Retour sur l’édition 2026.
Les habitués ont préparé leurs coussins et leurs plaids. Le théâtre de verdure est déjà rempli et les spectateurs continuent de s’installer de part et d’autre sur l’herbe. Ce soir-là, ils sont venus voir Le Corset, film d’animation qui raconte l’histoire d’un adolescent vivant dans une ferme de la Beauce, confronté aux difficultés financières de ses parents agriculteurs et au corset qu’il doit porter pour tenir son dos droit.
Cette projection a été l’un des temps forts de la 42e édition des Rencontres cinéma de Gindou, qui s’est achevée samedi. « On ne montre pas souvent des films d’animation en plein air », souligne Marie Virgo, co-directrice de Gindou Cinéma. Le choix du film a pourtant trouvé son public. A l’issue de la projection, Aymeric a du mal à rassembler ses idées. « C’est beau, tout simplement. Le dessin est d’une grande douceur, et l’histoire est d’une telle humanité… Bien sûr, les paysages ne sont pas les mêmes qu’ici, mais il y a des dénominateurs communs entre nos ruralités », confie le lotois. A quelques mètres, un groupe d’étudiants en école de cinéma s’extasie sur la liberté de narration du film : « C’est un nouveau cinéma qu’on voit de plus en plus, dans lequel tout est possible. La frontière entre réalisme et imaginaire est floue mais on n’a plus besoin de justifier le recours au fantastique. »
Cette soirée résume à elle seule l’ambition du festival : faire découvrir des cinémas différents et créer des rencontres entre les œuvres et un public venu d’horizons multiples. « C’était vraiment une belle édition », estime Marie Virgo, notamment marquée par la présence de la réalisatrice Dominique Cabrera, invitée d’honneur. Restée toute la semaine, elle a présenté chaque matin ses films à l’Arsenic avant d’échanger avec les spectateurs. Deux rencontres lui étaient également consacrées, en début et en fin de festival. « Beaucoup de festivaliers l’ont découverte, elle et son cinéma », assure Marie Virgo. Un choix qui correspond à la volonté du festival de mettre en lumière des cinéastes importants mais encore peu connus du grand public.
Côté fréquentation, le festival retrouve le niveau de l’an dernier. À l’Arsénic, 5 300 entrées ont été enregistrées sur 24 séances, dans une salle de 231 places. Les séances matinales consacrées à Dominique Cabrera étaient également pleines. Pour éviter les files d’attente de l’année précédente, un système de réservation a été mis en place.
Le plein air reste l’un des grands succès du festival. Selon les soirées, entre 900 et 2 000 personnes ont assisté aux projections. La pluie a toutefois contraint l’équipe à rapatrier la première soirée ainsi que celle du jeudi à l’Arsenic. Dans les villages alentours, les séances ont également attiré leur public : entre 250 et 300 personnes à Catus, Gourdon et Marminiac.
Cette année, le festival a également organisé pour la première fois une rencontre avec le Syndicat des cinémas de proximité. Pensée comme une rencontre professionnelle, elle a été ouverte au public et a réuni une centaine de personnes. Au programme : l’accès de plus en plus difficile aux films pour les salles indépendantes, mais aussi le fonctionnement du financement du cinéma français. « C’est bien d’expliquer quel montant revient à qui lorsqu’on achète une place de cinéma, et comment cet argent permet de financer les films français ensuite », explique Marie Virgo. Pour la co-directrice de Gindou, cette pédagogie est devenue un véritable enjeu. « En France, nous avons un système vertueux qui nous est envié dans le monde entier, ça n’existe nulle part ailleurs et il faut absolument le conserver », insiste-t-elle. Elle s’inquiète particulièrement de sa remise en cause dans le débat politique et redoute les conséquences des prochaines échéances électorales sur le financement de la culture et du cinéma. Cette question prend une résonance particulière alors que Gindou doit lui-même composer avec une situation financière de plus en plus fragile. En 2025, le festival avait perdu une subvention de l’État. Un appel aux dons avait permis de réunir en un mois les 15 000 euros manquants. « C’était vraiment très touchant et émouvant », se souvient la co-directrice. Cette année, les subventions ont été globalement maintenues, mais l’augmentation des dépenses réduit les marges de manœuvre. « Comme les dépenses augmentent, c’est presque une baisse », estime-t-elle.
Pourtant, à l’issue de cette 42e édition, les raisons de continuer sont nombreuses. Elles tiennent notamment aux retours des spectateurs et des invités, mais aussi à la centaine de bénévoles mobilisés chaque année. Beaucoup sont de jeunes lotois ou des étudiants en cinéma. Le festival doit même désormais refuser certaines candidatures. « C’est très réjouissant pour le futur », sourit Marie Virgo.
Photo Nelly Blaya





