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Cet autre Lotois qui évangélisa la Chine


Moins connu que Jean-Gabriel Perboyre (1802-1840), Adolphe Rayssac fut missionnaire en Chine de 1890 à 1935. Evêque titulaire, il fit face aux premières révoltes communistes.

Né de parents cultivateurs à Lunan en 1866, on ignore si le jeune Adolphe Rayssac fut influencé par le destin tragique de Jean-Gabriel Perboyre, missionnaire lazariste originaire de Montgesty qui mourut crucifié à l’âge de 38 ans à Wuhan en 1840. Béatifié en 1889 par le pape Léon XIII, canonisé en 1996 par Jean-Paul II, le saint lotois qui était mort d’étouffement au terme d’un long supplice fut l’objet d’un regain de dévotion dans la mégapole chinoise quand survint en 2020 la pandémie de Covid-19 qui eut Wuhan comme épicentre…

A défaut d’être vénéré après sa mort, Adolphe Rayssac fut honoré de son vivant. Nommé évêque dès 1915, il fut aussi reconnu comme serviteur de la France et fait chevalier de Légion d’honneur en 1935. Il avait rejoint le séminaire des Missions Etrangères de Paris à l’été 1887. Ordonné prêtre deux ans plus tard, il embarque pour Canton en décembre 1889. Sur place, le jeune missionnaire ne perd pas de temps. Il apprend la langue, s’adapte au contexte particulier de cette nouvelle contrée et en 1893, il prend la charge du district de Loc-fung qui compte alors moins de 2000 chrétiens…

Le Lotois n’économise pas son énergie. Et son dynamisme sera d’ailleurs vite apprécié. En 1915 il est nommé « évêque titulaire » (c’est-à-dire sans diocèse). Une distinction qui n’est pas neutre mais au quotidien, le voilà dès lors vicaire apostolique de Swatow (aujourd’hui Shantou, au nord-est de Hong-Kong). Dans le très docte et sérieux bulletin des Missions catholiques de l’Œuvre de la propagation de la foi, publié à Paris, un Français établi à Canton, Régis Gervaix, publie ce portrait louangeur du missionnaire lotois. « Voici, esquissée en quelques traits, la physionomie du premier vicaire apostolique de Tchao- tcheou. De taille au-dessus de la moyenne, la barbe et les cheveux grisonnants, l’œil un peu lointain, mais doux, sous l’arcade sourcilière, le verbe franc et méridional, Mgr Adolphe Rayssac inspire tout d’abord confiance et sympathie. L’aisance naturelle de son maintien confirme l’idée qu’on se fait de sa droiture et achève de revêtir d’intimité sa conversation piquante. Missionnaire positif, d’un zèle peut-être plus éclairé que hardi, théologien serré dans la logique et le bon sens, caractère sans inquiétude, tenace sans raideur, il continua, vingt-quatre années durant, dans le même poste de Lok-fung, l’œuvre de ses prédécesseurs et l’y développa considérablement. Ce poste compte aujourd’hui près de 5000 néophytes. »

« C’est là, qu’en 1902, il faillit être mis à mort. Poursuivi par ses agresseurs et traîné dans les rues de la ville, il ne dut son salut qu’à l’intervention opportune d’un mandarin. La religion sainte qu’il voulait implanter en ces régions, en devançant l’hérésie qui n’avait pu s’y fixer, y reste aujourd’hui solidement fondée sur la trace de ses pieds saignants. Tout fait donc prévoir que le nouveau pontife réalisera les plus optimistes espérances. Et, fort de sa foi en Dieu, foi qui explique sa touchante devise : Deo Juvante (« Dieu aidant »), fort du concours assuré de ses vingt-cinq collaborateurs du même cœur que lui, il abordera sa besogne ardue, mais accessible à l’énergie persévérante des enfants du Quercy. La besogne est ardue, car tout manque à la nouvelle Mission : séminaire, école, évêché, catéchistes… Hélas… Mais plus lard, et bientôt, je l’espère, quand la Victoire ailée aura flotté sur nos frontières et que nos bienfaiteurs, maintenant épuisés, auront repris haleine, alors, je leur dirai les besoins urgents de la plus jeune Eglise de Chine. »

Dans le même numéro du Bulletin, est reproduite une lettre de Mgr Rayssac lui- même : « Demain, je pars pour Tchao-tchéou. Je vais assumer le lourd ministère qui m’incombe. Il s’agit d’organiser une mission qui n’a pas d’autres ressources que celles que la Providence voudra lui envoyer. Et je ne suis nullement préparé à une tâche si écrasante. Toute ma vie de missionnaire, déjà longue (vingt-cinq ans), s’est passée dans un district perdu dans les montagnes. Jours heureux, hélas! Je me sens fléchir sous le fardeau. Par charité, priez pour moi ! Demander à Dieu que je ne sois pas un serviteur trop indigne. Trop au- dessous de sa tâche. »

