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Sibelle, les victimes inconnues de la guerre, le retour de la pluie et la visite de la ministre de la culture

Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.

Lundi._ Ce n’est pas parce que Cahors et le Lot possèdent désormais un formidable « outil » avec le Musée mémoriel (Résistance, Déportation, Libération) inauguré en juin dernier que la transmission de l’histoire et donc de la mémoire de ces années terribles, d’abord douloureuses, mortifères puis glorieuses et synonymes d’espérance que chaque année, certaines dates particulières ne doivent pas continuer à être honorées. Ainsi, ce lundi, est commémoré le 82e anniversaire de la Libération de Cahors et du Lot. Avec Sibelle, nous retenons ces mots et ces chiffres énoncés par le précieux et bénévole Jean-Luc Couderc, président de l’association du Musée de la Résistance : « Rendons hommage à tous les combattants, femmes ou hommes, victimes civiles décédées pendant cette sombre période de notre Histoire sans oublier tous les anonymes qui surent, au péril de leur vie, accueillir, aider, protéger, cacher d’autres êtres humains victimes des crimes racistes, xénophobes et antisémites perpétrés par la barbarie nazie soutenue par un État français très collaborateur. Pour notre département, ce furent 420 morts au combat, 319 morts en déportation, 165 civils lâchement abattus et 41 victimes inconnues. Rendons hommage à ces 945 disparus ». Un chiffre interpelle ma protégée : 41 victimes « inconnues ». Parmi elles, figure vraisemblablement l’homme retrouvé mort à Espère au terme de l’un des derniers coups d’éclat de la résistance lotoise : l’attaque d’un convoi allemand le 25 juillet 1944 par des maquisards FTP au niveau de la côte (à la sortie du village, sur l’actuelle RD 811 menant vers Prayssac). On dénombre 31 militaires allemands tués et de nombreux blessés. Aucune perte du côté de la résistance. Pourtant, un homme en civil est finalement retrouvé. Il a été victime des tirs allemands. Les villageois recueillent sa dépouille. Puis il est inhumé discrètement. Quelques jours plus tard, des responsables de la résistance reviennent à Espère pour tenter de l’identifier. Démarche infructueuse. L’hypothèse la plus probable est qu’il s’agissait d’un Espagnol échappé du camp de Catus qui aurait tenté de rejoindre le maquis en marge de l’affrontement. On retrouvera dans cet article plus de détails sur ce pan d’histoire locale. Toujours est-il que plus de 80 ans plus tard, la tombe de l’inconnu est toujours entretenue à Espère la bien nommée. 

Mardi._ On apprend le décès d’Yvette Roudy à 97 ans. Elle avait été ministre des Droits de la femme durant le premier quinquennat de François Mitterrand et on luit doit notamment la loi sur le remboursement de l’IVG et celle sur l’égalité professionnelle. Medialot nous rappelle qu’elle fut ainsi pendant quelque temps la collègue de Maurice Faure, nommé Garde des Sceaux en mai 1981. Ma tigresse domestique salue sa mémoire. Puis elle s’interroge : « Le grand homme du Lot a-t-il eu alors l’opportunité de vanter les charmes du Quercy auprès de Madame Roudy ? De lui glisser, selon sa formule légendaire, que dans le Lot, nous sommes pauvres mais nous sommes beaux… »

Mercredi._ A propos de ministre… Catherine Pégard, en charge de la Culture (où elle a succédé à Rachida Dati) était en visite hier à Rocamadour. Et le lendemain, elle était au Puy, autre haut lieu de culture et pèlerinage. Dans le département, quelques voix notent que l’ancienne journaliste qui dirigea ensuite l’établissement public du Château de Versailles aurait pu pousser jusqu’à Gindou, où a lieu cette semaine la 42e édition d’un festival cinématographique unique en son genre, attirant des milliers de spectateurs dans un village de moins de 400 âmes… L’équipe organisatrice programme du reste des actions à destination des créateurs comme de différents publics tout au long de l’année. Sibelle suggère que c’est peut-être le nom de la salle de cinéma de Gindou qui a effrayé la ministre et ses conseillers : « l’Arsénic » ! On n’ose pas croire, surtout, que Mme Pégard craignait qu’on lui demandât des sous… Partout où elle passe, elle doit entendre les mêmes doléances. Non ? « Certes, mais comme elle ne peut pas distribuer à tout le monde… » conclut ma féline, philosophe.

Jeudi._ Il pleut. D’abord des averses orageuses. Puis des averses tout court. Plutôt fournies. Une vraie pluie. Généreuse. C’est incroyable mais ma protégée féline est comme moi. En plein mois d’août, on est ravi qu’il tombe des draches (comme on dit dans mes Ardennes d’origine). Je suis d’accord, c’est déconcertant. Mais c’est l’ensemble de la météo de cet été 2026 qui aura été absolument catastrophique. Alors de la pluie, même un 20 août, dommage pour les vacanciers, mais on l’accueille avec le sourire. Et un parapluie, quand même.

Vendredi._ Cette lecture pour finir. Un extrait des « Carnets du grand chemin » (parus en 1992), de l’immense Julien Gracq. De la grande littérature, de la vraie poésie. Jugez plutôt et suivez son conseil qui sait, ce week-end… « Un matin de septembre, qui devait quelque chose de sa lumière mouillée et de son étincellement au déluge d’orage que j’avais traversé la veille au soir entre Caussade et Cahors, j’avais pris la route qui va de Fumel à Périgueux ; elle suit pendant longtemps une vallée assez resserrée qui me semblait une vallée perdue de l’Éden. Pas de maisons au long du chemin, pas de fermes : un paysage largement dessiné de futaies hautes et de bosquets crépus de noyers qui échancraient des prairies trempées d’eaux vives ; sous les ombres longues, et presque bleues encore, du premier matin, la distribution ample des gazons et des feuillages était si séduisante qu’on s’étonnait de ne pas voir courir tout le long de la route la barrière blanche d’une clôture de parc. À un détour du chemin solitaire, le rideau pentu des arbres du versant le plus raide s’ouvrit une seconde, et une corbeille de maisons perchées parut s’enlever et s’épanouir dans l’air bleu au-dessus des branches : petit bouquet urbain serré et aérien brandi par-dessus les arbres qui semblait d’autant plus une apparition que ses maisons à arcades faisaient penser, plutôt qu’au Périgord, aux villes naines de l’Apennin et des Abruzzes coiffant si décorativement le sommet d’un piton perdu. Belvès est le nom de cette beauté cloîtrée de la forêt du Périgord noir, et elle mériterait que tout belvédère tirât d’elle son nom : heureux qui sait quitter à temps le grand chemin pour s’engager sur la petite route blanche qui escalade ses jardinets en terrasses et l’anneau de ruelles herbeuses qui l’enserre – pour s’asseoir un moment, au soleil de dix heures, dans le café ombreux, aux baies en plein cintre, qui clôture derrière ses caisses de lauriers le fond de sa placette si fraîchement arrosée ! »

Visuel DR

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