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Les Astier de Villatte, une famille de héros lotois

Le père, officier, épousa une jeune femme de Soturac. Un fils fut Compagnon de la Libération, un autre se sacrifia aux commandes de son avion, et leur sœur fut déportée.

C’est en date du 21 août 1936 que Le journal du Lot annonce en « une » la terrible nouvelle : « UN LOTOIS, OFFICIER-PILOTE, EST TUE DANS UN ACCIDENT D’AVIATION._ Les informations d’agence nous apprennent un grave accident d’aviation où l’un de nos compatriotes, officier-pilote de grande valeur, s’est héroïquement sacrifié pour permettre à ses camarades de se sauver. Il s’agit du capitaine Astier de Villatte. Il conduisait un avion de bombardement de la 12e escadre, ayant à son bord, quatre autres aviateurs. Au cours d’une manoeuvre de nuit d’Istres à la base de Reims, l’avion fit une chute à Brienne-le-Château (Aube). Chef de bord, le capitaine resta à son poste pendant que les quatre membres de l’équipage sautaient en parachute et arrivaient à terre sains et saufs. Le corps du capitaine de Villatte a été retrouvé à demi-carbonisé parmi les débris de son appareil. »

« Cité à l’ordre de l’armée._ Le Ministre de l’Air a cité le capitaine de Villatte à l’ordre de l’armée. Voici le texte de cet ordre du jour auquel nos concitoyens ajouteront l’hommage de leur respect et de leur admiration : « Astier de Villatte (Louis-Jean-André-Léonce), capitaine de la 12e escadre aérienne, officier de très grand mérite, possédant au plus haut degré les qualités de courage, d’intelligence et qui avait voué à son métier un amour profond et raisonné. Ayant pris, il y a dix mois, le commandement d’une escadrille d’aviation lourde, a fait preuve des dons remarquables d’instructeur et d’entraineur d’hommes. Chef de bord d’un avion multi-places, a trouvé une mort glorieuse au cours d’un voyage aérien exécuté dans la nuit du 18 au 19 août 1936, en quittant le dernier son appareil désemparé, après l’avoir fait évacuer par son équipage. Vient ainsi de donner à tous un magnifique exemple du devoir. »

Dans ses éditions suivantes, des précisions sont apportées. Le 23 aout 1936 : « En relatant dans notre dernier numéro la fin du capitaine-aviateur Astier de Villatte, qui s’est sacrifié pour sauver ses camarades, nous avons omis de signaler que l’héroïque officier était originaire de Soturac (Lot). Nous devons ajouter aussi qu’il était frère et beau-frère de Mme et M. Françès, les excellents libraires de notre ville auxquels nous adressons l’expression émue de la respectueuse admiration de leurs concitoyens. » Et encore, le 26 août 1936, dans la rubrique dédiée à Albas : « La mort d’un héros. – Les lecteurs du « Journal du Lot » ont pu lire […] dans quelles héroïques conditions, le capitaine Astier de Villatte a trouvé la mort dans un accident d’aviation. La lecture de sa citation à l’ordre du jour nous a vivement ému comme elle a également ému tous les Albassiens. Le capitaine Astier de Villatte était depuis deux ans devenu notre compatriote d’adoption en achetant la maison Jouffreau, située dans un cadre charmant, au port d’Albas. C’est là que cette belle famille se réunissait aux vacances et tous les voisins considéraient avec sympathie ces nouveaux habitants qui apportaient, dans ce joli coin de verdure, une note riante bien que très discrète. Nous déplorons tous ici un si grand malheur, tout en admirant la si héroïque conduite du vaillant officier. Et nous sommes certainement l’interprète de toute la population en adressant à la famille du glorieux disparu nos attristées condoléances, en nous inclinant respectueusement devant une si grande douleur et un si héroïque souvenir. Et, dans ce deuil si cruel, nos sympathies vont également à Mme et M. Francès, libraires à Cahors, soeur et beau-frère du vaillant capitaine, parce que depuis longtemps déjà nos amis. – E. L. »

De fait, toute la presse _ nationale ou régionale _ de l’époque salue la bravoure de l’officier qui, conscient que toutes les commandes de l’appareil ne répondaient plus, a su faire en sorte que ses passagers puissent sauter en parachute avant de tenter en vain de se poser en catastrophe. Mais il faut croire que braver le danger et ne jamais craindre de se sacrifier au besoin faisait partie de l’ADN familial. Les biographies de son père et de ses frères et sœur en attestent, de même que les états de service de Louis-Jean-André-Léonce Astier de Villatte avant même son terrible accident… Né effectivement à Soturac le 25 janvier 1897, ce dernier s’était engagé au printemps 1915, à 18 ans, et servit d’abord dans l’artillerie. Il y est distingué pour son courage, notamment dans ses missions d’agent de liaison. En septembre 1917, promu aspirant officier, il passe dans l’Armée de l’air. Il y fait preuve des mêmes qualités : « Malgré les nuages et la pluie, a volé à moins de 250 mètres, afin de couvrir le bruit des tanks gagnant les lignes » lit-on dans une citation de 1919. Le jeune officier gravit ensuite les échelons : affecté un temps à l’état-major du 7e corps d’armée, le voilà ensuite commandant d’une brigade d’officiers élèves à l’Ecole de l’Air. Capitaine en 1929, chevalier de la Légion d’honneur en 1930, Louis Astier de Villatte est choisi pour accompagner Charles Lindbergh lors de son séjour parisien en 1933. Après une mission en Turquie, il est nommé commandant d’escadrille à la base aérienne de Reims en octobre 1935. On connaît la suite, hélas, à la fois terrible et exemplaire.

