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Sibelle hisse le drapeau vert


Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.

Il y a ce qu’on lit dans les journaux, et qui n’est pas faux : la crise est loin d’être derrière nous, le virus circule toujours, il n’est pas impossible qu’une seconde vague nous frappe cet automne ou cet hiver, il faut continuer à respecter les gestes barrières. Et si tant est qu’on oublierait ces réalités, certaines décisions de nos édiles nous rappellent que la période demeure sensible.

Ainsi, pour ce millésime 2020 de la fête nationale, pas de feu d’artifice tiré depuis le Pont Valentré ni de bal populaire à Cahors. Sibelle avait été subjuguée l’an passé. « Quand ce chef- d’œuvre de l’architecture médiévale s’embrase grâce au talent des maestros de la pyrotechnie puis que la foule, le spectacle achevé, se disloque, s’éloigne des bords du Lot pour aller danser, alors le temps suspend son vol : dans une communion populaire joyeuse et multicolore, plus de deux siècles après, nous reprenons la Bastille. Nous reprenons le fil de nos rêves et de nos espérances… » avait écrit il y a bientôt un an dans son carnet intime ma petite protégée féline qui m’avait accompagné et que j’avais hissée sur mes épaules, dominant ainsi les spectateurs massés sur la bien nommée « Allée des Soupirs »… Alors, puisque cette année, le 14 juillet sera célébré en catimini, faut-il en conclure que plus rien n’est comme avant, et que la crise sanitaire (sans compter ses répercussions économiques) nous prive des joies et plaisirs d’un été pourtant déjà bien ensoleillé ? Rien n’est moins sûr. Pendant que les drapeaux tricolores seront déployés, les honneurs rendus et les hymnes entonnés en comité restreint, d’autres pavillons flotteront en toute liberté.

Comme le drapeau vert du lac de Catus. Avec Sibelle, qui m’accompagne partout, nous nous y sommes rendus en début de semaine. Il faisait beau, des ados jouaient au foot sur le terrain de gazon synthétique, et sur la plage, des dizaines de familles ou de groupes d’amis conjuguaient farniente et plaisirs aquatiques. Quelques pédalos croisaient au large (si l’on peut dire), des touristes sirotaient des sodas sur la terrasse du bar, on percevait les éclats de rires des bambins qui s’éclaboussaient les uns les autres. C’était bon enfant, au propre comme au figuré. Sibelle, qui ne cache pas son affection pour ce village qui, au prix d’une étymologie certes un peu discutable, a fait du chat son emblème, était aux anges. Une seule déception : ma tigresse n’a pu observer quelque pêcheur aux abords du plan d’eau. Il faisait trop chaud peut-être ? A ce détail près, Catus et son lac version 2020 fréquentés par des Lotois et des estivants composaient une carte postale parfaitement identique à celle de 2019.

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Même constat à Vers, où nous nous sommes rendus mercredi en fin d’après- midi. Même sérénité des estivants allongés sur les berges de la rivière qui se jette un peu plus loin dans le Lot, même cadre bucolique au niveau du camping, même plaisir à prendre un rafraîchissement en terrasse… Avec, pour Sibelle, un petit plus : ma chère féline ne pouvant cacher une certaine excitation quand elle distingua quelques truites et truitelles (dorées ou pas…) en amont d’un petit barrage sur le Vers. Bref, malgré le contexte, cet été ressemble presque à ses prédécesseurs.

Jusqu’à ces petites anecdotes sans lesquelles un été lotois ne serait pas un été lotois : l’autre matin, dans une ruelle de notre village, voilà que j’aperçois garée sur le côté une auto avec conduite à droite, immatriculée « GB ». Je m’approche, baisse la vitre et demande (en anglais) au couple (cheveux grisonnants et sourire aux lèvres) : « Vous avez besoin d’aide ? » La réponse fut affirmative. Alors que nous habitons un petit bourg sur la route de Prayssac, ces sujets de Sa Majesté cherchaient le camping… de Lamagdelaine. Alors j’ai ressorti mes souvenirs de collège et j’ai tenté d’expliquer : « You have to go back to Cahors and after that, you follow the direction of Saint-Cirq-Lapopie… » Ils ont compris et m’ont remercié. Pendant que Sibelle se bidonnait. « J’espère évidemment que tu seras épargné par ce fichu corona machin chose. Mais une chose est sûre : vu ton accent, tu n’as pas été touché par le virus des langues étrangères ! » Je suis resté de marbre. On n’est jamais trahi que par les siens !

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