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Sibelle sait compter jusqu’à 20 (ou XX)


Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.

Le même point d’interrogation chaque vendredi : comment évoquer l’actualité sans être obligé de mentionner la crise sanitaire et ses conséquences ? C’est quasi impossible. Ce n’est pas la bonne volonté qui manque pourtant. Ainsi en est-il de l’arrivée pour une nouvelle saison de 300 moutons sur le site du mont Saint-Cyr. Le troupeau va pouvoir entretenir quelque 500 hectares, prévenir les incendies, participer à la sauvegarde d’une riche biodiversité. L’opération est un exemple de pastoralisme réussi. J’aime ce mot, « pastoralisme », et Sibelle aussi : on ne peut pas l’employer dans toutes les régions, croyez nous ! Et quel plaisir, quand on vient se promener sur ce belvédère qui domine la ville, que d’apercevoir les brebis et les agneaux, au détour d’un bosquet !

Cependant, même cette actualité-là nous ramène à la crise. L’autre transhumance en effet, celle qui permet à d’autres moutons de descendre de Rocamadour vers les rives du Lot, du côté de Luzech, va de nouveau s’effectuer en camion à la mi-avril… Pour éviter tout risque. Car il y avait du monde, jusqu’en 2019, du temps du monde d’avant, pour suivre les brebis, comme pour aller saluer cette caravane joyeuse. Avec Sibelle, on avait l’habitude de se rendre à Nuzéjouls, où après une pause casse-croûte pour les uns, pâturage pour les autres, le peloton reprenait le chemin en direction de Crayssac. Cela dit, on n’habite pas très loin de leur lieu de villégiature, ne boudons pas notre plaisir : je suis sûr que certains soirs, on percevra le tintement d’une cloche. Signe que les studieuses bêtes seront venues débroussailler le causse qui domine notre village. Sibelle sera aux aguets. Elle sait que leur présence pour bénéfique qu’elle soit met tout le petit monde sauvage en émoi. En grande chasseresse, ma protégée féline escompte alors tirer les marrons du feu.

L’actualité de ces derniers jours fut aussi liée au 7ème art. Au fait, faut-il plutôt écrire « VIIe » ? Ou « septième », pour mettre tout le monde d’accord ? La polémique liée à la décision de certains musées parisiens d’abandonner les chiffres romains reflète parfaitement l’époque. Dans ce qu’elle a de plus futile et de plus démago… « Voilà qui me rappelle un poème de Prévert » persifle Sibelle : « Louis I / Louis II / Louis III / Louis IV / Louis V / Louis VI / Louis VII / Louis VIII / Louis IX / Louis X (dit le Hutin) / Louis XI / Louis XII / Louis XIII / Louis XIV / Louis XV / Louis XVI / Louis XVII / Louis XVIII / et plus personne plus rien… qu’est-ce que c’est que ces gens-là qui ne sont pas foutus de compter jusqu’à vingt ? »

Parlons cinéma, donc, et saluons cette manif, ou disons simplement ce rassemblement de soutien l’autre jour, à Prayssac, devant le « Louis Malle ». La gérante et exploitante, Gisèle Étienne, a repris quelques arguments qui ne devraient pas laisser indifférents : « Entre le 22 juin et le 30 octobre, 27 millions d’entrées ont eu lieu sans qu’aucun cluster ne soit déclaré. Il faut rouvrir les cinémas qui sont des lieux sûrs grâce au strict respect du protocole sanitaire qui a fait ses preuves… » Elle a par ailleurs indiqué qu’à terme, des travaux seraient initiés, une petite salle créée pour élargir l’offre, et que seraient aussi programmées des séances en plein air. On ne sait pas à quoi correspondra le monde d’après, mais comme dans les films de Louis Malle, lotois d’adoption, on sait déjà qu’à Prayssac, pour les cinéphiles, on y sera toujours « A la poursuite du bonheur »…

Sur ce, avec Sibelle, on souhaitait dire un mot, justement, sur la soirée des César. Que cela n’ait pas plu, a fortiori aux professionnels de la polémique, rien d’étonnant. Que l’ont aurait pu souhaiter, quitte à faire, que la soirée se déroulât dans une vraie salle de cinoche et pas à l’Olympia, lieu mythique mais pas forcément en matière de cinéma, soit. Que l’on aurait pu consacrer un temps aux revendications avant ensuite de faire comme si, re-soit. Cela étant, il existe un petit instrument dénommé « télécommande » que bien des aigris auraient pu utiliser. Par ailleurs, contrairement aux tenants du « c’était quand même mieux avant », j’imagine qu’un certain nombre de grandes figures récemment disparues ne seraient pas restées muettes. Vous croyez qu’un Michel Piccoli ou qu’un Jean-Pierre Bacri n’auraient pas poussé une gueulante ? Que Guy Bedos n’aurait pas glissé un couplet perfide sur la Dame Roselyne ? Bref. Monde d’avant ou monde d’après, toujours est-il que Sibelle et moi restons très circonspects.

L’époque est tristouille, voilà tout. Je vous laisse avec cette citation de l’immense Alphonse Allais, opportunément ressortie par le grand journaliste Pierre-Louis Basse ce matin, sur Twitter : « Il ne faut jamais faire de projets, surtout en ce qui concerne l’avenir ». On vous aura prévenus.

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