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Au château de Béduer, des vacances de standing et hors norme (pour femmes seulement)

Ni hommes ni enfants… mais un dépaysement apprécié par une riche clientèle étrangère.

2400 euros par personne la (petite) semaine (6 jours, 5 nuits) : ce n’est pas ce qui s’appelle un tarif bon marché. Mais il y a des luxes… qui n’ont pas de prix. Littéralement. En l’occurrence, celui, pour des femmes venues seules ou avec des amies, de séjourner dans un domaine séculaire mais cossu, au cœur du Quercy et de la vallée du Célé, de s’y adonner à des activités divertissantes (peinture, yoga, randonnées, ateliers confiture… à moins tout simplement de préférer la piscine) et, enfin et surtout, d’être soustraites au regard patriarcal de la gente masculine.

Le concept est simple, d’une certaine façon. La fondatrice et dirigeante de la société Camp Château dont le siège est à Béduer, Philippa Girling, le résume en une formule choc : « Venez comme vous êtes ! » Avocate et cadre supérieure dans le secteur bancaire aux Etats-Unis pendant trente ans, celle qui passa longtemps ses vacances en famille dans le sud de la France explique : « Le secteur bancaire est très patriarcal. J’ai mis du temps à me dire que je n’avais peut-être pas toujours tort. Que mon opinion méritait d’être entendue et qu’elle comptait. Que j’avais peut-être de la valeur », a-t-elle confié au site spécialisé Follow The Founder (traduction littérale : « Suivez le fondateur »). Et le déclic survint quand ses enfants sont entrés dans la vie active : « J’ai quatre filles et un enfant non binaire qui s’apprêtaient à intégrer le même secteur d’activité que moi. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé, avec effroi, que les choses n’évoluaient pas assez vite. Alors, je me suis investie dans les initiatives en matière de diversité, d’équité et d’inclusion. J’ai commencé à parrainer des groupes d’employés LGBTQIA+. Je faisais tout ce qu’il fallait. Mais j’avais l’impression que ce n’étaient que de timides avancées. Et une évidence s’est imposée : ce n’est pas ce que je ferais toute ma vie. »

Un chiffre d’affaires de plus de 2 millions

La suite ressemble à une success story à faire pâlir tout entrepreneur. Faut-il avoir la bonne idée au bon moment. En pleine pandémie du Covid, alors en vacances en France, Philippa tombe sur une annonce : le château de Béduer est à vendre. Elle le visite. C’est le coup de cœur. Reste à peaufiner le concept avec des amis et d’emblée, grâce notamment à une communication numérique très efficace, on va se bousculer pour venir passer quelques jours dans cette si charmante et typique campagne lotoise. Entre femmes. Les réservations pour 2026 sont déjà quasi bouclées et des listes d’attente sont ouvertes pour 2027.

Entre femmes, mais seulement majeures. Et de toutes orientations. S’il existe une version du site Internet dédiée pour la communauté LGBT, on y lit que la notion de respect doit être mutuelle. Pas d’exhibitionnisme. On peut être ensemble, en couple, mais certains moments intimes… ont vocation à le rester.

A raison de 50 vacancières par semaine de mai à octobre, nous estimons le chiffre d’affaires annuel à plus de 2,5 millions d’euros. Rien d’étonnant à ce que la société ait vite songé à décliner le concept sur ce créneau porteur : elle a acquis le château de Camon dans l’Ariège qui affiche déjà complet pour cette première année d’exercice. Sur le site Tripadvisor, sur la page du château de Béduer, les notes sont toutes proches de 5 sur 5. On a relevé un seul commentaire réservé, signé d’une vacancière qui trouve le tarif un peu exagéré. Surtout que le château de Béduer est coquet, son jardin bien entretenu mais d’une surface habitable somme toute modeste. Du coup, ce séjour inclusif et « All inclusive » inclut… un sens aigu de la vie en commun : on doit accepter de coucher dans des chambres partagées comptant jusqu’à cinq lits.

Il en faudrait davantage pour effrayer une clientèle majoritairement américaine et nord-européenne, au pouvoir d’achat aussi étoffé que sa capacité à s’émerveiller d’une balade en canoë, d’un pot de confiture fait maison ou d’une matinée sur le marché de Figeac qui ressemble à une immersion dans un roman  d’aventure du XIXe siècle. Dans leur bulle, les touristes évoquent une plongée dans un monde qu’elles n’imaginaient accessible : « Un endroit idéal pour se détendre totalement et /ou pratiquer toutes les activités possibles. À vous de jouer. J’ai essayé de faire un peu des deux. Il n’y eut aucun souci, juste un grand groupe de femmes qui s’amusaient toutes et se sentaient libres de lâcher prise pour profiter de ce moment sans crainte d’être jugées. Des vacances très spéciales pour moi mais que je chérirai toujours dans mes souvenirs ! » note une certaine Kathy sur Tripadvisor.

Des retombées locales spectaculaires

Bref, tout le monde est content. Un coup de génie en terme de marketing, et pour les habitants de Béduer et des environs, une manne providentielle. « C’est leur 4e saison, et nous ne pouvons être que ravis. Quand le château a été racheté, on craignait que ce joyau du patrimoine local devienne un repaire replié sur lui-même » explique le maire Benoit Normand. « Or, c’est tout le contraire. Les retombées économiques sont patentes avec 25 emplois (permanents ou saisonniers) qui profitent à la population, et une grande majorité de vacancières qui au château ou quand elles en sortent, font travailler les commerçants et les producteurs du cru. Par ailleurs, nombre d’animations culturelles ou gourmandes sont ouvertes au public. Sans compter des visites ou des conférences ou encore, hors l’été, des plages horaires où les enfants des écoles ont la faculté de profiter des extérieurs… En juin, la fête de la musique sera d’ailleurs organisée au château. Enfin, la fondatrice Philippa Girling a déjà acquis et ainsi sauvé le café-restaurant du village – qui reste ouvert à tout un chacun – et elle devrait faire de même avec la boulangerie, quitte à la transformer en magasin plus généraliste. »

« C’est une très belle réussite pour tout le monde » conclut le maire. Béduer, 750 habitants, vit un rêve éveillé. Comme les clientes de ce paradis sur terre qu’ont su imaginer Philippa Girling et ses associées. Sur le chemin de Saint-Jacques, les randonneurs et pèlerins savent désormais que le château de Béduer ne fut pas seulement durant la dernière guerre le refuge de l’écrivaine Jeanne Loviton, amante de Paul Valéry, et de Lotte Eisner, exilée juive allemande qui vint y cacher les films de la Cinémathèque française. De nos jours, c’est un florissant et joyeux bastion de la lutte contre le patriarcat.

Ph.M.

Site : autres informations sur le site Camp Château

Photo : page Facebook Camp Château

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