A ce jour, la plus ancienne est un daguerréotype de 1849 : le portrait du pharmacien Didier Vernet.
C’est un événement : le jeudi 1er octobre à l’Espace Clément-Marot de Cahors, sous l’égide de la Société des études du Lot, Nelly Blaya présentera ses travaux sur les premières photographies réalisées dans le département. Elle sera accompagnée d’un descendant du premier personnage immortalisé autrement que par un portrait peint : le pharmacien Didier Vernet (1790-1861), à Cahors, dont l’officine et le domicile étaient situés sur les Fossés (qui deviendront le boulevard Gambetta, au niveau de l’actuel Bistrot de l’Isa). Un daguerréotype coloré à la main enchâssé sous verre, tel un tableau, réalisé au début de l’année 1849, est considéré à ce jour comme la première photographie réalisée et conservée dans le Lot.

Elle-même photographe bien connue dans le Quercy (elle exerça notamment au sein du service communication du Conseil départemental), ayant exposé à de nombreuses reprises, Nelly Blaya explique s’intéresser « depuis toujours » à l’histoire même de son métier et de cet art qui recouvre tant de réalités, du reportage de presse à la photo de studio… « J’avais l’habitude de voir passer, notamment sur Internet, des photos anciennes, prises dans le Lot ou par des Lotois. Et avec le temps, j’ai eu envie de me pencher sur cette question, d’essayer de mettre un peu d’ordre dans ce pan d’histoire… » explique Nelly Blaya. Un premier bilan, ou plutôt point d’étape, est rendu public en 2022 à l’occasion du 150e anniversaire de la Société des études du Lot. « Mais à ce moment-là, les plus anciens documents photographiques datent de 1860. Je pensais cependant qu’il était plus que probable qu’il y ait eu des photos avant cette date… »
Didier Vernet a multiplié les commandes
Survient un petit miracle. En juin 2025, à l’issue d’un exposé à Cabessut, une participante vient présenter à Nelly Blaya un cadre conservé dans sa famille depuis des décennies. Et c’est le choc : il s’agit d’un daguerréotype qu’il sera possible quelque temps plus tard de dater des premiers mois de 1849, où figure un notable cadurcien, le pharmacien Didier Vernet, dont l’officine et le logement étaient situés sur le futur boulevard Gambetta. Après ce premier contact, des rencontres se succèdent élargies à d’autres descendants, notamment Agnès Simon-Picquet, maire des Junies, dont l’un des ascendants épousa la fille du pharmacien… Au total, une demi-douzaine de daguerréotypes sont ainsi détenus par des descendants du pharmacien.
Restait à comprendre comment et pourquoi ce Cadurcien avait sollicité des pionniers de la photographie (ou avait à tout le moins répondu positivement à leurs sollicitations), allant jusqu’à faire photographier le masque mortuaire de sa fille, décédée à Amiens quelque temps plus tôt, mais aussi ses petits-enfants, que leur père allait éloigner de Cahors… Ici, la petite histoire rejoint la grande. La première photo signée Nicéphore Niépce est généralement datée de 1826. L’ingénieur se lie ensuite avec Louis Daguerre et ils travaillent ensemble à la création et au perfectionnement de ce qui sera connu comme le daguerréotype. Puis, en 1839, sous l’égide de François Arago, le procédé est présenté devant l’académie des Sciences et celle des Beaux-Arts, et la France décide de rendre public ledit procédé au monde.
Un pharmacien ouvert à la modernité
Dès lors, le succès est immédiat. A Toulouse, par exemple, des pionniers commencent à expérimenter ce nouvel art. Et ils essaiment dans le Sud-Ouest. Comme Franck de Voyennes (1816-1906). Il quitte Paris en 1848, se rend à Nantes puis à Montauban et en janvier 1849, fait savoir via la presse locale qu’il va s’installer quelque temps à Cahors. Plus tard, on le retrouvera à Barcelone. De Voyennes et ses collègues d’alors sont au carrefour de deux modes d’expression et savoir-faire : la peinture (et en particulier la miniature) mais aussi la chimie (d’où les liens qu’ils établissent avec les pharmaciens). Pour Nelly Blaya, pas de doute : « De Voyennes a certainement rencontré Didier Vernet dès son arrivée et les deux hommes ont sympathisé. Plusieurs portraits ont été réalisés, et on remarque qu’au fil du temps, le pharmacien pose de manière plus décontractée… Vu son parcours personnel, on sait qu’il s’agissait d’un homme épris de modernité, ouvert aux sciences et aux arts… »
A cette époque, le procédé du daguerréotype qui se perfectionne rapidement, certes, demande néanmoins des précautions : la plaque est métallique et sujette à la corrosion, d’où la nécessité de la protéger de l’air et de la placer sous verre. Et il est impossible de la reproduire. Chaque tirage est unique. Il en sera différemment quand arrivera, quelques années plus tard, la méthode de la plaque de verre… Mais des questions demeurent.
Un précédent en 1847
En épluchant les archives, Nelly Blaya a trouvé trace du passage à Cahors d’un autre pionnier de la photographie, Raisonnier, dès 1847, disant venir effectuer des clichés de sites répertoriés par la Commission des Monuments Historiques, vendre des tableaux, et si besoin, effectuer des photos de particuliers qui le souhaiteraient. Mais à ce jour, ni à Paris ni à Cahors, n’ont été retrouvés des daguerréotypes de cette année. En revanche, des clichés de 1851 l’ont été, dans le cadre encore de travaux pour le compte des Monuments Historiques…
« Certes, à l’époque, se faire photographier n’était pas donné à tout le monde. Il en coûtait 10 à 15 francs, soit l’équivalent de 30 kilos de pain ! » note avec malice la photographe historienne. Qui espère, à l’occasion de la conférence du 1er octobre, que des particuliers viendront présenter quelques précieuses reliques conservées dans les tiroirs, greniers ou autres malles… Il y a peut-être, sûrement même, d’autres personnalités lotoises qui ont sollicité les pionniers de la photo, lesquels, considérés comme « artistes », ne payaient pas de patente, promenaient leur matériel de ville en ville, et dont le parcours et les œuvres, de ce fait, sont moins aisés à retracer et retrouver qu’à compter des années 1860-1870…
Ph.M.
– Conférence et projections le jeudi 1er octobre 2026 à 18 h 15 à l’Espace Clément-Marot de Cahors.
Photos :
– Nelly Blaya à la recherche des premiers clichés « made in Lot »
– Le plus ancien daguerréotype lotois date de 1849 (portrait du pharmacien Vernet par de Voyennes). Mise en valeur par Nelly Blaya.





