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Sibelle et les mots précieux de Gaston Monnerville


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Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.

« J’ai rendez-vous avec Lætitia Casta! » J’ai prononcé la phrase sur un ton péremptoire, d’une voix puissante, et bien sûr depuis la terrasse, comme si j’espérais que quelque voisin l’entende… J’aurais pu m’en douter : la seule qui accourut, ce fut Sibelle.

« Qu’est-ce qui te prend ? Tu a perdu la raison ? Ou alors, j’ai loupé un épisode… Tu parles bien de la mannequin devenue actrice et chanteuse et dont la plastique confine à la perfection si j’en crois les gazettes ? » J’ai opiné du chef. Plongeant davantage encore ma protégée féline dans un désarroi abyssal. Ou j’étais devenu fou ou j’avais ourdi un complot. Au final pas mécontent de mon effet, j’ai craqué. Et j’ai tout avoué : « Il s’agit bien de Lætitia Casta. Enfin presque. La star a accepté de donner son nom à un rosier dont les fleurs aux couleurs évanescentes et tendres oscillent entre blanc et rose délicat. C’est un cadeau des enfants. Il y a deux semaines, ils nous ont offert un spécimen de cette nouvelle variété. Je l’ai planté avec soin dans notre jardinet. Où trônent déjà deux autres stars : un « Pierre de Ronsard » et un « Léo Ferré ». Or, il y a deux jours, trois boutons sont apparus sur le nouveau venu. J’en frissonne d’émotion. Bientôt, d’ici une petite semaine, Lætitia Casta va exprimer toute sa sensibilité, toute sa beauté, au pied de notre bolet… Un rendez-vous qui m’excite sans aucune arrière-pensée triviale.»Tout ce qui précède est exact.

Je vous ai narré cette anecdote pour souligner à quel point, avec Sibelle, nous apprécions les cadeaux subtils de la nature. Les fleurs, les oiseaux, les couleurs étonnantes du ciel à l’approche ou au sortir d’un orage. Il n’y a rien de trop, dans ce spectacle permanent, sur les hauteurs de notre village quercynois. Rien de trop pour nous consoler des informations qui nous submergent et nous confirment ce que l’on craignait. Le monde d’après ressemble fâcheusement au monde d’avant. Les espérances ont fait pschitt. De nouvelles solidarités, de nouveaux modèles ? Que nenni. Et le pire ressurgit. La question raciale. La terre est en danger, notre devenir toujours plus précaire. Mais voilà qu’aux États-Unis, puis en France, les unes des journaux nous amènent à redire cette simple vérité. Il n’y a, il ne doit y avoir qu’une race : celle des hommes et des femmes. Une unicité riche de sa diversité. Je m’en remets à la sagesse de ma tigresse domestique que ces débats et ces combats affligent (mais ils sont évidemment nécessaires pour rappeler certaines vérités).

« Chez nous, les chats, je ne dis pas que tout est parfait. Je ne dis pas que chez les animaux en général, la cruauté naturelle est absente. Je sais par exemple que certaines espèces sont amenées, dès la naissance, à écarter un nouveau-né trop fragile pour que ses frères et sœurs puissent mieux se développer. Mais jamais, foi de Sibelle, jamais, je n’ai vu une mère écarter l’un de ses petits à raison de la couleur de son pelage. Jamais, dans nos bagarres, la motivation vient de l’apparence de tel ou tel. On se chicane pour des territoires de chasse, on se chamaille pour des reliefs de victuailles ou pour une place au soleil, à l’heure de la sieste. Et quand un matou impose sa loi, peu importe ses origines, qu’il soit siamois, européen, africain, ou tout simplement sauvage. Sa force, son autorité, il ne les tire jamais que de ses muscles, de ses ruses. »

J’écoute le long plaidoyer de Sibelle. Je suis pris de court. Et soudain je pense à Gaston Monnerville. Petit-fils d’esclave, né en Guyane, il fut président du Sénat et donc second personnage de notre République, mais aussi, bien sûr, maire de Saint-Céré et président du Conseil général du Lot. Dès 1933, jeune député, quand débutent les persécutions antisémites en Allemagne, il prononce ce discours qui pressent le pire mais dit déjà l’essentiel : « Chacun de nous se sent atteint au meilleur de son intelligence et de sa sensibilité, lorsqu’il assiste au spectacle d’un gouvernement qui renie ce qui fait la beauté d’une nation civilisée ; je veux dire : le souci d’être juste, la volonté d’être bon envers tous les membres de la famille humaine, quelle qu’en soit la religion, la couleur ou la race. Me tournant vers les persécutés d’Allemagne, je leur apporte mon fraternel salut et je leur dis : Nous, les Fils de la Race Noire, nous ressentons profondément votre détresse. Nous sommes avec vous dans vos souffrances et dans vos tristesses. Elles provoquent en nous des résonances que ne peuvent pas saisir pleinement ceux à qui n’a jamais été ravie la liberté. (…) Nous sommes à vos côtés et vous nous trouverez toujours à vos côtés, chaque fois qu’il s’agira de lutter contre une mesure ou contre un régime qui tendrait à détruire la justice entre les hommes ou à abolir leur liberté. Nous nous indignons avec vous ; nous protestons avec vous, de toute la force de notre idéalisme, devant les actes de l’obscurantisme hitlérien. Le racisme allemand, expression suprême d’une mentalité antisociale qui nous reporte aux anciens âges, ne saurait trouver une audience favorable dans un pays comme la France « nourrie des idées générales du monde ». Toujours d’actualité. Hélas.

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