Jeudi 8 octobre, un homme de 75 ans comparaissait pour des violences intrafamiliales. Son épouse dénonce un quotidien marqué par les coups, les menaces et l’isolement. Le prévenu nie tout en bloc.
« Il a tapé ma tête sur le carrelage, j’ai cru que j’allais mourir. » Jeudi 8 octobre, le tribunal correctionnel de Cahors a examiné le dossier d’un homme de 75 ans poursuivi pour des violences sur son épouse et ses enfants, commises au domicile familial à Gramat. Absente à l’audience, son épouse raconte, par la voix de son avocate, des violences physiques et verbales qui auraient marqué plusieurs décennies de sa vie conjugale.
Pour la période jugée, de 2020 à 2025, elle fait état de gifles, coups de poing, cheveux tirés, coups portés avec une chaîne, tête frappée contre les murs et menaces de mort. Elle évoque également des menaces de mettre le feu à la maison. Les enfants, aujourd’hui majeurs, relatent eux aussi des violences, notamment des coups de ceinture, des gifles et des coups de poing. Le fils dit être encore régulièrement menacé.
Son récit remonte bien avant la période concernée par les poursuites. En 1998, alors que leur fils avait deux ans, elle affirme que son mari les avait mis à la porte et qu’ils avaient dû passer la nuit dehors, dans des toilettes publiques. En 2002, une dispute autour d’une salade mal lavée aurait dégénéré : l’homme aurait détruit à coups de marteau la porte derrière laquelle son épouse et ses enfants s’étaient réfugiés. Ces faits anciens sont aujourd’hui prescrits.
Au fil des années, elle décrit également un isolement progressif. Son mari lui aurait fait couper les liens avec sa sœur et son neveu. Elle dit avoir vécu dans la peur de ses réactions, au point de ne plus oser sortir. Son seul espace d’autonomie était son travail et son compte bancaire, ouvert en 2009 lorsqu’elle a commencé à travailler. Les enfants, partis faire leurs études, lui demandaient chaque soir de leur envoyer un message pour confirmer qu’elle allait bien.
Des voisins ont eux aussi rapporté avoir entendu l’homme crier et insulter son épouse. L’expertise psychiatrique n’a relevé aucune anomalie mentale, mais décrit notamment des traits narcissiques, un manque d’empathie et une absence d’autocritique. Âgé de 75 ans, le prévenu n’a aucun antécédent judiciaire.
Lui conteste pourtant catégoriquement les accusations. « C’est que des mensonges, ça ne s’est jamais produit », affirme-t-il à la barre du tribunal. Il estime que les accusations sont « complètement exagérées » et explique notamment le conflit actuel par les difficultés financières du couple. Depuis 2024, il dit avoir demandé à établir un budget, expliquant ne plus pouvoir assumer seul les dépenses du foyer avec sa petite retraite. La présidente l’interroge alors : si son épouse subissait de telles violences, pourquoi n’a-t-elle pas demandé le divorce plus tôt ? Le prévenu ne reconnaît aucune violence et retourne l’accusation : selon lui, elle chercherait à le « salir » et à le mettre en difficulté.
Pour Me Irène Alexopoulos, avocate de la partie civile, son épouse a « brisé une vie de silence » en livrant le récit de ces violences. L’avocate décrit un contrôle coercitif installé sur la durée, ainsi qu’un important état de souffrance chez sa cliente : stress post-traumatique, douleurs et perte d’appétit. Elle rappelle également que sa cliente dénonce des viols conjugaux, même s’ils ne font pas partie des faits pour lesquels son mari est poursuivi.
La substitut du procureur estime qu’on ne peut pas expliquer par une « imagination débordante » une succession de faits aussi circonstanciés. Elle requiert dix mois d’emprisonnement avec sursis probatoire et une obligation de soins.
La défense, représentée par Me Mustapha Yassfy, relève des incohérences et imprécisions dans les témoignages. L’avocat invite également le tribunal à s’interroger sur le parcours du prévenu, arrivé d’Algérie et marié en 1989 dans le cadre d’un mariage arrangé. Il estime que le tribunal juge « des gens d’une autre époque avec une autre conception du mariage ».
Le tribunal n’a pas été convaincu par les dénégations du prévenu. « Il faut vous confronter à la réalité », lui lance la présidente, estimant que son argument selon lequel « tout le monde ment » ne pouvait suffire à écarter les différents témoignages.
L’homme est condamné à deux ans d’emprisonnement, dont un an assorti d’un sursis probatoire pendant deux ans, avec exécution provisoire. Il devra notamment se soumettre à une obligation de soins. Le tribunal lui interdit également tout contact avec son épouse et ses enfants, de paraître à leurs domiciles ainsi que sur le lieu de travail de son épouse.
Il devra par ailleurs verser 800 euros à son épouse au titre des frais de procédure, ainsi que 2 000 euros d’amende. Le tribunal prononce également une interdiction de percevoir une éventuelle pension de réversion. Pour les violences commises sur les enfants, il est condamné à 750 euros d’amende. Le tribunal a enfin reçu la constitution de partie civile de l’épouse et renvoyé l’affaire sur les intérêts civils, afin que la question de l’indemnisation de son préjudice soit examinée ultérieurement.





