La cérémonie a eu lieu ce 9 février.
Ce lundi 9 février 2026, Marilyne Poulain, nouvelle préfète du Lot, a pris ses fonctions. Elle a présidé la cérémonie d’installation place de Gaulle, à Cahors. Après avoir déposé une gerbe devant le monument aux morts en présence des autorités civiles et militaires, elle a ensuite fixé le cap de son action dans le département lors d’un discours en préfecture : « Etre préfète, ce n’est pas seulement exercer une fonction. C’est incarner, ici et maintenant, la présence de la République. Je veux saluer l’action de ma prédécesseure, Claire Raulin et le travail mené par l’ensemble des services de l’État. La continuité républicaine est une force. Elle dépasse les personnes. Elle s’inscrit dans le temps long de l’intérêt général. Si je me permets d’évoquer quelques éléments personnels, c’est parce que l’engagement républicain s’enracine toujours dans une histoire vécue. J’ai grandi dans une maison familiale corse, auprès d’un grand-père, viticulteur, résistant gaulliste, et d’un grand-oncle, ancien receveur des postes, résistant communiste, qui m’ont transmis l’histoire et l’esprit du Conseil National de la Résistance et le souvenir d’un très Grand préfet, Jean Moulin. J’ai aussi grandi en ruralité, dans un petit hameau. Un lieu éloigné des centres de décision. Un lieu où l’on connaît l’isolement, le sentiment de relégation, parfois même le sentiment d’abandon. Mais c’est aussi là que l’on apprend l’entraide. Là que la solidarité n’est pas un mot, mais une nécessité. Là que la présence de l’État, lorsqu’elle existe, fait toute la différence. Dans cette maison, on parlait librement. On y débattait. On s’y opposait parfois, sans jamais rompre le lien. J’allais aussi, pendant les vacances, retrouver ma grand-mère juive allemande, rescapée de la Shoah. Avec elle, j’ai appris ce que signifie l’exil, la fragilité des libertés et la nécessité absolue de ne jamais considérer la démocratie comme acquise. Je ressens une émotion particulière en prenant la parole dans ce salon Erignac. Ce nom résonne profondément en moi. J’ai vécu mon enfance en Corse dans les années 90, une période marquée par la violence des mouvements nationalistes et du grand banditisme, jusqu’à l’assassinat du grand préfet Claude Erignac. Ces années ont ancré en moi un attachement profond à l’État de droit, de la justice, et à l’universalisme républicain. Ma famille est faite de professeurs, d’agriculteurs, d’ouvriers du bâtiment et des travaux publics, de compagnons, d’artisans du bois et de la pierre, d’ouvriers d’usines industrielles, d’entrepreneurs, d’instituteurs, de pompiers. Elle est faite de Multitudes. Avant d’entrer au service de l’Etat, j’ai été professeure de lettres et d’histoire au Chili, un pays marqué par la dictature, qui a fragilisé l’accès à l’éducation et rendu profondément inégal l’accès aux soins. Mon parcours a également été marqué par un engagement syndical. Il m’a appris la valeur du dialogue, de l’écoute réelle et du respect des désaccords. Le dialogue avec toutes les organisations syndicales, les associations, les élus, les forces vives sera constant, sans exclusive, dans le respect des rôles et des responsabilités de chacun. C’est avec ce regard que j’aborde aujourd’hui mes fonctions dans le Lot. Un territoire rural, agricole, industriel et patrimonial. Ici, l’agriculture est une identité et un enjeu de souveraineté, de transmission et de transition. Le patrimoine bâti, naturel et immatériel est une richesse vivante, un levier de cohésion, de développement, et une fierté collective. L’industrie est un pilier de l’emploi et du savoir-faire, avec un enjeu majeur : l’emploi des seniors, enjeu de justice sociale et de transmission des compétences. Etre préfète, c’est incarner un Etat impartial et protecteur. Un Etat à l’écoute. Un Etat de proximité. Un Etat réactif. Incarner l’autorité de l’État est une responsabilité essentielle. Mais l’autorité n’est pas l’autoritarisme. Elle est surtout fondée sur l’exemplarité. L’autorité que je conçois est une autorité juste, ferme lorsque nécessaire, mais toujours fondée sur le droit, l’écoute et la considération. La considération pour les personnes, pour les parcours, pour les situations vécues. Une autorité qui protège sans humilier, qui décide sans mépriser, et qui fait respecter la loi sans jamais renoncer à l’humanité. Les enjeux sont clairs : l’accès aux services publics, l’accès aux soins, le soutien à l’agriculture, l’emploi et l’industrie, la sécurité, notamment la lutte contre les violences intrafamiliales, le trafic de stupéfiants, l’enfance en danger, la préservation du patrimoine, le logement, la mobilité, la prise en charge et l’autonomie des personnes âgées, la transition écologique, et l’égalité réelle entre les territoires. Rien de tout cela ne pourra aboutir sans le sens du collectif et de l’intérêt général, dans une République qui rassemble, plutôt qu’elle ne divise. Aux agents de l’État, je veux dire ma confiance. Vous êtes le visage concret de la République. Je m’engage à servir le Lot et ses habitants avec écoute, proximité, réactivité et considération, dans le respect constant de l’État de droit et de la dignité de chacun. »
> Dans l’après-midi, la représentante de l’Etat s’est rendue à Vire-sur-Lot au Domaine de Bénéjou où elle a pu s’entretenir avec les exploitants, Julie et Timothy, mais aussi avec Stéphane Pons, président de la Chambre d’agriculture, et Nicolas Fournié de l’UIVCLL. « Il me semblait important d’être au coeur du vignoble et d’évoquer tous les enjeux. On va continuer le travail engagé, on va être à l’écoute. Je m’appuie sur une DDT solide. J’ai besoin d’être en contact avec le réel pour adapter notre action publique » a-t-elle confié.
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