Son fils aîné fut général et s’illustra durant la Seconde guerre.
C’était il y a pile un siècle. Lui-même fils de gendarme (son père était brigadier), le colonel Jean-Adolphe Miquel prend la tête de l’une des unités les plus prestigieuses de la gendarmerie : la Garde républicaine ! Une consécration pour ce Lotois qui s’était engagé à tout juste 18 ans, en 1887, dans l’infanterie, et qui allait par la suite franchir tous les échelons de la hiérarchie. Sa carrière connaît un premier tournant en 1906 quand il passe dans la gendarmerie. Et fraîchement décoré de la Légion d’honneur, durant la Première guerre, c’est comme prévôt (officier ou sous-officier de gendarmerie détaché auprès des forces armées françaises ayant le statut d’officier de police judiciaire) qu’il s’illustre à plusieurs reprises.
En date du 20 octobre 1926, le Journal du Lot, dans sa rubrique « Nos compatriotes » est tout fier de détailler le CV exemplaire de cet enfant du pays… « Le colonel Miquel, commandant de la légion de la Garde Républicaine. Nous avons annoncé, dans un précédent numéro, la nomination de notre compatriote M. Miquel, au grade de colonel de la Garde Républicaine de Paris. La « France Militaire » publie la note suivante sur notre distingué compatriote. Le colonel Miquel (Jean-Adolphe), est né le 7 février 1869, à Figeac (Lot). Engagé volontaire pour cinq ans au 83e régiment d’infanterie, le 11 mars 1887. Caporal (1887), sergent (1888), sergent-major (1889), il entre à l’Ecole militaire d’infanterie en 1891, est nommé sous-lieutenant au 108e d’infanterie le 1er avril 1892, et lieutenant deux ans plus tard. Promu capitaine au choix le 8 juillet 1904, il est affecté au 139e régiment d’infanterie. Il passe dans la gendarmerie à Mont-de-Marsan (18e légion), le 27 septembre 1906, à Pamiers (17e légion) en octobre 1907 et revient à la 18e légion en septembre 1909, comme commandant d’arrondissement à Saint-Sever. Par décret du 31 décembre 1913, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur. »
Volontaire durant la Première guerre
« Volontaire, il part aux armées dès le 5 août 1914 comme prévôt à la 35e division d’infanterie. Au cours de la retraite de Belgique, il a le commandement du convoi divisionnaire et assure la police à la gauche des colonnes. Son attitude lui vaut un témoignage du colonel Picot, ex-chef de bataillon au 57e régiment d’infanterie. Après la Marne, viennent les durs combats de l’Aisne. Le rôle du capitaine Miquel a fait l’objet du témoignage du général de Maud’huy, ancien commandant du 18e C.A. qui tient à reconnaître les excellents services rendus par cet officier de gendarmerie, prévôt de la 35e D.I., dans le lourd et délicat service qui lui incombait. »
« Le 6 décembre 1914, le capitaine Miquel assure seul la police du cantonnement à Longueval (Q.G. de la 35e D. I.) au cours d’un bombardement. Il est blessé par des éclats d’obus légèrement à la nuque, grièvement à la cuisse droite. Evacué, il revient aux prévôtés de l’avant sur sa demande, est affecté en octobre 1915 à la 103e D.I. et passe le 10 mars 1916 à la 46e division de chasseurs. Promu chef d’escadron le 25 mai 1917, et maintenu aux armées sur sa demande, il est désigné comme prévôt du 35e C.A. Le 30 mars 1918, il assure personnellement à la gare et au carrefour de Tricot (Oise) bombardés par l’ennemi, la circulation, de nombreux convois d’artillerie. Il est de nouveau blessé à la jambe droite. A la dissolution du 35e C.A., il passe au 5e C.A., le 25 janvier 1919. »
« Affecté ensuite à la légion de la garde républicaine, il y exerce, de mars 1919 à juin 1924, les fonctions de major. Il a reçu la rosette d’officier de la Légion d’honneur au titre des services de guerre, le 16 juin 1920. Promu lieutenant-colonel le 25 juin 1924 à la 8e légion de gendarmerie à Bourges, il est désigné, le 9 août suivant, pour commander l’infanterie de la légion de la garde républicaine. Inscrit au tableau d’avancement de 1926, pour le grade de colonel, le commandement par intérim de la garde républicaine lui est confié par décision ministérielle du 16 mars 1926. Promu colonel le 25 septembre 1926, il est affecté à la 15e légion, de gendarmerie à Marseille, et par décision ministérielle du 7 octobre 1928, il est rappelé à Paris pour exercer à nouveau le commandement de la légion de la garde républicaine. Le colonel Miquel a été cité à l’ordre de la 46° D. I. et du 35e C.A. »
L’Action Française évoque un complot
Oui mais voilà. L’époque est déjà trouble. La IIIe République et ses conciliabules de couloirs sont synonymes d’instabilité alors qu’une partie de la droite se radicalise (comme on ne disait pas encore) et que l’extrême-droite fédères les mécontentements. Alors que le Cartel des Gauches bat de de l’aile, elle exploite déjà le filon du complotisme. Ainsi, dès l’annonce (bien avant sa prise de fonction effective) de la nomination du colonel Miquel (à titre encore intérimaire), on lisait dans « L’Action Française » (qui avait comme slogan à la une « organe du nationalisme intégral ») du 24 mars 1926, sous la plume brillante mais féroce et tout sauf nuancée de Léon Daudet que ce choix n’avait rien d’anodin. Le directeur du journal y voit une manœuvre de Louis Malvy, élu radical du Figeacois puis ministre éminent que Daudet accusa d’avoir trahi la France en 1917 et qui fut condamné à l’été 1918 à cinq ans de bannissement (il rentrera en France et reprendra sa carrière presque comme si de rien n’était en 1924). On lui reprochait notamment d’avoir subventionné une publication pacifiste, le Bonnet Rouge, et de ne pas avoir réprimé des mouvements ouvriers durant la guerre.
