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Elections municipales 2026 : Les « intercommunalités », grandes oubliées de la campagne ?

Tour d’horizon des coms coms. 

Leur rôle est toujours plus décisif dans les dossiers importants que doit gérer un maire. Mais les intercommunalités ne sont que rarement évoquées durant cette campagne des élections municipales 2026. Le système électoral n’y est pas étranger.

Il y a évidemment des exceptions à la règle. C’est le cas à Figeac. Jusqu’alors maire (1995-2017) puis adjoint (depuis 2017) de la commune rurale de Sainte-Colombe, Vincent Labarthe, président sortant de la communauté du Grand Figeac (un fauteuil que lui céda Martin Malvy en 2018) a décidé de se présenter en mars comme simple colistier aux municipales, mais cette fois à Figeac. En disant toutefois on ne peut plus clairement ses ambitions « intercommunales » : « J’ai pris le temps de la réflexion et j’ai beaucoup discuté avec Guillaume Baldy de la manière dont on pouvait rendre service à cette ville et au territoire. On a chacun des mandats et collectivement, nous pouvons apporter quelque chose à la commune. Il a été envisagé que je sois la tête de liste mais je pense que sa dynamique et sa jeunesse sont intéressantes. Je souhaite, si nous sommes élus, me représenter à la présidence du Grand Figeac. » Il faut dire aussi que l’homme occupe par ailleurs un autre mandat chronophage, puisque vice-président (PS) du Conseil régional en charge de l’Agriculture.

A Cahors, les choses semblent a priori moins transparentes. Adoubé par Jean-Marc Vayssouze-Faure (maire de 2008 à 2023) et Jean-Luc Marx (élu en 2023, mais qui a décidé de laisser son écharpe de premier magistrat) dont il dirigea les cabinets, Vivien Coste mène la liste de la majorité sortante. La logique voudrait qu’en cas de succès, il s’inscrive dans les pas de ses mentors. D’ailleurs, qu’il s’agisse du bilan ou du projet, il évoque notamment des dossiers portés d’abord (mais pas « que ») par le Grand Cahors comme l’implantation de la clinique d’ophtalmologie, la réhabilitation de logements dans le vieux centre, le lifting de l’entrée sud de la ville… Pour autant, jusqu’ici, il ne s’est pas prononcé publiquement ou sur ses documents de campagne, sur ses intentions. Reste la réalité arithmétique : en mars, seront élus 72 conseillers communautaires et avec son poids démographique, 24 seront des Cadurciens. Une remarque enfin : que les collectivités de Cahors et du Grand Cahors partagent la même adresse (physique, rue Wilson et… sur le web) ajoutent à la confusion…

Les électeurs veulent de « la clarté »

Toujours est-il qu’un récent sondage atteste que les Français ont soif de clarté : « 88% des Français estiment que les prétendants à la fonction de président(e) de l’intercommunalité devraient se déclarer en amont » (1). Cela étant cette même enquête laisse apparaître quelques lacunes chez nos concitoyens : ils ne sont ainsi que 31% à savoir que, « dans les communes de plus de 1 000 habitants, les citoyens élisent les élus de leur intercommunalité en même temps que les conseillers municipaux » (2). Et le sondage indique encore que « 44% des Français jugent positivement le fait que le/la président(e) de leur intercommunalité n’affiche pas d’appartenance politique ». Enfin, quand on les questionne sur les enjeux qui détermineront leur vote, ils sont autour de 60 % à évoquer la distribution de l’eau potable, l’entretien de la voirie, l’assainissement ou encore les transports urbains _ des compétences qui dépassent le cadre communal, donc _ mais le chiffre est le même ou presque (59%)  pour répondre que « la prise de position des candidats sur la sécurité » sera également « déterminante ».

Dans les communes plus modestes, qui n’ont que quelques élus siégeant au conseil communautaire, on compte sur les doigts d’une main les déclarations de candidature aux municipales où il est fait ne serait-ce que mention de intercommunalité à laquelle ces villages appartiennent. Or, toutes les intercos sont compétentes sur des thématiques majeures comme le « développement économique », « l’aménagement de l’espace », « les ordures ménagères » ou encore la « prévention des inondations ». Et plus de 75 % le sont pour ce qui concerne « la voirie » et « l’habitat – logement » !

Dans les autres intercommunalités du Lot

Qu’en est-il, à ce jour, dans les autres EPCI (établissements publics de coopération intercommunale) de notre département ?

Communauté de communes Causses et Vallée de la Dordogne (Cauvaldor) : le président sortant est Jean-Claude Fouché, maire de Lanzac. Il a remplacé en août 2024 Christophe Proença après l’élection de celui-ci comme député, lequel avait déjà succédé un an plus tôt à Raphaël Daubet lorsqu’il était devenu sénateur. Premier magistrat de Lanzac depuis 2014, Jean-Claude Fouché n’a pas, à ce jour, dévoilé ses intentions pour la suite.

Communauté de communes de la Vallée du Lot et du Vignoble : le président sortant est Serge Bladinières, qui achève son sixième mandat comme maire de Pescadoires. Il ne s’est pas exprimé sur ses intentions.

