Retour sur la venue de Peter Falkingham qui couronne une saison 2026 exceptionnelle.
Peter Falkingham est une référence mondiale de l’ichnologie, la science des traces fossiles. Professeur de paléobiologie à l’université John Moores de Liverpool, il est notamment le premier scientifique à avoir reconstitué l’intégralité du mouvement du pied d’un dinosaure. Ses méthodes (photogrammétrie 3D, modélisation numérique, simulation) sont aujourd’hui utilisées par les équipes de recherche du monde entier, et ses publications, notamment dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, font autorité. À Liverpool, son équipe forme le cœur du projet européen « Mud to muscles » (Horizon Europe), qui combine imagerie 3D, expérimentation physique et simulation informatique pour relier les empreintes fossiles à la physiologie et au mouvement des animaux. Le Dr Andreas Jannel y modélise le système musculo-squelettique des dinosaures à partir de leurs empreintes ; le Dr Ben Griffin y simule l’interaction entre le pied de l’animal et le sédiment, c’est-à-dire la façon dont la boue se déplace et se déforme sous le pas.
Les 7 et 8 septembre derniers, les trois chercheurs ont été accueillis par l’équipe de la Plage aux Ptérosaures pour deux jours de travail sur le gisement. Au programme : découverte du site, sélection des pistes à numériser (un choix d’autant plus difficile que les empreintes y sont nombreuses… et remarquables), puis prises de vues photographiques destinées à la modélisation 3D. Une visite de travail dont le site sort grandi : les campagnes qui s’y sont succédé cette année préparent les publications, les outils de médiation et les protocoles de demain.
« C’était phénoménal, véritablement certaines des plus belles pistes que j’aie jamais vues. Immenses remerciements à nos hôtes ! » a écrit le Pr Peter Falkingham, à l’issue de sa visite à Crayssac (publication sur son compte X, 10 septembre 2026)
Une telle effervescence ne doit rien au hasard. En 2025, la Communauté d’agglomération du Grand Cahors, l’Office de tourisme Cahors-Vallée du Lot et la Réserve Naturelle Nationale d’intérêt géologique du Lot ont décidé d’ouvrir les collections à l’ensemble des paléontologues de la planète, avec une ambition : lancer un nouveau cycle scientifique. Si la décision appartient aux trois structures, les partenariats ont, eux, été développés par le responsable du site. L’enjeu, après quelques années de retard, était double : reconnecter directement le gisement à la recherche et faire de chaque avancée scientifique la matière de nouveaux outils de médiation. La venue de l’équipe de Liverpool est le temps fort international de cette saison remarquable :
Janvier à juin : un stagiaire de Master 2 de l’Université de Rennes a étudié les pistes d’invertébrés du gisement, en coopération avec la Réserve Naturelle du Lot ;
18 au 24 mai : une campagne de fouilles co-organisée par Karin Peyer, paléontologue du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris et le responsable du site, a ouvert un nouveau cycle scientifique sur le gisement, dont les fouilles ont livré des découvertes uniques au monde.
7 et 8 septembre : l’accueil du Pr Falkingham et deux membres de son équipe liverpoolienne, références mondiales de la reconstitution du mouvement animal ;
8 et 9 octobre : le site accueille un doctorant de l’Université de Rennes, dont la thèse en préparation est consacrée en partie aux poissons de Crayssac.
Quatre temps forts en une saison : après cinq ans sans fouilles, le gisement a renoué avec la recherche en quelques mois, et chaque avancée alimente déjà de nouveaux outils de médiation.
Car la saison 2026 a aussi été celle des confirmations chiffrées. Au mois de juin, la première approche quantitative systématique du gisement, menée par le médiateur scientifique Gwendal Surzur et le responsable du site qui ont comparé Crayssac à l’ensemble des sites à empreintes de ptérosaures publiés dans la littérature scientifique, est venue démontrer ce que les spécialistes soupçonnaient depuis des années. Avec 10 000 à 15 000 empreintes recensées et des densités dépassant par endroits 250 empreintes au mètre carré, la Plage aux Ptérosaures concentre 65 à 73 % de toutes les empreintes de ptérosaures connues dans le monde, et 92 à 95 % de celles qui datent du Jurassique. À cette quantité s’ajoute une qualité rarissime : les empreintes des mains et des pieds y sont préservées ensemble, offrant une lecture complète du déplacement de ces animaux, avec des détails qui atteignent parfois une précision inframillimétrique. Mais le gisement ne se résume pas à ses « reptiles ailés ». Les dinosaures, les théropodes notamment, ont laissé à Crayssac des empreintes tout aussi exceptionnelles. Le verdict du Pr Falkingham, lui, ne faisait aucune distinction : « certaines des plus belles pistes que j’aie jamais vues », un jugement qui vaut pour l’ensemble des surfaces du site, ptérosaures et dinosaures confondus.
Car la Plage aux Ptérosaures n’est pas un musée vitrine : c’est un site de médiation au cœur de la science. Les centaines d’empreintes que les visiteurs découvrent, guidés, ne sont pas des pièces de collection figées dans le marbre : ce sont des archives scientifiques vivantes, mesurées, documentées et étudiées cette année encore par des équipes venues du monde entier. Cette année plus que jamais, la chaîne est courte et vertueuse : les campagnes de printemps et de septembre nourrissent directement le savoir des médiateurs, qui le traduisent pour tous les publics, du plus jeune âge aux spécialistes. Les visiteurs qui arpenteront le site pendant les vacances de la Toussaint marcheront ainsi sur des pistes fraîchement documentées, et comprendront que la recherche se fabrique là, sous leurs pieds, entre deux visites guidées.
« Voir débarquer à Crayssac les équipes qui font autorité dans le monde entier, c’est d’abord la reconnaissance de près de trente ans de travail de terrain. Mais notre rôle ne s’arrête pas là : nous sommes un site de médiation. Chaque visiteur repart d’ici avec une idée simple et forte : la science se fait ici, sous nos pieds, et elle est à la portée de tous » a conclu Alexandre Itier, responsable de la Plage aux Ptérosaures.
> Pour les vacances de la Toussaint
Date: du 19 au 30 octobre
Ouverture : du lundi au vendredi
Horaires et réservations : www.plageauxpterosaures.fr
4 types de visites : Visites «Enquêtes», «Les incontournables», «En toute intimité» et, pour les gourmands, le retour des «Chocosaures».
Réservation obligatoire : jauge limitée
> Les chiffres clés
150 millions d’années : Jurassique supérieur (tithonien)
10 000 à 15 000 empreintes de ptérosaures recensées sur le site
65 à 73 % des empreintes de ptérosaures connues dans le monde, dont 92 à 95 % du Jurassique
3 institutions scientifiques de premier plan associées en 2026 : Paris (MNHN), Rennes (Master 2 et doctorat), Liverpool (Falkingham)
Site classé en Réserve Naturelle Nationale d’Intérêt Géologique du Lot