Le Lotois est modeste, mais il va faire tout ce qu’il peut. Ainsi, dès 1916, dans le même organe, Adolphe Rayssac fait publier un texte évoquant la situation politique en Chine, où l’instabilité du pouvoir se double des menaces que font peser les rebelles communistes. Avec ce récit, joliment troussé, il s’agit de solliciter la générosité des lecteurs donateurs, car malgré la Première guerre, seule cette manne peut financer l’action du vicaire. D’autant que les Allemands, même en Chine, non seulement aident le pouvoir en place, mais font tout pour y dénigrer les missionnaires venus de France… « Swatow, 18 octobre 1916. Nous venons de clore le second exercice de la jeune Mission de Swatow et les résultats en sont fort consolants. Tous les chiffres sont supérieurs à ceux de l’an dernier et le nombre des baptêmes d’adultes a presque doublé. Grâces en soient rendues à Dieu! Et pourtant ce n’est pas au milieu du calme que s’est accompli notre travail. Nous venons de traverser encore une révolution, la troisième ou la quatrième, je ne sais plus bien… il devient difficile de les compter ! Peut-être un court résumé des événements intéressera-t-il les lecteurs des Missions catholiques ? Nommé président de la République pour cinq ans et s’en étant généreusement octroyé cinq autres, Yuan-Ché-Kai gouvernait la Chine en dictateur, quand il eut la malencontreuse idée de vouloir rétablir l’Empire à son profit. Il avait juré, à sa nomination, de maintenir la République et ce serment n’était pas sans le gêner… pour la face. Il fallait qu’il parût avoir la main forcée. »

« Des amis s’empressèrent de lui rendre ce service. Ils organisèrent une sorte de plébiscite et le résultat fut merveilleux. Même la province de Canton, la plus républicaine de toutes, demanda le rétablissement de la monarchie au profit de Yuan. Il fut donc entendu que le peuple suppliait Yuan de monter sur le trône. Yuan se laissa toucher et se prépara à ceindre le diadème. Mais, à un empereur, il faut une cour. Yuan créa à tour de bras et des maréchaux et des ducs et des princes. Il fallait un trône. Yuan s’en commanda un magnifique et qui coûta fort cher. Il fallait un habit d’empereur. Guillaume Il en offrit un de toute beauté pour le couronnement. Il fallait un nouveau drapeau ; on délibéra sur sa forme et… sa couleur longuement, trop longuement. Le temps que Yuan dépensait en palabres, ses adversaires l’employaient à agir. Ils eurent le temps de se compter et se trouvèrent nombreux, puissants. »

« Les premières révolutions avaient été des révolutions militaires à la suite desquelles les officiers généraux s’étaient emparés des postes les plus importants. Ils gouvernaient les provinces en roitelets à peu près indépendants. La perspective d’un empereur n’avait pour eux rien de séduisant, loin de là ! Leur situation risquait fort d’être compromise ; en tout cas, leurs attributions seraient à coup sûr diminuées. Yuan empereur était autrement redoutable que Yuan président. Aussi, plusieurs d’entre eux, qui l’avaient chaleureusement approuvé quand il paraissait devoir réussir, se tournèrent-ils contre lui dès qu’ils virent la possibilité de l’arrêter. Le signal partit du Yun-Nan. Les journaux ont raconté les péripéties de la lutte. Bientôt Yuan dut renoncer à ses ambitieux projets et proposer lui-même le maintien de la République. Trop tard ! Ses adversaires connaissaient maintenant leurs forces et ne voulaient plus de lui, même comme président. Il mourut, Dieu sait comment, juste au moment où il était acculé à la démission. Ly-yuen-fong, vice-président, lui succéda. (…) Au milieu de ces bouleversements, nous continuons, du mieux que nous pouvons, l’œuvre de Dieu, et le Maitre se plaît à bénir nos travaux. Je tâche d’organiser notre jeune Mission. Je ramasse sou par sou de quoi bâtir un séminaire. Un de mes missionnaires, quelque peu architecte, aidé de quelques ouvriers chrétiens qu’il a formés, répare et agrandit ce qui sera notre maison commune. Les travaux avancent peu à peu… depuis dix-huit mois… En attendant, nous nous logeons, tant bien que mal, dans ce qui fut jadis une école. Ma chambre mesure presque trois mètres en largeur… Notre-Seigneur n’avait qu’une étable… »

A la même époque, le prélat fera publier un compte rendu sur les terribles inondations qui ravagent la région. Toujours-est il qu’il réussit à y développer le nombre d‘églises, d’établissements religieux et de fidèles. Hors un pèlerinage en Terre sainte, en 1925, il se consacre sans relâche à sa mission jusqu’en 1935. A cette date, il se voit secondé par la nomination d‘un coadjuteur puis il se rend en Europe pour être reçu au Vatican puis participer à une série de réunions en France. Avant, pense-t-il, repartir en Chine. Mais alors qu’il débarque à Marseille il est victime d’une attaque et en reste hémiplégique. Contraint à la démission, à 69 ans, il se retire alors dans une maison de retraite des Missions à Montbeton, dans le Tarn-et-Garonne, tout près de son Quercy natal. Il y décède en juin 1941. « Nous recommandons l’Ame du vénéré défunt aux prières de nos lecteurs » lit-on dans le quotidien La Croix qui annonce son décès.

Ph.M.

Sources : Site Gallica BNF, site de l’Institut de recherche France-Asie (des Missions Etrangères de Paris).

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