Déporté au printemps 1944 par « le convoi des Tatoués », ce jeune résistant de Cahors « passa » par Auschwitz avant de mourir à Flossenbürg.
3 février 1944. Chef de groupe au sein des Forces Unies de la Jeunesse Patriotique, Gaston Gaulon, 18 ans, est l’un des maîtres d’œuvre d’un formidable coup de d’éclat de la résistance du département. Avec plusieurs camarades, il fait irruption dans les bureaux du STO, Service du travail obligatoire, situé rue Joffre, à Cahors. Toutes les archives, toute la documentation et donc tous les noms des jeunes Lotois susceptibles d’être visés par cette officine dépendant de Vichy sont embarqués et jetés dans la rivière. La population n’ignore rien de ce spectaculaire « exploit » : des jours durant, des papiers devenus illisibles flottent au gré du courant…
18 février 1944. Gaston Gaulon est encore à l’œuvre lorsqu’avec des résistants plus chevronnés, parmi lesquels Pierre Combes, il est d’un petit groupe qui fait main basse sur des victuailles à l’Ecole Ménagère, à Cahors encore. Un ravitaillement qui sera convoyé pour leurs amis du maquis, après avoir été déposé dans une cabane de vigne à la tombée de la nuit.
Mais cette action héroïque, tout aussi hardie que la première, va lui être fatale. Dénoncé comme neuf de ses camarades, Gaston est arrêté le 25 février 1944. Sa vie bascule. Le jeune mécanicien, né le 21 avril 1925 à Plancoët, dans les Côtes du Nord, comme on disait à l’époque, domicilié au 10 Quai Ségur d’Aguesseau, n’était jusqu’alors connu que comme brillant espoir du club de rugby où il évoluait avec les Juniors.
Gaston Gaulon est d’abord incarcéré à la sinistre prison Saint-Michel de Toulouse, puis, quelque temps plus tard, il est transféré au camp de Royallieu-Compiègne, dans l’Oise. Débute alors un long et sinistre chemin de croix. Le 27 avril 1944, avec quelque 1600 autres hommes (résistants et/ou communistes, simples civils dénoncés…), le jeune héros lotois monte dans un train dont la destination est devenue synonyme de l’enfer sur terre : Auschwitz.
Dans le « convoi des Tatoués »
Quand ils descendent des wagons, ces déportés sont considérés avec étonnement par les responsables du camp. Ils ne sont ni juifs, ni tsiganes, ni homosexuels. Ils ne correspondent pas, selon les critères immondes du régime nazi, à ces êtres non-aryens devant passer par les chambres à gaz. Le protocole de base est cependant appliqué : Gaston et ses compagnons sont placés en quarantaine et tatoués. D’où le surnom qui restera attaché au convoi parti de Compiègne cette fin avril… Mais ensuite, ils sont vite transférés dans d’autres camps. Avec plusieurs centaines d’autres, Gaston rejoint d’abord Buchenwald puis Flossenbürg, en Bavière. Il y décède le 31 janvier. Il n’avait ps encore 20 ans. Après la guerre, il sera médaillé de la Résistance par décret le 31 mars 1947.
Plus tard encore, la ville de Cahors donnera son nom à une impasse, dans le quartier de Terre Rouge. Dans le même temps, l’ancien maire, parlementaire et ministre de Monzie, qui vota les pleins pouvoirs à Pétain et sera encore sollicité par Laval en 1944 pour sauver ce qui peut l’être de Vichy, a toujours droit à une avenue… Ainsi va l’histoire, ainsi va la mémoire.
Une question toujours en suspens
Mais nul n’oublie Gaston Gaulon. A fortiori quelques jours après le 27 janvier, désormais Journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité (date choisie car le 27 janvier 1945, Auschwitz fut libéré…). Or, précisément, une énigme demeure : pourquoi ce « convoi des Tatoués » fut-il dirigé vers Auschwitz ? Erreur administrative ? Volonté de certains officiers allemands et de leurs nervis de Vichy de gonfler les chiffres de déportés vers ce camp, justement, pour atteindre les quotas décidés par le IIIème Reich ?
D’autres Lotois étaient de ces 1600 hommes. Comme Pierre Combes, dirigeant FFI, qui en revint, et qui fondera plus tard le Musée de la Résistance de Cahors, son homonyme Jean-Baptiste Combes, résistant et aubergiste à Caniac-du-Causse mais qui décéda également à Flossenbürg… On estime que la moitié des « Tatoués » ne survécut pas à la déportation.
Parmi eux, le poète Robert Desnos. Auquel Louis Aragon dédiera plus tard ces vers : « Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne / Comme un soir en dormant tu nous en fis récit / Accomplir jusqu’au bout ta propre prophétie / Là-bas où le destin de notre siècle saigne / Je pense à toi Desnos et je revois tes yeux / Qu’explique seulement l’avenir qu’ils reflètent / Sans cela d’où pourrait leur venir ô poète / Ce bleu qu’ils ont en eux et qui dément les cieux ».
Autre déporté célèbre du 27 avril 1944, le communiste Marcel Paul, qui sera ministre à son retour, en novembre 1945. Un livre a été publié il y a tout juste un an consacré à ce volet peu connu de l’histoire de la déportation : « Jusqu’à l’épuisement de la nuit /Le convoi des tatoués », par Vincent Quivy, aux éditions Anne Carrière.
Ph.M.
Sources : plaquette éditée par le PCF pour le 50e anniversaire de la Libération du Lot ; site Memorial Gen Web ; livre « Jusqu’à l’épuisement de la nuit /Le convoi des tatoués », par Vincent Quivy, aux éditions Anne Carrière.