Communauté de communes Quercy-Bouriane : le président sortant est Jean-Marie Courtin, maire de Gourdon depuis 2020. Il sollicite de nouveau la confiance des électeurs de la commune. Pour ce qui est de l’intercommunalité, il a estimé : « Une commune isolée ne peut plus faire grand chose. La Communauté de communes, c’est primordial pour mener les projets. Je l’ai vu sur le mandat. Sans la CCQB, les dossiers de la piscine et le pôle santé n’auraient pas pu être bouclés. » De là à penser que réélu maire, il souhaiterait aussi « rempiler » comme président de la communauté, il y a peut-être un pas…

Communauté de communes du Pays de Lalbenque-Limogne : le président sortant est Jean-Claude Sauvier, maire de Laburgade. Il a tout récemment annoncé être candidat à un troisième mandat municipal. Il a par ailleurs, lors de ses vœux, cité l’inauguration des phosphatières du Clou d’Aural à Bach comme le point d’orgue de la mandature de l’intercommunalité, évoquant son « impact touristique et économique sur l’ensemble du territoire ». Une façon de poser des jalons ?

Communauté de communes du Quercy blanc : le président sortant est Bernard Vignals, maire de Lendou-en-Quercy. On ignore à ce jour ses intentions.

Communauté de communes Cazals-Salviac : la présidente sortante est Mireille Figeac. Elle est maire de Gindou depuis 2008, et n’a pas communiqué sur ses intentions.

Communauté de communes du Causse de Labastide-Murat : la présidente sortante est Sophie Sarfati, maire de Nadillac depuis 2020. Au niveau intercommunal, elle a succédé en 2023 à Thierry Cassan, alors adjoint de Coeur-de-Causse. Là encore, pas de candidature déclarée pour la suite.

Ouest Aveyron Communauté : deux communes lotoises, Laramière et Promilhanes, sont intégrées à cet EPCI composé majoritairement de communes aveyronnaises. Le président sortant est Michel Delpech, maire de Monteils (Aveyron), qui avait indiqué dès 2024 : « Si l’opportunité m’est donnée, je referai un mandat ».

Des pistes pour redonner du sens au scrutin

Pour redonner de la visibilité à cette dimension du scrutin de mars prochain, dans un récent entretien au Courrier des Maires (3), le constitutionnaliste et politologue Benjamin Morel propose un remède qui peut étonner. Il regrette d’abord que perdure une inégalité sociologique dans les listes en présence : « Les classes populaires s’engagent moins que les cadres supérieurs et les notables ; les femmes moins spontanément que les hommes, les jeunes que les retraités, aussi. C’est connu. Cela dit, je ne suis pas certain que cela ait une incidence sur le choix ou l’envergure des politiques menées. » Et pour ce qui concerne les intercommunalités, il « déplore qu’elles soient devenues de véritables machines à dépolitiser. A l’heure où le Parlement se déchire, les élus locaux n’ont plus que les mots « compromis » et « proximité » à la bouche. C’est de bonne guerre de vouloir « rassembler » dans une société plus polarisée que jamais… sauf que la politique, ce n’est pas ça ! Tout l’intérêt de la décentralisation réside dans le fait de « politiser » l’action publique locale, justement ; sinon, autant déconcentrer le pouvoir, ce qui permettrait de faire quelques menues économies et gagner en efficacité. »

Quant à son collège Stéphane Cadiou, qui enseigne à Lyon II, toujours dans Le Courrier des Maires (4), il plaide pour plus de volontarisme de la part des intéressés : « Trop peu d’électeurs bénéficient d’une offre politique intercommunale claire et lisible, aujourd’hui. Pourtant, cela inciterait le reste des candidats à se positionner sur certaines controverses locales, donc à faire des promesses et devoir se justifier sur leurs résultats, une fois élus.

L’irruption d’un tiers extérieur, ici le peuple, dans le huis-clos intercommunal ne permettrait pas forcément d’atténuer les inégalités socio-spatiales ni de réduire la pollution de l’air en tant que tel, mais cela pousserait les politiques à rendre des comptes. Lorsqu’ils se savent regardés, les élus se montrent en effet plus à l’écoute des électeurs et prennent davantage en compte les intérêts des groupes sociaux qu’ils prétendent représenter. »

Soit. Mais le mode de scrutin étant ce qu’il est, pour l’heure, il faut admettre que les assemblées communautaires et les exécutifs avancent et agissent sans que les électeurs ne s’intéressent réellement aux débats (quand il y en a, ce qui se révèle assez rare, hors des questions ponctuelles comme les PLUI). D’une certaine façon, cela ne dérange pas grand monde. La démocratie de proximité est encore… approximative. Les maires des petites communes qui ont parfois déjà du mal à constituer des listes sont résignés : « De toute façon, quand il y a un souci, c’est nous que le citoyen lambda interpelle. Pas le président de l’interco, même si ses bureaux sont à dix kilomètres. »

Ph.M.

(1) Enquête IFOP pour Intercommunalités de France, janvier 2026, auprès d’un échantillon de 2 000 personnes, représentatif de la population résidant en France métropolitaine âgée de 18 ans et plus.

(2) Dans les communes de moins de 1000 habitants, ce seront le maire, le premier adjoint, etc. qui siègent, dans l’ordre du tableau, et en fonction du nombre de sièges dévolus à la commune.

(3) en date du 19 décembre 2025.

(4) en date du 15 janvier 2026.

Photos : Intercommunalités de France et Archives Medialot

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