Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.
Lundi._ Selon le chef d’État ukrainien, c’est « un accord historique ». Il vient de signer une lettre d’intention où il est question de l’achat de cent Rafale français. Personne n’est dupe. Question calendrier, le premier de ces avions ne sera pas livré avant plusieurs années. Et question financement, cela suppose une forte mobilisation des pays alliés. « L’idée est pour l’heure de montrer d’une part que l’Ukraine n’a pas dit son dernier mot alors que les troupes russes grignotent du terrain sur le front et qu’une fois la paix signée il faudra avoir de quoi la faire respecter » m’explique doctement ma protégée féline, qui a écouté des experts à la télé (où il y a certains jours plus de consultants que de journalistes désormais). Quelque temps plus tard, devant les maires de France réunis en congrès, l’intervention tout sauf improvisée du général Mandon, chef d’état-major des Armées, ajoute au climat pour le moins inquiétant. Il évoque la nécessité de restaurer notre « force d’âme pour accepter de nous faire mal, pour protéger ce que l’on est », et que le pays (c’est-à-dire vous et moi) soit prêt à « à accepter de perdre ses enfants ». Les réactions sont diverses, apeurées, critiques, étonnées (que ce ne soit pas le Président qui s’exprime avec de tels mots), mais le message est bien passé. « Le monde a changé » conclut ma tigresse. Oui. Mais en terme de pédagogie, pas sûr que tout cela soit finalement très réussi. Non pas que nous soyons en présence de va-t-en-guerre d’un côté, de « Munichois » de l’autre. On a simplement le droit de se poser des questions, et on a le droit aussi de se dire que quoi qu’on pense de nos institutions, il est assez curieux que les parlementaires ne soient pas les premiers invités à débattre de cette situation internationale qui met à mal des décennies d’une politique de dissuasion censée nous mettre à l’abri. Non ?
Mardi._ Pendant ce temps, à l’heure des débats budgétaires, à Paris comme dans les collectivités locales, il faut encore et toujours se serrer davantage la ceinture. Dans le Lot, le président du Département Serge Rigal explique : « Au bas mot, nous allons devoir trouver 4 à 5 millions d’économies nouvelles en 2026 selon les projections actuelles, tout en gelant nos investissements et en maintenant notre stock de dette au même niveau. Autant dire que nous avons connu des jours meilleurs… » Il suggère des pistes pour compenser le désengagement de l’État : « Si nos gouvernants le voulaient, ils pourraient s’attaquer à la fraude fiscale, estimée à 80 milliards par an, soit une année de budget de tous les Départements de France ! » Sibelle repense à cette phrase attribuée (à tort prétendent certains) à Colbert, mais qu’il est bien pratique d’invoquer tout de même : « Sire, plutôt que les riches qui renâclent, taxons les pauvres, ils sont plus nombreux. »
Mercredi._ Le sénateur PS Jean-Marc Vayssouze-Faure interroge une énième fois le Gouvernement sur la concrétisation du projet de relocalisation à Cahors d’une antenne de l’Inspection de la gendarmerie (l’équivalent de la police des polices). Cela remonte à 2022 et cela devait intervenir au plus tard en 2025. Le ministre Laurent Nunez répond que le dossier est en suspens en raison des actuelles difficultés budgétaires. Je préviens Sibelle : désormais, je ferai mienne ce nouveau classique. « Le projet d’un nouveau canapé pour tes siestes ? D’un nouveau smartphone pour immortaliser tes balades dans le causse ou visionner des vidéos ? D’un changement de gamme pour manger des croquettes « Spécial Chats Sensibles » ? Rien de tout cela n’est abandonné mais pour l’heure suspendu. »
Jeudi._ Heureusement, il reste le concret, des actions de proximité mais qui demeurent essentielles, cruciales même. On apprend ainsi que des travaux sont engagés au nord de Cahors pour aménager « une voie stratégique de défense des forêts contre le risque incendie (DFCI) ». Un élément qui s’intègre dans un vaste plan préventif concernant des « zones situées à moins de 200 m de bois et forêt afin de permettre l’intervention des pompiers dans des conditions de sécurité satisfaisante ». Dans le massif de la moyenne vallée du Lot, 45 communes sont concernées entre Cahors et Carayac. Dans ce même ordre d’idées, mais de manière plus modeste, il y a les transhumances qui permettent à des troupeaux d’ovins descendu des causses de débroussailler la vallée entre Luzech et Crayssac. Sibelle appelle Shakespeare à la rescousse pour dire bravo à ceux qui ont initié ces projets : « Le sage ne s’afflige jamais des maux présents, mais emploie le présent pour en prévenir d’autres. »
Vendredi._ Une fine, très fine pellicule de neige ce matin sur les hauteurs du vieux village. Certains s’émerveillent. D’autres moins. Sibelle qui a passé la nuit dehors rentre se réchauffer. Moi, je bois mon café et je repense aux 10, 20, 30 centimètres de poudreuse qui nous attendaient certains matins d’hiver, au réveil, quand nous habitions les Ardennes. A côté, ces flocons quercynois semblent relever de la plaisanterie. Mais bon, on ne va pas se mentir. On a beau retourner le calendrier dans tous les sens, on n’a jamais été aussi près de Noël et quelque part, pour les frileux dans mon genre, reste cette consolation. Elle est définitive : au moindre rayon de soleil, bien calés derrière le double vitrage, on admire au loin les vignes bordant la rivière, et l’on attend de pied ferme que l’horloge des saisons qu’a si bien peinte Henri Martin nous donne raison. Et l’on pourra alors se souvenir du Temps des Cerises : « Quand nous chanterons, le temps des cerises / Et gai rossignol et merle moqueur / Seront tous en fête. Les belles auront la folie en tête / Et les amoureux du soleil au cœur / Quand nous chanterons, le temps des cerises / Sifflera bien mieux le merle moqueur. »





