Retour sur la cérémonie.
Il y jouait enfant, à deux pas de chez lui, dans les Badernes et aujourd’hui la place des Acacias porte son nom. Ce 29 octobre 2026, plus de 100 personnes étaient présentes pour la cérémonie de dévoilement de la plaque Jacques Hugon, ancien Résistant, engagé volontaire à l’âge de 17 ans, combattant de la pointe de Grave, symbolisant ce changement de nom. Simone, son épouse, émue, n’a pu retenir ses larmes lorsque la plaque a été dévoilée.
Dans son discours, Vivien Coste, maire de Cahors, est revenu sur son parcours : « C’est à un acte symbolique auquel nous prenons part aujourd’hui. Un acte symbolique, guidé par la mémoire d’un homme dont le parcours est intimement lié à notre ville et dont l’Histoire se mêle à la Résistance lotoise. Jacques Hugon est devenu par des actes de bravoure un combattant de la liberté. Mais avant que son courage ne le conduise à devenir l’un de ces valeureux Résistants, Jacques Hugon est au plus profond de lui et pour l’éternité un enfant de Cahors. Né à quelques rues d’ici, rue Sainte-Barbe, le 24 octobre 1927, il y a 99 ans presque jour pour jour, ses pas se sont inscrits dans une histoire familiale faite d’ancrage et de simplicité. Lors de la mobilisation générale en 1939, Jacques Hugon a tout juste 12 ans. Orphelin de père depuis 1938, il assiste à la débâcle des armées françaises. Aidant sa mère à l’épicerie, il poursuit son cursus scolaire dans une France soumise à la doctrine du maréchal Pétain, dont l’Etat français, à travers le régime de Vichy, sera jugé comme responsable de la persécution et de la déportation des Juifs par le président Chirac en 1995. l’angoisse des représailles se font chaque jour plus grandes. Le 30 novembre 1943, l’assassinat du Résistant cadurcien Louis Émilien Imbert par l’occupant allemand, rue Lastié, incarne localement l’horreur à laquelle se livre le régime nazi. Ses obsèques, où une foule immense est présente, sont considérées par les historiens, notamment par l’éminent Cadurcien, Pierre Laborie, comme la première grande expression populaire de soutien des Lotois à la Résistance. Mais c’est dès le mois d’octobre 1942, en devenant apprenti dans l’atelier de serrurerie de Monsieur Cappis, que, sans le savoir, la vie de Jacques Hugon va basculer. Comme beaucoup, Jacques Hugon fréquente souvent le café du Midi tenu par Hélène Metges, autre figure de la Résistance dont la place voisine porte le nom. Au printemps 1944, un ami de son patron le sollicite pour crocheter un rideau métallique. Au péril de sa vie, Jacques Hugon crochète l’une des entrées du siège de la Gestapo du Lot route de Toulouse. Le 14 juillet 1944, Jacques Hugon rejoint le maquis dans le secteur de Gréalou.Il participe ensuite à la Libération de Cahors avant de partir vers Toulouse dont il contribuera à la Libération. S’engageant par suite pour la durée de la Guerre, il effectue un court passage par Cajarc avant d’être envoyé sur le front du Médoc. Il y vit, ou il y survit, comme ses camarades et comme l’ennemi, dans des conditions d’hygiène déplorables. En récompense de sa bravoure, il obtient la Croix de Guerre ainsi que la médaille militaire. Puis, c’est dans le Morbihan, en Moselle et dans l’Indre qu’il est affecté à partir de mai 1945, avant sa démobilisation le 10 octobre 1945. Il n’a que 18 ans. De retour dans le Lot, il se marie en 1950 avec Simone. Originaire de l’Aveyron, réfugiée à Cahors avec ses parents pendant la guerre, Simone rencontre Jacques, ici, dans le quartier des Badernes. A ses côtés pendant plus de 70 ans, attachée à rester dans l’ombre et de nature discrète, Simone n’en est pas moins une dame de caractère. Indissociable l’un de l’autre, Jacques et Simone épouseront Cahors et l’entreprise familiale, naissante puis prospère. A peine six mois après avoir été embauché dans l’entreprise de serrurerie de Monsieur Escorbiac, Jacques Hugon procède à son rachat et son épouse Simone en devient la secrétaire. Jacques Hugon se spécialise dans les équipements de matériels de sport et crée le magasin La Hutte sur le boulevard. Dans les années 1980, son entreprise prend un autre tournant, celui des tribunes rétractables et des podiums. Tout en continuant à travailler à ses côtés, il cède l’entreprise à son fils Pierre en 1995. Une épopée familiale dont il a eu le plaisir de voir qu’elle se poursuivit, grâce à l’engagement de son petit-fils Jean. Attaché à la transmission de son savoir-faire, Jacques Hugon s’engage à la Chambre des Métiers et de l’Artisanat, puis dans l’association « L’outil en main » pour faire découvrir le métier à des jeunes. Transmission des savoir-faire et transmission de la mémoire aussi, notamment auprès des scolaires, avant d’adhérer au musée de la Résistance et de présider l’Amicale des anciens du 8e Régiment d’infanterie – Pointe de Grave. En janvier 2018, il est fait chevalier de l’Ordre national du Mérite par le préfet Jérôme Filippini. Décédé à Cahors le 9 juin 2024 à l’âge de 96 ans, cet extraordinaire parcours lui survit. A la faveur de ses proches d’abord, qui poursuivent, à leur façon, le combat