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Ce Lotois qui fut le (vrai) patron du Normandie


Henri Cangardel (1881-1971) dirigea l’autre CGT : la Compagnie Générale Transatlantique. Passionné par la marine commerciale, il écrivit également plusieurs ouvrages de référence.

Où l’on constate, d’un dimanche l’autre, que les Lotois sont aussi des hommes de mer, avides de grandes traversées. Après le vice-amiral Joubert natif de Duravel, voici Henri Cangardel, natif de Marminiac. Non pas que le Quercy lui semblât trop petit, mais ce fils de notaire avait besoin, envie de humer l’air du large. Et après une licence en droit, il rejoint en 1902 l’École d’administration de l’inscription maritime.

A sa sortie, il enchaîne les postes de haut fonctionnaire des affaires maritimes dans différents ports de la métropole et de l’Empire, comme on disait alors : Bordeaux, Alger, Royan… Connexions lotoises obligent, en 1913, il est un temps chef-adjoint du cabinet du secrétaire d’État à la Marine marchande. Un certain Anatole de Monzie. La Première guerre n’interrompt pas cette carrière brillante et en octobre 1918, il est promu administrateur principal de l’inscription maritime. Henri Cangardel s’oriente ensuite vers l’armement maritime et commercial et la construction navale, directeur général de la Société « Les Armateurs Français » (1920-1922), administrateur délégué de l’Union française maritime (1922), et fondateur, en 1925, de l’Union industrielle maritime (U.I.M.).

Mais son mandat le plus exaltant, celui qui lui permet d’entrer dans l’histoire, c’est en 1933 qu’il débute. Le Lotois intègre la direction de la Compagnie Générale Transatlantique. Il y supervise le chantier puis les essais du paquebot Normandie, appelé à rivaliser avec les grands navires anglais ou américains. Dans son édition du 14 mai 1935, Paris Soir, l’un des plus grands quotidiens d’alors, obtient un entretien avec le grand homme… Le titre évoque la vitesse atteinte par le puissant paquebot qui lorgne sur le « Ruban bleu », cette distinction accordée aux transatlantiques les plus rapides :

« « NORMANDIE » durant ses essais de vitesse a dépassé 32 nœuds ».

Vainqueur de tous les éléments, l’eau, le vent, la foudre

« Dans son bureau de la rue Auber, où tout évoque la mer, les horizons lumineux, les étraves qui fendent la lame, M. Cangardel, directeur de la Compagnie Générale Transatlantique, a bien voulu nous parler du paquebot « Normandie ». – Comme vous le savez, me dit-il, je débarque du bâtiment. J’ai assisté à ses essais. Malgré le travail complexe et délicat que me valent les déplacements de notre paquebot et son prochain départ, je ne puis que me féliciter des résultats obtenus. Non seulement le commandant Pugnet, dont j’ai pu, une fois de plus, admirer les qualités d’homme et de chef et l’admirable maîtrise, a réussi à obtenir une remarquable vitesse et à la maintenir, mais il a su prouver que son bâtiment avait une facilité étonnante d’évolution. La tenue à la mer est parfaite. »

« Décidément, le paquebot « Normandie » a dépassé largement les espoirs que nous avions mis en lui. Vous nous avez vu sortir du port de Saint-Nazaire. Vous nous suiviez en avion, vous avez pu voir de haut combien était difficile le passage de ce chenal courbe. Je dois donc rendre hommage au ministère des Travaux-publics – et tout particulièrement à M. Watier, directeur des ports – dont les services, par leurs travaux de dragage et de balisage, nous ont facilité la besogne et ont permis à notre belle unité de gagner la haute mer. »

