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La mort de Félix Transport, un des derniers « enfants cachés » de la Maison d’Espère

Son témoignage précieux a grandement contribué à retracer ce pan d’histoire de la Shoah.

Né à Paris le 20 juillet 1930, Félix Transport est décédé il y a quelques jours à New-York où il s’était établi après la guerre. Avec sa sœur cadette Juliette (1934-1978), il était l’un des rares pensionnaires à avoir séjourné durant toute la période où un groupe d’enfants juifs pris en charge par l’Œuvre israélite des séjours à la campagne (OSC) puis, à compter de 1942, par l’ Œuvre de secours aux enfants (OSE) s’était établi dans le Lot (à Mercuès d’abord, puis à Douelle et enfin à Espère), de juin 1940 à décembre 1943.

Ayant conservé une certaine maîtrise de la langue française, Félix avait témoigné auprès de l’US Shoah Memorial en 2014 et il avait accepté de s’entretenir à plusieurs reprises, par téléphone, depuis les Etats-Unis, plus récemment, avec Philippe Mellet et Nelly Blaya quand ces « historiens citoyens » ont décidé de retracer l’histoire de cette maison où auront été accueillis quelque 80 enfants juifs, qui purent pour la plupart échapper à la déportation.

Exerçant comme designer à New-York, Félix Transport qui reconnaissait avoir été un enfant parfois turbulent (mais à l’esprit vif) n’avait jamais oublié ses années lotoises et l’accueil chaleureux de la population d’Espère, notamment. Ayant effectué son service militaire sous l’uniforme américain à la base d’Orléans en 1957, il était revenu à Espère et y avait rencontré quelques villageois (notre photo). En 1994, désormais retraité, il avait de nouveau fait le voyage et avait séjourné au château de Mercuès.

Multipliant les souvenirs et anecdotes, Félix n’avait pas souhaité transmettre de photo de ses vertes années ou plus récentes : « A quel titre ? Je n’ai eu aucun mérite. J’ai même eu beaucoup de chance, quand tant d’autres sont morts ou ont vu leurs parents ou leurs frères et sœurs être déportés… » Lors d’un échange téléphonique, il avait eu ces mots : « Un organisme me livre les repas à domicile désormais. Il y en a toujours trop dans l’assiette. Je ne mange que la moitié, et encore. J’ai appris à me contenter de peu. Et ce peu est toujours beaucoup. »

Que la terre vous soit légère, cher Félix !

Les témoignages et apports de Félix Transport pour rédiger l’histoire de la Maison d’Espère sont à retrouver ici et là. On y retrouve ce chapitre qui évoque les facéties du petit parisien et de ses copains : « A Espère, nous étions très près de champs où poussaient toutes sortes de choses, il y avait des pommes de terre et des carottes et toutes sortes de fruits et légumes qui étaient cultivés, juste à l’extérieur de la maison. Nous (quelques copains et moi) avons décidé de faire quelque chose. Ce fut d’aller très tôt dans les champs et de cueillir des pommes de terre, à cinq minutes de là où nous étions. Et nous faisions ça tout au long de la saison, avec des pêches, des pommes de terre, des carottes, et nous les rapportions. Deux d’entre-nous allaient chaque matin chercher de la nourriture, en l’emballant dans une grande serviette. Et nous faisions cuire les pommes de terre, mais au feu, parce que chaque pièce avait sa propre cheminée : nous mettions du bois, on allumait le feu et nous mettions les pommes de terre dedans. Puis nous les mangions. Jusqu’au jour où deux d’entre-eux ont été pris par des paysans (les métayers) et ils ont été emmenés chez le directeur. Ils se sont fait sacrément tirer les oreilles. Mais on a continué. Je me souviens d’y être allé une fois avec un autre garçon mais on a entendu du bruit : on est rentré en vitesse et on s’est recouché. J’ai mis le sac avec les fruits sous mon matelas. Et bien sûr, quand je me suis levé, toutes les pêches étaient complètement écrasées ! Et je me souviens d’une blague que nous avons faite au fermier. Parce qu’il surveillait et nous empêchait d’aller chercher notre nourriture… Nous savions où se trouvaient les lapins. Alors, nous avons ouvert leur cage (comment dit-on ? Oui, le clapier), pour que les lapins sortent…Juste pour le plaisir…. »

Photo : lors de son retour en 1957, dans le bourg d’Espère.

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