d’une vie. Celui de la mémoire, de la lutte contre l’oubli et du refus des extrêmes. Son épouse, ses enfants, par leur présence et leur mobilisation à de nombreuses occasions mémorielles et par la rédaction de ses mémoires, confortent son engagement remarquable. Ses proches toujours, qui prolongent l’aventure familiale de l’entreprise. Cette idée devenue pépite, inscrite dans le patrimoine industriel de notre territoire, demeure entre les mains de la famille, comme si le présent avait la responsabilité de prolonger l’Histoire. Son legs se poursuit aussi, à travers les jeunes générations, celles-là même, scolarisées au lycée Clément-Marot, qui ont présenté une œuvre théâtrale et ont réalisé une fresque retraçant le parcours de deux Résistants lotois parmi lesquels Jacques Hugon. Enfin fallait-il, que la cité soit reconnaissante de l’œuvre accomplie. Elle le fut, en honorant sa parole : D’abord en inaugurant récemment le musée mémoriel du Lot qui ancre dans la ville et dans le département la chronologie des conflits contemporains, des actes de Résistance, de la barbarie de la déportation jusqu’aux belles heures de la Libération. Et puis en procédant ce jour à un changement de dénomination de place. Un exercice peu courant tant il déclenche souvent des interrogations et des réactions. Mais en la circonstance d’un tel parcours, d’un lien aussi indéfectible que puissant avec notre ville, du lieu de vie que représentait la place des Acacias pour Jacques et Simone Hugon, l’évidence s’est imposée aux esprits. Parce que la période nous rappelle que l’Histoire peut basculer, qu’elle n’apprend pas aux générations d’après les enseignements qui la protègeraient pourtant, que personne, avant d’être confronté à l’indicible, ne saurait prétendre avec certitude s’il prendra les rangs de la Résistance ou s’il sera rattrapé par de vils instincts, une chose est sûre : Jacques Hugon a quant à lui fait un choix résolu. Un choix qui l’honore : le choix de l’honneur, le choix de la vie. »
Jean-Luc Couderc, président de l’association du Musée de la Résistance, a pris le relais : « Au risque de surprendre, dans l’ancien musée, l’Histoire personnelle de Jacques Hugon comme combattant de la seconde guerre demeurait masquée. mondiale Culturellement, « pour éviter la personnalisation et rendre hommage aux seules victimes » l’esprit de conception de l’ancien musée ne facilitait pas l’expression du récit des survivants de la période malgré les risques pris ou les actes accomplis … (je cite) « s’ils sont vivants, ils n’ont fait que leur boulot ». Ainsi, nous ignorions la mobilisation des savoir-faire de ce jeune apprenti serrurier de 16 ans et appelé à crocheter, au nez et à la barbe de la sentinelle, le rideau métallique du bas de la villa Robinson, siège de la Gestapo à Cahors. Opération réussie malgré l’imminence du risque vital. Comment comprendre aujourd’hui cette défausse des adultes mettant en danger réel un adolescent naïf des enjeux encourus ? Dans la continuité, Jacques Hugon est mis au vert dans un maquis de triage jusqu’à la Libération du Lot. « Jacques II » puis « Quiquissous » participe en « petit marin » à la Libération de Toulouse. Ses camarades du maquis l’embrigadent et obtiennent son engagement dans les FFl. Sans conviction guerrière, Jacques Hugon rejoint les combats du Front du Médoc. Apreté des combats des marais du Médoc où, durant l’hiver 44, il n’hésitait pas à ramener à la nage ses camarades blessés. Très tactile pour convaincre … « je savais nager, moi … j’avais appris à nager dans le Lot .. à la Chartreuse ». L’émotion se renforce lorsqu’il souligne le sauvetage dans l’eau ensanglantée de son camarade « Militon», «bras éclaté par une balle … je n’ai jamais eu de ses nouvelles. A-t-il survécu ? »… L’émotion redouble encore lorsqu’il évoque la cruauté d’un souvenir du siège de la Pointe de Grave : «… les Boches montrèrent le drapeau blanc … nous nous sommes découverts … trahison… Jean Pissourailles, mon camarade d’épaule est retourné par une balle dans le front… ça aurait pu être moi…»De ces témoignages sourdent davantage des filtres de la mémoire l’énoncé d’un traumatisme plutôt qu’une fanfaronnade ou le récit d’un héros. De guerre lasse, Jacques Hugon avait enfoui ses témoignages. En 2018, dans le cadre de recherches sur le 8eme Ri, Pascal Marcet « m’a réveillé » … quelques années plus tard, Françoise Chapou «m’encourageait à rédiger». La reconnaissance de ses engagements lui a valu plusieurs médailles : la Croix du Combattant de moins de 20 ans, la Croix du Combattant Volontaire et la Médaille de Reconnaissance de la Nation. Dans l’ombre de cet hommage, Madame Hugon … son soutien constant, son aide de camp. Chère Simone, chère belle et grande famille, soyez aussi honorées par l’éclat de cette matinée.»
« Au nom de toute la famille, je remercie toutes les personnes qui ont oeuvré à cette journée et Vivien Coste qui a fait accélérer les choses. Merci de perpétuer sa mémoire en donnant son nom à cette place qui lui était chère » a conclu Françoise Chastagnol, la fille de Jacques Hugon.