Voilà quelques passages de cet article à charge dont le titre donne la couleur, « Malvy à l’Intérieur et à la révolution » : « Pourquoi Briand, le Talleyrand de mauvais lieu, a-t-il mis Malvy, l’homme de la trahison, et le plus décrié qui soit – même à l’étranger – au ministère de l’Intérieur ? Cela, au moment où la chute du franc, devenue perpendiculaire, devrait inciter un gouvernement républicain à la prudence. Briand a-t-il pu croire que l’affaire du Bonnet rouge, que l’arrêt de la Haute-Cour étaient oubliés, que les patriotes avaleraient l’ignoble gredin, fauteur des mutineries militaires, cause directe de la mort de tant de braves soldats français ? Si bête et infatué que soit ce gibier de police, passé aux honneurs du régime infâme, je ne le pense pas. Il entend parler les uns et les autres. Il sait ce que Malvy a dans son sac. […] Dernièrement, les journaux annonçaient le remplacement, au commandement de la Garde républicaine, du colonel Verstraete – nomination irrégulière et faite en dehors de tous les usages et traditions – par le lieutenant-colonel Jean-Adolphe Miquel, né à Figeac (Lot). Or le lieutenant-colonel Miquel est l’ami personnel et l’âme damnée de l’agent allemand Jean-Louis Malvy. C’est Mata-Malvy qui l’a fait nommer à son poste. Il a les instructions de Malvy. En vertu de ces instructions on laissera passer l’émeute communiste, et on tirera sur les patriotes qui feraient obstacle à cette émeute. L’entente est complète entre le Cartel, la police et la magistrature du Cartel, d’une part, et, de l’autre, les chefs du parti communiste. Je n’ai aucun doute sur cette collusion criminelle du gouvernement, d’une partie de sa police de Sûreté générale, et des aspirants septembriseurs. Contre le succès de cette collusion, qui était dans la logique des événements politiques actuels, il n’y a d’obstacle sérieux que l’A. F. »
Bon sang ne saurait mentir
Pourtant, aucun élément sérieux ne donne crédit à la thèse. Rien ne prouve d’une part que Louis Malvy « tenait » Briand et encore moins qu’il entendait, avec son compatriote, favoriser les desseins des militants du jeune PCF… Et comme ses prédécesseurs, le colonel Miquel resta deux ans à la tête de la Garde républicaine puis, courant 1928, faisant valoir ses droits à la retraite, il fut remplacé par le colonel Moinier. Installé à Paris, l’ancien commandant de la prestigieuse unité d’élite y meurt le 6 octobre 1953.
Cependant, bon sang ne saurait mentir. Le 20 août 1898, son fils Roger Honoré nait à Cahors alors que Jean-Adolphe Miquel est en garnison à Bergerac, comme on le lit sur l’acte de naissance. L’aîné de la fratrie suivra les traces paternelles. Il n’a pas encore tout-à-fait 18 ans quand il s’engage pour la durée de la guerre en mairie de Cahors à la fin juillet 1916. Passé par Saint-Cyr, il combat durant la Première guerre puis le jeune officier effectue l’essentiel de sa carrière en Afrique du Nord. C’est là qu’il rejoint la France Libre, commandant le 1er régiment étranger de cavalerie, en septembre 1943. Le colonel effectue à ce titre les campagnes de libération de la France puis se bat en Allemagne jusqu’en 1945. Il retrouve ensuite l’Afrique du Nord et occupe différentes fonctions de commandement au Maroc. Général, en 1956, il est nommé à la tête de la 5e région militaire, en poste à Toulouse. Une zone hautement stratégique car y sont stationnés nombre de régiments parachutistes. C’est pourquoi il occupe un rôle d’importance dans l’opération Résurrection, qui consiste à faire pression sur le sommet de l’État pour rappeler le général De Gaulle au pouvoir en mai 1958. Admis à la retraite, retiré à Albas, le général Roger Miquel y meurt le 7 février 1978. Il était Grand-croix de la Légion d’honneur.
Ph.M.
Sources : site Gallica BNF, archives départementales du Lot.
Photo : le colonel Miquel à la tête de la Garde républicaine. Photo Agence Rol (fonds conservé à la BNF).





