Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.
Lundi._ Cette fois le Lot, cette rivière aux allures de fleuve, a plus qu’amorcé sa décrue, quand bien même, au gré des pluies qui vont jalonner la semaine, on notera encore quelques soubresauts. Quand on observe la situation dans les départements du Lot-et-Garonne, de la Gironde et plus tard du Val de Loire, on se dit qu’on a plutôt été épargné. Reste la question de l’eau du robinet. J’apprends au moment où j’écris ces lignes qu’elle n’est plus impropre à la consommation sur une grande partie de Cahors, de ses communes environnantes et de la Bouriane. Comme une majorité de mes concitoyens concernés, j’avais pris de nouvelles habitudes. J’allais chercher mes bouteilles d’eau minérale au point de distribution. Je choisissais généralement la fin de matinée. Je croisais des voisins ou des inconnus. Un petit bonjour, un mot gentil pour les agents mobilisés et puis je rentrais à la maison. Sibelle n’a pas eu ces soucis. Depuis toujours, elle préfère se désaltérer en lapant l’eau des flaques dans la rue, celle qui s’échappe des pots et jardinières, ou qui croupit dans le creux d’un sac oublié sur la terrasse. Alors elle se gausse. Et puis elle se ravise. « Au fait, c’est quoi la différence entre un fleuve et une rivière ? » Je lui explique que le fleuve est un cours d’eau, même très modeste, qui a la spécificité de se jeter dans la mer. Elle réfléchit et me répond bizarrement par ce proverbe italien : « Un homme n’est pas rivière et peut retourner en arrière. » Soit. Alors que j’aborde la soixantaine, je mesure la violence de l’adage.
Mardi._ Je visionne sur la plateforme TV5MONDE+ le dernier film tourné par Brigitte Bardot, en mai et juin 73, dans le proche Périgord, « L’Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise ». Malgré la qualité de la distribution, disons-le clairement, ce n’est pas un chef-d’œuvre. Pour nous, dans le Lot et ses environs, l’intérêt est ailleurs. Dans les décors familiers, les rues de Sarlat, le château de Fénelon… Cependant, même l’anecdote de la chèvre promise à un méchoui qu’adopta l’actrice, en plein tournage, avant d’annoncer sa décision, ne m’empêche pas d’éprouver une sorte de sentiment de gâchis. Quitte à changer de vie, quitte à tourner la page, l’histoire eût été plus belle, sans doute, si cet adieu avait été décidé au terme d’un grand film. Signé Godard ou Louis Malle… Tant pis. Ma protégée féline qui tenait BB en très haute estime, préfère conclure autrement : « Elle a quitté le cinéma sur la pointe des pieds. Mais pour devenir une grande ambassadrice de la cause animale. » Certes.
Mercredi._ Encore un problème de pont. A Cajarc, l’ouvrage a été fermé plusieurs jours après le passage en infraction d’un poids lourd pesé à 47 tonnes, alors que la structure de l’ouvrage est limitée à 20 tonnes. Le système de pesage et d’alerte, mis en place depuis l’été 2025, n’a pas dissuadé le chauffeur. Une plainte a été déposée et il a fallu inspecter le pont pour s’assurer que sa structure n’avait pas été mise en danger… Sibelle propose qu’on en revienne aux bonnes vieilles techniques, à la pose de herses voire à une tour de guet depuis laquelle des arbalétriers assermentés seraient autorisés à faire feu, ou plutôt flèche, en cas de passage en force. « Après tout, est-ce que ça coûterait vraiment plus cher que de devoir régulièrement inspecter ou rénover ces ponts ? Et au moins, cela constituerait une animation touristique d’un nouveau genre, non ? » questionne ma tigresse.
Jeudi._ La France est encore et toujours secouée par des drames qui nous renvoient aux heures les plus sombres. A Lyon, un jeune homme a été lynché. Les premiers éléments de l’enquête judiciaire laissent à penser que ce drame est survenu au terme d’affrontements entre militants d’ultra-gauche et militants de mouvements d’ultra-droite. C’est insupportable et pourtant, ce crime est dans la logique d’une histoire particulière, à Lyon, où depuis des décennies, certains extrémistes préfèrent défendre leurs idées à coups de poings et de pieds (voire d’autres armes) plutôt que dans le cadre de débats sereins, dans le décor ouaté de forums ou de brasseries aux banquettes de moleskine. Ma Sibelle ne préfère pas commenter davantage. Moi guère plus. Ce crime doit être condamné, et ses auteurs aussi. Mais constater que certains en profitent pour se racheter une supposée virginité est tout aussi désespérant. Notre pays va mal.
Vendredi._ Un peu de poésie géologique dans ce monde de brutes. Ce samedi après-midi, à la maison du Parc naturel régional des Causses du Quercy, à Labastide-Murat, on est invité à apporter un caillou ou un fossile ramassé au cours d’une promenade, et des géologues nous diront son nom et son histoire. Cela m’évoque ces photos où l’on voit le poète André Breton seul ou avec des amis en train de rechercher des agates dans le lit du Lot, en été. Je pense aussi à ces textes dans le recueil « Pierres », de Roger Caillois. « Je parle de pierres qui ont toujours couché dehors ou qui dorment dans leur gîte et la nuit des filons. Elles n’intéressent ni l’archéologue ni l’artiste ni le diamantaire. Personne n’en fit des palais, des statues, des bijoux; ou des digues, des remparts, des tombeaux. Elles ne sont ni utiles ni renommées. Leurs facettes ne brillent sur aucun anneau, sur aucun diadème. Elles ne publient pas, gravées en caractères ineffaçables, des listes de victoires, des lois d’Empire. Ni bornes ni stèles, pourtant exposées aux intempéries, mais sans honneur ni révérence, elles n’attestent qu’elles. » Car au fond, les pierres parlent. Mais elles parlent en silence. Pas comme mon chat !