« De Brest aux côtes d’Espagne. Je ne vous ferai pas de poésie sur les circonstances des premières heures de notre voyage. On a déjà écrit que, pour son baptême de la mer, le paquebot « Normandie » avait eu à vaincre tous l’es éléments à la fois, l’eau, le vent, la foudre. Cap à la lame et droit devant nous, nous avons gouverné sur la base des Glénans où devaient avoir lieu des essais préliminaires.Ces essais eurent lieu sur la base de Penmarch par un temps magnifique. Le commandant Pugnet était radieux. Grâce au concours de la marine militaire, qui nous a aidé dans une très large mesure, nous avons pu faire autour des bases un premier réglage des appareils moteurs et des compas. Puis nous avons touché Brest où nous avons embarqué la commission d’essais et fait notre plein de mazout. Le lendemain, à 9 heures, par un soleil printanier, nous appareillions de nouveau vers le sud. Je vous l’ai dit, le matin nous étions à Brest ; le soir, à minuit, nous croisions sur les côtes d’Espagne ! Après avoir reconnu les feux du cap Finisterre, nous virâmes de bord et, le lendemain matin, nous étions encore sur la base des Glénans, pour les essais à toute puissance. »

La bataille du Ruban bleu

« 32 nœuds. Minute émouvante, comme vous le pensez. Nous nous demandions ce que ça allait donner. Et puis les résultats furent surprenants. Nous n’avions pas entièrement poussé les chaudières que déjà « Normandie » se cabrait, filait. Soudain, nos appareils enregistrent une vitesse nettement supérieure à 32 nœuds. C’est la victoire. Désormais, nous étions sûrs de battre le record du monde. D’ailleurs, durant plusieurs heures, le navire a maintenu la moyenne surprenante de 31 nœuds 32. Cette vitesse a été réalisée avec une aisance d’évolution telle que le paquebot ne produit même pas de remous ; à peine une fine moustache sous l’étrave. Les bateaux de pêche que nous avons croisés n’étaient nullement gênés dans leur navigation. »

« Que vous dirai-je encore ? Que nous avons été heureux de l’honneur d’avoir à notre bord M. William Bertrand, ministre de la Marine marchande, et aussi M. Rio, le président de la commission de la Marine à la Chambre, qui a bouclé, à la voile, le tour du monde. – On a écrit, monsieur le directeur, qu’à grande vitesse « Normandie » vibrait. – Ce n’est pas exact. Lorsqu’il est lancé à toute puissance, les deux tiers du navire n’ont aucune réaction. Seules quelques vibrations sont perceptibles sur le dernier tiers arrière, mais il nous sera très facile d’y remédier. – Et le ruban bleu ? « Normandie » va-t-il remporter le trophée ? M. Cangardel, cette fois, ne répond plus. Un sourire plein de mystère plisse ses lèvres. Faut-il l’interpréter comme une affirmation ? Yann Loranz. »

De fait, quelques semaines, pour sa croisière inaugurale, le Normandie obtient le fameux ruban quand il atteint New-York. Les années suivantes confirment le leadership de ce fleuron de flotte civile française. C’est devenu alors un must que de l’emprunter pour gagner l’Amérique. Le même « Paris Soir » enfile donc sa plume de gala le 19 décembre 1937 pour décrire le brillant aréopage qui embarque pour aller passer les fêtes à New-York… « Si les quais transatlantiques de la gare Saint-Lazare étaient noirs de monde, si les deux trains spéciaux sont partis complets, si l’on ne vit jamais autant de personnalités diverses faire ensemble le même voyage, c’est que « Normandie » arrivera à New-York pour le Réveillon et qu’il permettra à chacun de fêter « Christmas » et le « New happy year » dans le joyeux pays de l’oncle Sam. Les New-Yorkais verront arriver des voyageurs que nous n’avons pas vu partir, car « Normandie » fait escale à Southampton, et là il aura embarqué d’autres passagers : le champion poids lourds de l’Empire britannique, Tommy Farr, qui se rend en Amérique pour combattre Jimmy Braddock le 21 janvier ; Victor Mac Lagien, venu spécialement à Londres pour tourner un film et qui retourne à Hollywood ; Lady Asher et son mari Douglas Fairbanks, dont on laisse entendre un prochain retour à l’écran ; June Nnight, qui fut la partenaire de Maurice Chevalier dans la version américaine du film de René Clair « Le Mort en fuite », et Lewis Milestone, le fameux metteur en scène de « A l’Ouest, rien de nouveau ».

