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Sibelle, le pape, la côte du Cluzel, la révolte lycéenne et les dangers de l’IA

Chaque samedi, l’actualité lotoise vue par Philippe Mellet et surtout par ses chats.

Lundi._ Le pape Léon XIV à Paris, puis à Lourdes et enfin à Metz pour le dernier jour ce voyage apostolique et historique. C’était il y a moins d’une semaine, mais on a le sentiment que c’était il y a déjà une éternité. Cette parenthèse qui n’a pas marqué que les fidèles mais, qui en raison des questionnements spirituels, sociétaux et profonds qu’elle a initiés, a été tout aussi suivie par l’ensemble de nos concitoyens, est refermée. L’actualité va si vite. Les guerres n’ont pas cessé, les prix à la pompe continuent de grimper, les prolégomènes à la campagne présidentielle et la valse des sondages aussi. Sans parler des faits divers. Bref. Ma tigresse domestique suggère quand même qu’on retienne de cette visite du pape un message grosso modo identique à celui d’un de ses prédécesseurs : « N’ayez pas peur ! » Soit. Pourtant, à certains moments, on a vraiment les chocottes. Non ?

Mardi._ L’écrivain Peter May faisait partie de ces milliers de Britanniques ayant trouvé dans le Sud-Ouest de la France (et en l’occurrence, dans le Lot), leur patrie d’adoption. Les raisons sont nombreuses : les paysages, l’atmosphère, le climat, la douceur de vivre, des relations humaines à la fois chaleureuses et respectueuses de leur identité propre sans oublier ce brin de pittoresque qui les séduit au quotidien… Non seulement Peter May était épanoui dans le Quercy, mais il y avait trouvé un équilibre qui lui permettait d’écrire en toute liberté et de bâtir une œuvre singulière. Des livres qui étaient autant de voyages, lui qui avait enfin trouvé son point d’ancrage. Citoyen du Monde, Peter May avait choisi de rester européen et il avait demandé et obtenu la nationalité française alors que le Royaume-Uni empruntait la voie du Brexit et du repli sur soi. « De son Ecosse natale à la Chine en passant par Gibraltar et Cahors, ses romans nous faisaient bourlinguer sans bouger de notre transat, à l’ombre du bolet » remarque ma protégée. Qui note encore que l’éditeur français de l’écrivain, décédé à 74 ans, avait un nom très en phase avec l’ancrage provincial de Peter May : les Editions du Rouergue !

Mercredi._ La côte du Cluzel a rouvert ! Un chantier majeur dont Medialot résume les chiffres essentiels : sur ce tracé de 3,4 km, la chaussée a été élargie à 6,50 m, avec des accotements de 1,50 m de part et d’autre, deux tourne-à-gauche ont été créés (un pour l’accès à Saint-Rémy et Trespoux-Rassiels, l’autre l’accès à La Pélissière et Le Cluzel), le carrefour de La Gentillade a été aménagé, 13 ouvrages hydrauliques ont été construits. Le Département a investi 9,9 millions dans l’opération. Le président Rigal a redit les enjeux de l’opération : « Les habitués vont découvrir une route qui a totalement changé de visage, plus sûre, plus fluide et plus confortable. Mais cette réalisation n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une vision d’ensemble : moderniser l’axe Cahors-Agen, un itinéraire structurant pour notre territoire. Ces dernières années, nous avons concrétisé étape par étape cet engagement : la sécurisation des sorties de Cahors, l’aménagement du carrefour de Villesèque, ou encore la déviation de Sauzet. Et nous continuerons, je l’espère, avec la déviation de Saint-Matré dans les prochaines années. Tout cela va dans le même sens : désenclaver notre territoire et renforcer son attractivité. » Pendant que je lis ces propos avec application, Sibelle a sorti sa calculette : « La facture n’est pas mince pour la collectivité et donc pour le contribuable. Cela fait 2911 euros le mètre ! Attention à ne pas l’alourdir inutilement. Pas question de prendre une prune pour rejoindre la capitale des pruneaux… » 

Jeudi._ Les lycéens manifestent et bloquent des établissements. Des jeunes ou moins jeunes, non lycéens, les rejoignent. Des incidents se multiplient. Cahors et le Lot ne sont pas épargnés. Il y a les revendications, certaines évidemment légitimes, il y a une forme de désarroi chez nombre d’adolescents alors que la société est tellement déconcertante, il y a l’effet Rimbaud encore et toujours _ « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans… » _, il y a aussi des manipulations et provocations, il y a… Bref. Tout cela est inquiétant. Tout cela nous enfonce encore un peu plus au bord d’un précipice effrayant. « Je ne sais pas où l’on va, mais on y va tout droit » me lance Sibelle. Pas faux.

Vendredi._ On termine sur un sujet plus léger, en apparence tout au moins. Le petit monde littéraire est en émoi : un roman qui avait été salué par la critique et connaissait réel succès a été retiré sans ménagement de la liste des pré-sélectionnés pour le Goncourt. Il est avéré que le livre est en fait le produit de l’intelligence artificielle. Son auteur n’est pas un écrivain mais un habile manipulateur. Les questions que posent le progrès sont décidément vertigineuses. Sibelle propose donc de limiter désormais nos lectures aux seuls ouvrages antérieurs aux années 2000. On va donc commencer par une simple citation, signée Albert Einstein : « Le véritable signe de l’intelligence, ce n’est pas la connaissance mais l’imagination. »

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