Le député du Lot explique les raisons de son choix dans une lettre ouverte au 1er ministre.
Aurélien Pradié, député du Lot, annonce qu’il va voter les motions de censure déposées par le RN et LFI. Il explique les raisons de son choix dans une lettre ouverte adressée au 1er ministre :
« M. le Premier Ministre,
Aujourd’hui, je voterai la censure. Et si je m’adresse directement à vous, c’est parce que vous êtes le premier responsable de ce choix
À vos yeux, que valent les députés de la Nation ?
En brandissant la menace de la dissolution vous espérez museler les élus du Peuple. C’est commettre une grande faute. D’abord, une faute institutionnelle, car le gaulliste que vous prétendez être devrait se souvenir que seul le Président de la République peut dissoudre.
Les ruptures constitutionnelles sont, chaque jour ou presque, si nombreuses que ce qui hier était essentiel nous parait devenu dérisoire. Ne perdez pas de vue nos fondamentaux. Le chantage à la dissolution n’est pas un détail d’autant qu’il vient porter atteinte à une autre élection essentielle, celle des maires de notre pays. C’est une entorse fondamentale.
En brandissant la menace de la dissolution, vous avez commis une faute morale. Vous laissez entendre que ce qui compte d’abord pour les députés, serait le seul sauvetage de leur siège. Leurs convictions profondes ou T’intérêt supérieur du pays passeraient après leur survie électorale.
Non, Monsieur le Premier ministre, les députés ne détalent pas au premier coup de tonnerre. Nous sommes quelques-uns à avoir affronté l’élection, plusieurs fois, ne cédant ni à l’opportunisme des ralliements ni à la facilité des accords de partis. Nous avons été élus, et pour certains réélus plusieurs fois. La droiture fait la confiance.
Le propre d’un élu du Peuple est de ne jamais craindre de revenir vers le Peuple. Vous disiez respecter l’Assemblée Nationale. Je vous ai cru. Sauf qu’il n’y a pas de respect là où il y a la menace.
La situation politique la plus précaire n’est pas celle des députés. C’est celle d’un gouvernement sans majorité, cornaqué par les marchandages de boutiquiers et devenu gestionnaire impuissant de la fatalité. Je voterai la censure, pour vous démontrer qu’un député vaut bien plus que sa propre place.
L’entrée en vigueur du Mercosur dit tout de notre effondrement. Il ne s’agit plus seulement de la défense de nos intérêts économiques, de notre sécurité alimentaire ou de l’avenir de filières agricoles. Il s’agit de notre souveraineté. L’accepter, c’est abdiquer. La gestion calamiteuse de la crise agricole depuis des semaines vient ajouter à la forfaiture. La France a fait semblant de s’opposer. Depuis des années, nous prenons le chemin fatal de l’acceptation de cet accord délétère. Les postures récentes et le refus de saisir la Cour de Justice européenne disent tout de la tromperie. Je n’accepte pas d’être complice d’une telle capitulation.
Je voterai la censure, parce que je considère que la France ne peut pas s’effacer quand il s’agit de l’essentiel. Notre alimentation, notre puissance agricole et notre souveraineté politique sont cet essentiel.
Certes, aucune des deux motions de censure présentées aujourd’hui par le RN ou LFI n’est à la hauteur de l’avenir que nous avons à bâtir. Je sais l’incompétence des uns et la trahison républicaine des autres. Mais je sais aussi que rien de sain, rien de prometteur, rien d’ambitieux ou de courageux ne pourra être construit si cette lamentable époque politique ne finit pas enfin.
Les grandes démocraties ne meurent jamais des crises politiques. Même des plus brutales. Non, elles étouffent de la lente accoutumance au pire. Elles meurent du poison mortel de la pente lente. De l’absence de sursaut.
Vous parlerez de stabilité. Quelle stabilité? La stabilité dans le pire n’est pas la stabilité; c’est une désertion qui ne dit pas son nom.
Je ne crains pas les fins d’époque. Et, si vous êtes aussi gaulliste que vous le dîtes, vous ne devriez pas les craindre non plus. La Vème République et la reconstruction institutionnelle, sociale, agricole, industrielle, internationale de la France qui l’ont suivi s’est faite grâce à l’effondrement de la IVème République. Et ce sont les gaullistes, précisément, qui ont espéré la fin d’une époque pour en bâtir une nouvelle. Il est impossible d’écrire une nouvelle page d’épopée nationale en raturant, indéfiniment, sur le mauvais scénario d’une époque finissante.
La responsabilité a changé de camp. Elle n’est plus, désormais, du côté de ceux qui cherchent la survie; elle est du côté de ceux qui affrontent le changement.
Il y a urgence. Sur chacun des grands sujets du moment, il y a urgence vitale. Plus rien – ou presque -, n’est sous contrôle. La faillite est là. Nous ne pouvons plus et nous ne devons plus attendre.
Voter la censure n’est pas une finalité : c’est seulement l’alarme que tous les patriotes lucides se doivent de sonner. Quand le désastre est là on ne ferme pas les yeux ; on les ouvre en grands. On réagit et on agit.
Monsieur le Premier Ministre, aimer la France, c’est refuser de la gouverner par la peur. Par la menace. Par la ruse. Par le marchandage.
La France est trop grande pour s’habituer à ce spectacle petit. »
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