Une star née à Figeac monte à bord

« Mais revenons à la gare Saint-Lazare. Voici notre grand Charles Boyer, entouré, harcelé, fêté, embrassé, bousculé. On voudrait le questionner, lui demander ses projets américains, mais il faut y renoncer, et c’est Anatol Lit-vak, le metteur en scène de « Mayerling », qui nous parle de lui : « Ni Charles Boyer ni moi ne savons très bien ce que nous allons faire à Hollywood, tout dépendra de la décision de notre producteur, mais il se confirme aux dernières nouvelles que nous tournerons, lui comme vedette, moi comme metteur en scène, une comédie américaine : « Amazing Doctor Cliter-House. ». Il y a une chose qu’il m’est très agréable de voua faire remarquer : il y a deux ans, Danielle Darrieux, Charles Boyer et moi tournions à Paris « Mayerling ». Ce film a eu tant de succès en Amérique qu’aujourd’hui nous nous retrouvons tous les trois engagés à Hollywood, et par les firmes différentes. »

« Pat Paterson, manteau de vison et costume tailleur sombre, accompagne bien entendu son mari avec les sept malles qu’elle a garnies des dernières nouveautés de la mode parisienne ! Et si Antoine de Saint-Exupery, qui doit aussi s’embarquer sur « Normandie », n’est pas visible, on aperçoit Mme Alexis Carrel, qui va rejoindre le grand savant, son mari, pour l’aider dans les travaux qu’il a repris à New-York avec Lindbergh, la cantatrice noire Mario Anderson, M. C.-J. Davissa, récent Prix Nobel de physique, la violoniste Yvonne Astrue, l’écrivain Pierre Lyautey, le metteur en scène Diamant Berger, qui espère réaliser à Hollywood ne version américaine des « Trois Mousquetaires » avec Clark Gable, Robert Taylor, Gary Cooper et Wallace Beery. »

La Seconde guerre a eu raison du Normandie

« M. Campinchi, ministre de la Marine, est arrivé en gare du Havre ce matin à 10 heures. Le ministre s’est immédiatement rendu, en automobile, à bord du paquebot « Normandie », en partance pour New-York, reçu par M. Cangardel, directeur général de la Compagnie Général Transatlantique. Le ministre a visité le paquebot à bord duquel un déjeuner lui a été offert. Cet après-midi, M. Campinchi assistera, du sémaphore, au départ de « Normandie » puis, après avoir visité des chantiers de constructions navales et les organisations de la défense nationale, il sera reçu, à 18 heures, à l’hôtel de ville du Havre par la municipalité, et présidera, le soir, l’assemblée générale des comités radicaux et radicaux-socialistes. Le ministre repartira demain matin pour Rouen. M.D. »

La deuxième guerre mondiale met un terme à cette belle aventure. Le Normandie n’en réchappera pas. Henri Cangardel si. Il occupe encore différentes fonctions à la Libération. On ignore alors que le France qui succèdera au Normandie arrivera trop tard pour concurrencer l’avion.

Patron de l’IUM jusqu’en 1967, président honoraire de la Compagnie CGT jusqu’à cette même date, le Lotois qui fut commandeur de la Légion d’honneur et président de l’Académie de Marine laisse plusieurs ouvrages : Histoire économique de l’Inscription maritime (1905) et Influence de l’inscription maritime sur la puissance navale de la France (1906) mais aussi un recueil de souvenirs plus personnels, évidemment consacré au Normandie : De Colbert à Normandie, études et souvenirs maritimes (1957). Ses deux fils, Pierre-Edouard et Maurice, ont accompli également de brillantes carrières dans le même domaine.

Ils sont inhumés aux côtés de leur père et de leur mère, au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Le Lot s’est donné de brillants conquérants dans l’armée de terre, un roi de Naples, et donc aussi, un grand patron de la marine commerciale…

Ph.M.

Sources : site Gallica BNF.

Photo : La Seconde guerre a prématurément stoppé la carrière du Normandie, fleuron de la CGT que dirigeait le Lotois (en médaillon).

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