Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.
Lundi._ A l’instar d’autres départements, voilà le Lot qui à son tour expérimente le lait de chaux pour « soulager » certaines sections de routes particulièrement éprouvées par la canicule. On y observe en effet un phénomène à l’appellation traumatisante : le ressuage du bitume. D’où un risque de dégradation rapide. Avec le lait de chaux, pendant quelques semaines, la température de la chaussée, en surface, peut diminuer de 5 à 10 degrés. Ce n’est pas rien. Reste l’effet visuel. « On a l’impression qu’un camion citerne effectuant la tournée de ramassage du lait a perdu une partie de sa précieuse cargaison, qu’il y avait un robinet resté ouvert… » remarque ma protégée féline, que le simple fait d’ôter l’opercule d’un petit pot de crème fraîche ou d’un yaourt a d’ordinaire le don de réveiller de sa sieste. « Mais là, côté parfum, c’est autre chose » convient-elle. Au bout du compte, admettons qu’on ne découvre pas aujourd’hui que le blanc, qu’il s’agisse de vêtements, de peintures murales ou de couleur de toiture _ liste non exhaustive _, est l’un des meilleurs outils pour lutter contre les fournaises. L’architecture méditerranéenne en témoigne depuis des siècles. A la télévision, un expert conseille cependant aux bricoleurs du dimanche de ne pas repeindre leurs tuiles : si elles sont naturelles, cela risque surtout de les dégrader. Alors que j’enfile un tee-shirt aussi immaculé que mon aube de première communion, Sibelle persifle et cite un écrivains suédois, Carl Jonas Love Almqvist : « Deux choses sont blanches – l’innocence – et l’arsenic ! ». Quel poison celle-ci ! Cela étant, j’imagine certaines photos de vacances avec en arrière-plan une route blanchie de chaux. Et ce commentaire : « Tu vas pas me croire, on a eu de la neige cet été dans le Lot ! »
Mardi._ On apprend que l’enquête publique sur le projet de réaménagement de l’entrée sud de Cahors débute ce 1er juillet et s’achèvera le 11 août. Reste à savoir combien de citoyens, seuls ou en groupe, vont prendre le temps de consulter le dossier puis de donner leur avis. On se trompe peut-être, mais notre petit doigt nous dit qu’il seront plus nombreux à s’intéresser à cette question qu’à répondre à l’appel qu’avaient lancé la Cour des comptes et la chambre régionale des comptes d’Occitanie. Aucune contribution n’a été transmise ayant trait à une collectivité ou à un organisme lotois (percevant des fonds publics). De deux choses l’une : ou personne, dans ce département, n’a à redire ou a matière à questionner les « sages », ou cette possibilité offerte aux citoyens de suggérer des pistes d’enquête est encore trop méconnue. Sibelle penche pour la seconde hypothèse. On se demande pourquoi…
Mercredi._ Avec tristesse (et une forme de mélancolie), j’apprends le décès à 89 ans de l’historien Yves-Marie Bercé. C’était l’un des grands spécialistes des révoltes paysannes dans la France d’Ancien régime. Avant de diriger l’Ecole nationale des chartes et d’intégrer la prestigieuse Académie des inscriptions et belles-lettres, il avait enseigné à l’Université de Reims. Modeste étudiant anonyme parmi les anonymes, dans l’amphithéâtre 300 du campus, j’étais assidu à ses cours magistraux. Avec lui, j’ai appris ce qu’était l’histoire moderne. Je n’ai pas fait carrière, certes, ayant d’ailleurs abandonné la fac avant la fin de mon année de licence pour entrer en journalisme, mais surtout, à l’époque, j’ignorais que j’allais recroiser l’historien _ certes virtuellement _ plus de trois décennies plus tard, quand, installé dans le Lot, j’ai découvert l’histoire des Tard-Avisés. Ces paysans partis notamment des Arques qui manifestèrent jusqu’aux portes de Cahors en 1707 avant de subir une sévère répression. Le terme même de « Tard-Avisés » m’a toujours troublé : repris de révoltes plus anciennes, ce sont les révoltés se sont ainsi eux-mêmes baptisés, admettant inconsciemment le caractère trop tardif voire désespéré de leur colère. Laquelle avait comme déclencheur l’instauration d’un impôt royal sur les baptêmes, les mariages et les décès (en plus des sommes à verser à l’église…). « Au fond, rien ne change. Nos gouvernants ont une imagination débordante quand il s’agit de créer des taxes », relève Sibelle, bien consciente néanmoins que son propos pourrait sembler populiste. Mais c’est ainsi. Une autre chose reste d’actualité. C’est ce trait d’esprit d’Alphonse Allais (et non de Colbert, comme on le prétend parfois) : « Il faut prendre l’argent là où il se trouve: chez les pauvres. D’accord, ils n’en ont pas beaucoup, mais ils sont si nombreux! »
Jeudi._ Je lis sur mon site préféré que dans le Lot, comme dans une grande partie du pays, il n’est plus désormais possible de déposer ses vêtements dans les bornes dédiées. « Le modèle économique du recyclage textile (TLC) traverse une crise sans précédent » est-il noté. Du coup, nos élites appellent les citoyens et consommateurs de base « à adopter la méthode BISOU pour éviter les achats impulsifs de vêtements à faible durée de vie… Besoin : En ai-je vraiment besoin ? (Nécessité ou pulsion ?) ; Immédiat : Puis-je l’obtenir autrement ? (Emprunter, louer, réparer) ; Semblable : Ai-je déjà quelque chose de similaire dans mes placards ? Origine : Quelle est son histoire ? (Privilégier le local, l’éthique, le durable) ; Utile : Vais-je vraiment m’en servir ? » Sibelle est dubitative. Ce qui ressemble fort à un appel à la décroissance pourrait coûter très cher à quelques filières lotoises si on appliquait cette méthode BISOU : au fond, ai-je bien besoin vraiment d’acheter cette bouteille de malbec ou ce foie gras ? N’ai-je pas déjà quelques bouteilles en cave ou des conserves dans le placard ? Et ma compote ou ma confiote, après tout, je peux la faire moi-même avec des fruits d’ici plutôt que d’acheter des produits made in Biars-sur-Cère Enfin bref.
Vendredi._ Nous voilà déjà à la veille du départ du Tour de France 2026, qui passera bientôt d’ailleurs près d’ici, en Dordogne et en Corrèze. Entre le Mondial et le Grande Boucle, on va continuer à regarder la télé au frais. C’est une façon de s’adapter au changement climatique. A condition de prendre l’air tôt le matin. Et d’effectuer une promenade avant que le soleil n’inonde trop la vallée, une petite balade afin de vérifier que les vignes sont toujours là, en contre-bas du vieux village, que les murs en pierre sèche montent toujours la garde à l’orée du maquis, et que dans la ruelle, nul matou en goguette ne lorgne sur notre pré carré, notre jardinet où le moment venu, avec Sibelle, on refera le monde, le match ou le sprint.
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