Un père officier et polytechnicien

Mais il avait de qui tenir, comme ses frères, d’ailleurs. Leur père, Léonce, né en 1862 en Haute-Vienne, s’était engagé en 1882 dans l’infanterie. Deux ans plus tard, il était élève de Polytechnique et servira longtemps dans le génie dont il intégra plusieurs états-majors régionaux. Chevalier de la Légion d’honneur, il est retraité à Nancy en 1922 quand il est fait officier de l’ordre avant de décéder un an plus tard. Durant cette belle carrière, il était devenu lotois d’adoption, ayant épousé en 1892 une jeune femme originaire de Soturac, résidant au château de Belbouy (selon le recensement de 1891), Marguerite Pons. C’est ainsi que le mariage eut lieu dans cette commune et que les enfants du couple y naquirent. Et que des liens dès lors indélébiles furent tissés entre la famille et la vallée du Lot…

La fratrie devait compter deux filles et quatre garçons, tous nés à Soturac. L’aînée, Marcelle (1893-1940), épouse de M. Paul Francès, fut libraire à Cahors où elle décéda prématurément à l’orée de la Seconde guerre. Vint ensuite Robert (1895-1986) : moins connu que ses deux frères, sa carrière militaire fut néanmoins remarquable. Passé par Saint-Cyr, il commande les forces françaises en Indochine puis un régiment de tirailleurs sénégalais avant la Seconde guerre, et ensuite, alors colonel, il est nommé chef de région à Marrakech de septembre 1943 à septembre 1944. Durant ce séjour où le grand militaire se fait aussi diplomate, il y accueille Churchill et il prépare l’entrevue Churchill-De Gaulle de janvier 1944. Plus tard, devenu général, il sera notamment successivement commandant des Forces françaises en Afrique centrale et Gouverneur adjoint de la place de Paris en 1955.

Des résistants de la première heure

La troisième des enfants fut le malheureux Louis (1897-1936). Suivit Renée Marguerite (1898-1979) : il faut fouiller sur le web pour retrouver trace d’éléments biographiques attestant de son sens aigu de l’héroïsme. Une valeur doublée d’une absolue discrétion. Ancienne pensionnaire de la Maison d’éducation de la Légion d’honneur, elle s’engagea activement dans la résistance. Est-ce l’influence de ses frères ? Toujours est-il que Marguerite multiplie les missions pour le compte du réseau « Comète » qui permet à des aviateurs alliés de fuir la France occupée. Arrêtée le 31 juillet 1944, d’abord internée à Fresnes, elle est déportée le 15 août 1944 au camp de concentration de Ravensbrück puis transférée durant l’automne à celui de Leipzig-Schönfeld (annexe de Buchenwald). Très affaiblie, elle est rapatriée sanitaire en avril 1945. Silencieuse sur son passé, c’est sur l’insistance de son frère Robert qu’elle accepte finalement d’être décorée de la Légion d’honneur. En 2011, sa tenue de déportée est donnée au musée de la Résistance de Blois par une de ses nièces.

La fratrie compte ensuite Jean (1900-1985). Il ne manquait pas de modèles et son parcours se révéla tout aussi brillant, marqué du sceau de l’engagement au service de la France et de ses valeurs. Cependant, il débute dans la vie comme ingénieur après des études à l’Institut Electrotechnique de Nancy. En 1922, il en sort diplômé et effectue son service militaire dans l’aviation, un premier temps sous les drapeaux achevé avec le grade de sous-lieutenant de réserve. Son parcours professionnel le conduit dès lors en Afrique, en Lorraine et enfin à Paris. Survient la Seconde guerre. Jean Astier de Villatte est mobilisé en tant que capitaine aviateur à Nancy. Dès qu’il en est informé, ce patriote refuse d’admettre l’armistice voulu par Pétain. Le 22 juin 1940, il embarque pour l’Angleterre. Pionnier de la France libre, il est envoyé en mission au mois d’août au Ghana à la tête d’une escadrille au sein de laquelle sert le romancier Romain Gary. L’officier commande ensuite une formation de bombardiers qui soutiennent les troupes de Leclerc lors des opérations de Koufra. Suit la campagne d’Abyssinie au printemps 1941 et en juillet, le Lotois promu lieutenant-colonel devient le patron des Forces aériennes françaises libres du Moyen-Orient. Ses responsabilités sont élargies régulièrement, et après plusieurs missions de confiance, on le retrouve commandant en second la Brigade d’artillerie de l’Air (BAA) lors des opérations de libération de la Corse jusqu’en octobre 1943.

A la Libération, Jean Astier de Villatte est affecté quelque temps au Commissariat aux Colonies puis reprend sa profession d’ingénieur  à Libreville. En 1950 il devient conseiller technique de la Compagnie française du Gabon puis Directeur général adjoint de la société Ratier-Figeac : quel retour aux sources ! Compagnon de la Libération, président d’honneur de l’Association nationale des Officiers de réserve de l’Armée de l’Air, commandeur de la Légion d’honneur (liste non exhaustive), il décède à Paris en 1985 mais sera inhumé à Soturac…

Quelle famille ! Quels destins ! 

Ph.M.

NB :  Un sixième enfant, Pierre-Michel, né en 1906 à Soturac, serait mort accidentellement dans sa 20e année.

Sources : Archives nationales, Archives du Lot, site de l’Ordre la Libération, site Gallica BNF, site Geni.

Photos : fac-similé d’un quotidien régional relatant le drame de 1936 et le sacrifice de Louis Astier de Villatte ; les frères Jean et Robert Astier de Villatte.

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