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Sibelle, la nouvelle préfète, les futurs arbres de Cahors et la nature qui se rebelle

Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats. 

Lundi._ Quand les temps sont rudes, au propre comme au figuré, les traditions se révèlent des repères bienvenus. C’est ainsi qu’en ce début de semaine, Marilyne Poulain, nouvelle préfète du Lot, acte sa prise de fonction en s’inclinant devant le monument aux morts de Cahors. Un peu plus tard, mais à la préfecture cette fois, elle explique : « La continuité républicaine est une force. Elle dépasse les personnes. Elle s’inscrit dans le temps long de l’intérêt général. » Puis, elle aborde son parcours personnel, évoque son enfance « dans une maison familiale corse, auprès d’un grand-père, viticulteur, résistant gaulliste, et d’un grand-oncle, ancien receveur des postes, résistant communiste, qui m’ont transmis l’histoire et l’esprit du Conseil National de la Résistance et le souvenir d’un très Grand préfet, Jean Moulin », et définit sa méthode : « L’autorité n’est pas l’autoritarisme. Elle est surtout fondée sur l’exemplarité. L’autorité que je conçois est une autorité juste, ferme lorsque nécessaire, mais toujours fondée sur le droit, l’écoute et la considération. La considération pour les personnes, pour les parcours, pour les situations vécues. Une autorité qui protège sans humilier, qui décide sans mépriser, et qui fait respecter la loi sans jamais renoncer à l’humanité. » Sibelle, qui n’ignore pas que Marilyne Poulain fut enseignante puis syndicaliste engagée notamment dans la défense des droits des travailleurs sans papiers exploités par des employeurs sans vergogne, opine du chef. Au fond, comme moi, elle souhaite la bienvenue à la nouvelle préfète en ayant une pensée pour l’un de ses plus admirables prédécesseurs : à la Libération, un certain Robert Dumas, au parcours atypique lui aussi. Il était avant la guerre l’un des dirigeants du Palm Beach à Cannes. Il fut ensuite un résistant courageux, rassembleur, et quand nommé préfet avec l’assentiment de toutes les composantes des forces de l’ombre, il prit ses fonctions, Robert Dumas était déjà surnommé le « préfet des Bois ». L’artisan et le garant de la république retrouvée et de la justice enfin rétablie. 

Mardi._ Je me souviendrai longtemps de ce début de semaine, moi aussi. Il s’est déroulé au collège de Luzech. J’y ai évoqué devant des élèves de 3ème l’histoire de la Maison d’Espère, une institution qui protégea des enfants juifs traumatisés par la guerre, les persécutions antisémites et même, pour beaucoup, la déportation de leurs parents. Une sorte de miracle qui dura de juin 1940 à décembre 1943 dans un village au nom prédestiné. La population savait. Elle fut bienveillante. Je repense à ces mots d’Henri Krasucki (1924-2003), ancien déporté d’origine juive polonaise, communiste, devenu secrétaire général de la CGT de 1982 à 1992. Déporté à Auschwitz et à Buchenwald, il vécut l’horreur des camps, mais en revint avec une conviction intacte : « J’ai vu le pire mais j’ai vu le meilleur, et par conséquent je n’ai pas perdu confiance dans l’homme. » Je dis à Sibelle que très humblement, notre rôle est de continuer à transmettre. A dire qu’ici, en Quercy, mais ailleurs aussi, des hommes et des femmes ne se sont pas résignés malgré l’horreur de l’époque. Il faut se souvenir des victimes, il faut aussi se souvenir de ceux qui se levèrent pour combattre l’innommable.

Mercredi._  Tête de liste de la majorité sortante à Cahors, Vivien Coste détaille son programme. Ma protégée féline retient cet engagement : « 1 000 arbres seront plantés en six ans ». Elle calcule : « Cela fait grosso modo un arbre tous les deux jours. Hors sapins de Noël bien entendu. » Je ne comprends pas trop où elle veut en venir. Et elle finit par lâcher : « Tu crois que dans le lot, il y aura des chênes truffiers ? Ça serait sympa, non, l’hiver venu, de voir les Cadurciens avec leurs chiens s’échiner à trouver quelques grammes d’or noir au pied de ces mâts de cocagne ? » Peut-être, peut-être pas. Je repense au fameux proverbe. On dit qu’un arbre cache la forêt. Et je relis saint Matthieu : « On juge l’arbre à ses fruits. » Alors, un millier !

Jeudi._ La nuit fut rude, la journée également. Des trombes d’eau, des rafales de vent, des routes coupées par les branches ou les inondations, des toitures malmenées, des foyers privés d’électricité. La tempête Nils n’épargne pas le Lot. Le bilan est cependant moins terrible que dans certains départements voisins. Reste que la nature n’arrête pas de nous rappeler que la planète s’affole. Mais la vie continue. On fait comme si de rien de n’était. « Vous m’épuisez » soupire ma tigresse, qui s’adresse à moi puisque je suis le seul être humain à portée de sa vue. Cela étant, elle a raison. Non ?

Vendredi._ Jean-Louis Aubert, Feu! Chatterton, Julien Doré seront à l’affiche du festival Ecaussystème dont l’édition 2026 aura les lieu les 31 juillet, 1er et 2 août. Mais ce n’est pas tout. Les organisateurs précisent qu’outre de grands noms et groupes de la scène française et internationale, des « conférences et tables rondes aborderont notamment les enjeux sociaux et écologiques du numérique ou la liberté de la presse et d’expression ». Par ailleurs, « un village associatif réunira associations et ONG autour des questions de développement durable et de biodiversité, tandis qu’un marché mettra à l’honneur producteurs bio, commerce équitable et artisanat local ». Sibelle persifle. C’est son habitude. « En plus des boules Quies, il faudra venir avec calepin et un stylo ? »

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