.
Selon l’accusation, le réseau alimentait les points de vente de stupéfiants de Terre Rouge, Sainte-Valérie et de la Croix-de-Fer. Des témoignages anonymes et des surveillances menées entre août et novembre 2025 ont permis aux enquêteurs d’identifier plusieurs personnes gravitant autour de ces lieux de deal. Les policiers décrivent une organisation structurée, avec des points de vente ouverts de 11 h à 23 h et régulièrement réapprovisionnés. Jusqu’à 45 ventes auraient été recensées sur une seule journée de surveillance et 17 transactions en l’espace de deux heures lors d’une autre opération. Selon leurs estimations, le point de vente de la Croix-de-Fer pouvait générer entre 600 et 800 euros de chiffre d’affaires quotidien, tandis que celui de Terre Rouge pouvait atteindre jusqu’à 5 000 euros par jour.
Pour le ministère public, les deux hommes actuellement en fuite occupaient le sommet de l’organisation. Les prévenus jugés vendredi auraient assuré, à différents niveaux, la gestion des points de vente, le stockage des stupéfiants, les transports ou encore les mouvements financiers.
L’une des singularités du dossier réside dans sa dimension familiale. Sur les huit prévenus, cinq appartiennent à la même fratrie ou à son entourage immédiat : trois frères, leur sœur et leur beau-frère. Selon l’accusation, les deux plus jeunes frères occupaient un rôle central dans l’organisation locale du trafic, assurant la gestion des points de vente pour le compte de deux proches actuellement en fuite. À l’audience, les intéressés ont toutefois minimisé leur implication. L’un reconnaît avoir eu recours à un vendeur déjà actif sur le point de deal de Sainte-Valérie à partir de septembre 2025. « J’avais des problèmes d’argent », explique-t-il. Son frère conteste également le rôle de gestionnaire que lui attribue le parquet.
Leur frère aîné admet pour sa part avoir participé au stockage et au conditionnement de cannabis. « On m’a ramené un sac d’un kilo avec onze plaquettes. Je devais toucher 500 euros par semaine mais je n’ai jamais été payé », déclare-t-il. Le beau-frère est, lui, soupçonné d’avoir participé à l’exploitation du point de vente de Terre Rouge. Il reconnaît avoir vendu du cannabis mais conteste toute implication dans un trafic de cocaïne. Ancien militaire algérien, il est détenu depuis le 17 avril.
Quant à leur sœur, les poursuites engagées à son encontre apparaissent plus marginales. Les enquêteurs lui reprochent essentiellement de ne pas avoir été en mesure de justifier l’acquisition d’un téléphone portable et d’un véhicule, soupçonnés d’avoir été financés grâce à l’argent du trafic.
Trois autres hommes comparaissaient également. Un septuagénaire chez qui des stupéfiants ont été retrouvés, un jeune prévenu présenté comme le « chauffeur » du réseau et un homme poursuivi pour blanchiment après plusieurs transferts d’argent vers l’Algérie. Tous trois contestent avoir joué le rôle que leur attribue l’accusation.
Tout au long de l’audience, les avocats ont vivement contesté la solidité du dossier ainsi que le recours à la comparution immédiate. Me Mallemouche a dénoncé une lecture caricaturale des rôles attribués à ses clients tandis que Me Laspallès a jugé les réquisitions « excessives et inadaptées ». Me de Behr a pour sa part demandé la relaxe de la sœur, estimant qu’aucun élément matériel ne permettait d’établir son implication dans le trafic.
Les critiques les plus virulentes sont toutefois venues de Me Guillaume Faugères et de son père, Me François Faugères, défenseurs des deux frères présentés comme les gestionnaires du réseau. « Je ne crois pas des policiers sans éléments objectifs pour le prouver. C’est la base du droit pénal », a lancé le premier. « C’est un dossier foireux. On a deux ans d’enquête et on fait à l’arrache », a renchéri le second, regrettant l’absence d’information judiciaire dans une affaire de cette ampleur.
Après délibéré, le tribunal a suivi l’essentiel des réquisitions du parquet. Les deux frères présentés comme les principaux gestionnaires locaux du trafic ont été condamnés à quatre ans d’emprisonnement dont un an avec sursis probatoire pour l’un, et à trois ans dont six mois avec sursis probatoire pour l’autre. Ils ont également écopé chacun de 10 000 euros d’amende et d’une interdiction de paraître à Cahors. Leur beau-frère, considéré comme un acteur important du point de deal de Terre Rouge, a quant à lui été condamné à quatre ans de prison ferme avec maintien en détention et confiscation des scellés. Le frère aîné de la fratrie a écopé de 24 mois d’emprisonnement dont 12 mois avec sursis probatoire ; la partie ferme sera exécutée sous bracelet électronique. Il devra également s’acquitter d’une amende de 5 000 euros et ne pourra plus paraître à Cahors. Le prévenu poursuivi pour blanchiment a été condamné à 18 mois d’emprisonnement dont 12 avec sursis simple, les six mois ferme étant aménagés sous bracelet électronique, ainsi qu’à une amende de 5 000 euros. Présenté par l’accusation comme le « chauffeur » du réseau, un autre prévenu a été condamné à 24 mois de prison dont 18 avec sursis probatoire et à une interdiction de paraître à Cahors. Le septuagénaire a quant à lui été condamné à 24 mois d’emprisonnement dont 18 assortis d’un sursis simple. Seule la sœur de la fratrie a été relaxée.





