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Cahors : Des professeurs du lycée Clément Marot « enterrent le baccalauréat et la confiance »


Ils soutenaient aussi leurs 9 collègues.

Après s’être baillonnés symboliquement le 28 janvier – afin de soutenir 9 de leurs collègues qui  suite à leur manifestation contre l’E3C (Epreuves Communes de Contrôle Continu) le 21 janvier ont reçu un courrier de la part du rectorat, leur rappelant leur devoir d’exemplarité, leur devoir de réserve, et le fait d’avoir fait une intrusion… dans leur propre établissement -, des professeurs de Clément Marot ont organisé une action toute aussi symbolique ce 30 janvier.

Ils ont, en effet, organisé « l’enterrement du baccalauréat  et de l’école de la confiance ». Carmina Burana, lunettes et costumes noirs, foulards, et pancartes aux messages explicites : « RIP Baccalauréat national », Sois prof et tais toi », « école en deuil »… faisaient partie de la mise en scène.

Bernard Delpech a lu l’éloge funèbre : « Aujourd’hui nous sommes réunis, non pour enterrer le baccauréat de Napoléon Ier, d’emblée défini comme le premier grade universitaire en 1809 et créé pour former l’élite de fonctionnaires et d’officiers d’Empire, nous sommes ici pour célébrer celui de 1919, qui donna aux filles le droit de passer le même examen que les mâles avec les mêmes épreuves. Ce baccalauréat permet chaque année à deux tiers des jeunes d’une même classe d’âge d’obtenir ce précieux sésame. Nous célébrons aussi à notre manière les hussards noirs de la République, honorés par Charles Péguy : « Nos jeunes maîtres étaient beaux comme des hussards noirs. Sveltes, sévères, sanglés, sérieux et un peu tremblants de leur précoce, de leur soudaine omnipotence ». Comme vous aujourd’hui ! Hussards noirs ! En effet, leur uniforme était bien noir, jusqu’à la casquette, un uniforme civique. Ils « étaient vraiment les enfants, ces nourrissons de la République, ces hussards noirs de la sévérité ». Comme nous le sommes aujourd’hui dans notre sobriété et notre solennité !

Ce noir, nous le vêtons aussi pour dénoncer la réforme dite des E3C, qui, par son impréparation et son amateurisme, laisse dans l’ignorance des attendus des épreuves, les enseignants, les élèves et leurs parents. Nous dénonçons une série de dysfonctionnements : l’ouverture de la BNS avec plus d’un mois de retard, la rupture d’égalité entre les établissements donc entre les élèves, la fuite des sujets, l’absence de corrigés dont les grilles d’évaluation sont laissées à l’appréciation des équipes pédagogiques locales, la surcharge de travail liée aux évaluations en parallèle avec celles des autres classes et des cours qui se poursuivent à côté…

Le noir que nous broyons est aggravé surtout par le mépris avec lequel, nous, premiers de corvée, sommes traités par notre ministère de tutelle dont l’unique méthode de communication est l’injonction permanente et l’intimidation. Le pire est très certainement l’absence de dialogue et le refus de répondre à nos questionnements. La caporalisation de l’institution scolaire, inédite depuis Vichy, est vécue comme une brutalisation des esprits, insupportable à nos yeux, violence sourde adressée à un corps en souffrance. L’exemple donné la semaine dernière par un courrier du Recteur de l’Académie de Toulouse, adressé à 9 de nos collègues, est inacceptable. Intimidation et menace de sanction pour masquer incohérence et dysfonctionnement.

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Le noir, enfin, est celui du mal être, de la souffrance au travail aggravés par la maltraitance faite aux personnels exaspérés par la généralisation d’un « new public management » qui broie l’individu. On ne peut conduire le pilotage du système éducatif par la mise au pas des enseignants sans s’appuyer sur leur professionnalisme. Il ne fait qu’aggraver le sentiment de « brown out », de perte de sens du cœur de notre métier, la pédagogie, par la multiplication de « missions » sans les moyens afférents. Nous ne sommes pas des « missionnaires », je déteste la position du missionnaire. Qu’attend notre institution pour que notre souffrance soit audible et notre inquiétude une alerte manifeste ? Notre désarroi est à la hauteur de notre ambition pour l’école de la République et de sa devise «Liberté, Egalité, Fraternité », disparue de notre fronton depuis quelques jours. Camarade, cher.e collègue, nous ne nous laisserons pas intimider par une administration sourde et autiste. Notre sens des responsabilités et notre solidarité sont sans faille. Notre combat est juste. Résistons ! » Après une minute de silence, le Chant des partisans a résonné et sonné le glas de la manifestation.

Photo @DR

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