Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.
Lundi._ Quelques asperges vertes du Lot accompagnées d’une sauce délicate qui préserve leur parfum singulier, un généreux morceau de tomme de brebis des Pyrénées, un fondant au chocolat. Ce déjeuner du lundi de Pâques en famille est aussi une façon de saluer le printemps qui arbore un costume estival. On ira certes se promener dans l’après-midi, presque gênés cependant par une chaleur inhabituelle. Mais ce n’est pas le moment de deviser sur les dangers du changement climatique et des saisons qui ne sont plus ce qu’elles étaient. Nous sommes pragmatiques et même Sibelle convient que cette parenthèse à la fois gourmande et paresseuse se révèle une thérapie bienvenue alors que le monde est toujours plus fou autour de nous.
Mardi._ Nous l’avions subodoré ici-même la semaine passée : la première assemblée communautaire du Grand Figeac avec au menu la désignation de l’exécutif pour la nouvelle mandature a tourné sinon au vaudeville, à tout le moins en représentation digne des plus subtils théâtres d’ombres. Le tour de passe-passe s’est mué en « portes qui claquent ». La gauche qui avait perdu les municipales dans les villes de Figeac et de Capdenac a conservé le manche au niveau de l’intercommunalité. Certes, le vote ayant porté Vincent Labarthe à la présidence a été démocratique, certes, il n’est pas question de discuter la légitimité de qui que ce soit (et nous n’avons pas, avec ma protégée féline, qualité à décerner des brevets en la matière), certes, le système électoral est ce qu’il est (en l’espèce, plus du tout en phase avec les compétences des intercommunalités en question). Mais qui peut croire sérieusement que l’on peut réellement espérer que l’attelage tienne sereinement la route ? On se bagarre (verbalement) pendant toute une campagne municipale et on pourrait ensuite travailler ensemble comme si de rien n’était ? Ce n’est pas comme si le logement ou le développement économique, par exemple, étaient des sujets « neutres », accessoires. Bref, Sibelle est perplexe. Elle se souvient de cette tribune de l’universitaire Stéphane Cadiou (Lyon II) dans le Courrier des Maires, l’hiver dernier : « Trop peu d’électeurs bénéficient d’une offre politique intercommunale claire et lisible, aujourd’hui. Pourtant, cela inciterait le reste des candidats à se positionner sur certaines controverses locales, donc à faire des promesses et devoir se justifier sur leurs résultats, une fois élus. L’irruption d’un tiers extérieur, ici le peuple, dans le huis-clos intercommunal ne permettrait pas forcément d’atténuer les inégalités socio-spatiales ni de réduire la pollution de l’air, mais cela pousserait les politiques à rendre des comptes. Lorsqu’ils se savent regardés, les élus se montrent en effet plus à l’écoute des électeurs et prennent davantage en compte les intérêts des groupes sociaux qu’ils prétendent représenter. »
Mercredi._ Ouf. On apprend au petit matin que Donal Trump a finalement renoncé à ordonner qu’un déluge de bombes anéantisse une civilisation (sic). Un cessez-le-feu semble avoir été conclu pour deux semaines, cessez-le-feu qui reste d’ailleurs à formaliser, entre l’Amérique et l’Iran. Au bout de quelques heures, on nous explique que le texte est pour l’heure virtuel, que chacun, à Washington ou Téhéran se présente en vainqueur et invoque des points d’accord que très vite, l’autre partie va refuser d’admettre qu’il ait été validé. Et Israël bombarde toujours, plus que jamais du reste, le Liban. Et le détroit d’Ormuz ressemble toujours à un entonnoir bouché. Mais il faut savoir désormais se contenter de peu. Et on ne parle pas du peuple iranien, celui qui attendait d’être libéré, et qui constate que les mollahs et les gardiens de la révolution paradent avec leurs supporters. Pendant ce temps, dans la France périphérique, on continue de payer le litre d’essence et de diesel au tarif d’un expresso. Sibelle surfe sur Internet. Je la questionne. Elle se moque. « C’est pour ton bien. Je cherche une trottinette électrique d’occasion. Pour toi. Pour tes petites courses du samedi : que tu n’aies pas l’idée baroque de m’acheter des croquettes Premier Prix pour compenser les trous dans ton porte-monnaie… »
Jeudi._ La carte scolaire, bis repetita. Une nouvelle version du document comprend une fermeture de classe en moins (à Bretenoux). Mais parents d’élèves et élus restent mobilisés et vent debout contre le projet. De son côté le député Pradié entre dans la danse. Il parle de mascarade. « Les discussions peuvent se poursuivre jusqu’en juin » plaide le parlementaire. Il suggère que soit opposé à l’administration un contre projet. « S’il s’agit de contester des suppressions de postes en promettant en échange de bâtir un maillage d’écoles plus cohérent, d’éviter que l’on continue de financer chacun dans son coin des établissements qui finissent par fermer, alors pourquoi pas ? » note ma tigresse. Mais elle ironise quand même. « La démographie a toujours bon dos. Hier, c’était pour exiger que l’on travaille plus et plus longtemps… »
Vendredi._ A l’Assemblée, heureusement, pendant ce temps-là, on débat des vraies urgences. Après l’adoption dans la semaine d’une scission de la région Grand-Est pour recréer une région Alsace (appelons cela ouvrir une boîte de Pandore et un encouragement au repli identitaire en étant poli), aujourd’hui, il est question de pouvoir travailler le 1er mai qui ne serait donc plus vraiment un jour férié particulier. Comme le chante Souchon : « On avance, on avance, on avance / C’est une évidence / On a pas assez d’essence / Pour faire la route dans l’autre sens / On avance / On avance, on avance, on avance / Tu vois pas tout ce qu’on dépense / On avance / Faut pas qu’on réfléchisse ni qu’on pense / Il faut qu’on avance… »
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